A l’affiche: Alien: Earth (2025), Frankenstein (2025)

Alien: Earth (Saison 1): « Je ne m’attendais à rien et je suis quand même déçu »… voilà comment résumer en deux mots mon expérience avec cet Alien: Earth que je n’ai pas réussi à visionner au delà de ses deux tiers tellement… rien ne va! Et pour la seule série chroniquée ici à l’heure actuelle, c’est un peu triste!

Ne perdons pas de temps et commençons avec les rares points forts de cette belle coquille vide: on peut sauver le visuel (la gestion des lumières surtout) et les effets spéciaux (bien que perfectibles) généreux en gore, la majorité du casting (Sydney Chandler et Timothy Olyphant en tête) ainsi que les thématiques futuristes de départ (enfin… sur le papier). Et… c’est tout! Passé un premier épisode intrigant sous forme d’énorme clin d’œil au premier opus (tu le sens le traquenard?), les problèmes commencent déjà à apparaître dès le suivant: manque évident de subtilité, de rythme et de cohérence dans l’écriture des personnages et du scénario (comme l’allusion lourdingue à l’enfance et Peter Pan parce que wouhou on est chez DISNEY, t’as compris? Hein, t’as compris? Peter Pan! Disney! On a les droits, on est chez DISNEYYYYYY!), dilution des quelques thématiques intéressantes dans une histoire bien trop longue et superficielle qui ne dit finalement pas grand chose, aucune réelle prise de risques (normal, c’est Disney), montage qui en fait trop, décors répétitifs bien loin de la noirceur de l’univers de H.R. Giger ou même du cyberpunk de Blade Runner puis… on en vient carrément à bafouer le xénomorphe… héritage et fardeau du passé relayé au stade du « simple monstre parmi tant d’autres » (et clairement pas le spécimen alien le plus intéressant au final) que l’on peut domestiquer tandis que les autres personnages et l’univers exploité n’en finissent plus de se révéler fades et inintéressants, à l’image des synthétiques et des hybrides dont on ne fera absolument rien (on regrette presque les idées saugrenues de Ridley Scott dans Prometheus et Covenant, putain!),… Aucune sensation de menace, aucun moment grandiloquent ou touchant dans cette série qui se déroule pourtant sur Terre, dans un futur proche, beaucoup de dialogues et de purs remplissages dans ces huit interminables épisodes… voilà qui en dit long sur la série de Noah Hawley! Je n’irais pas plus loin et ne rentrerais même pas dans les considérations de timelines et autres cohérences envers les autres volets de la saga, ça serait vraiment tirer sur l’ambulance…

On nous vendait Alien: Earth comme un mélange novateur entre les sagas Alien et Blade Runner et au final, on a à la fois le pire des deux et presque rien de ces monuments (pour ça, il faudrait à minima comprendre l’essence de ces deux œuvres, n’est ce pas?)… Bref, ça ne s’adresse clairement pas aux vieux brisquards de la SF que nous sommes mais plutôt au jeune public (hélas) habitué aux séries modernes, trop souvent gentillettes, trop longues et aux grosses ficelles calibrées pour les plateformes de streaming (chose amplement confirmée quand je lis les rares avis positifs sur la série, faut y aller mollo sur le sucre les zoomers!)… Voire à ceux qui n’ont pas vu ces films canoniques!

En résumé, une série écrite n’importe comment qui aurait grandement gagnée à rester dans son rôle de spin off (et explorer ses thématiques à fond), voire à couper tout lien avec la saga Alien, au lieu de rester dans un entre-deux confortable pour mieux justifier ses faiblesses! Ce qui est sûr, c’est que Romulus (le pire opus de la saga, pour rappel) est tellement meilleur que ce… « truc » alors qu’il a des défauts relativement similaires, c’est dire! Ca m’apprendra à avoir espéré que le responsable de l’ignoble Marvel Cinematic Univers (blockbusters débiles qui vampirisent le cinéma et les cerveaux depuis plus de quinze ans maintenant) et du déclin définitif des icôniques Predator et Star Wars (et sans doute bientôt d’autres licences) allait accoucher d’autre chose que du… vent! Quand on sait que la qualité et l’intérêt des séries est généralement décroissant au fil des saisons… ça laisse rêveur sur la saison 2!

Note: Dispensable

https://www.imdb.com/title/tt13623632/

Frankenstein: S’il y a bien un Universal Monster indépassable à mon sens, c’est bien le Frankenstein original et sa suite! Alors quand un réal talentueux comme Guillermo Del Toro a été annoncé pour cette relecture, il y avait forcément de l’espoir! Doté d’un joli casting (Mia Goth toujours aussi impeccable mais aussi Oscar Isaac, Christoph Waltz et j’en passe), la claque est évidemment esthétique dès les premières minutes: ambiance pesante et gothique (même si on tire sur le steampunk par moments), costumes superbes, décors quasi picturaux, jeux de lumière, effets spéciaux mêlant CGI et effets pratiques à l’ancienne,… tout charme la rétine ici (et on frôle parfois l’overdose)! Construit sous forme d’actes (procédé pourtant assez contestable souvent synonyme de film interminable) et alternant le point de vue du Dr Frankenstein puis de sa créature (ce qui était le cas dans le roman originel… on aura d’ailleurs droit à la partie polaire seulement aperçue dans le film éponyme de 1994), Frankenstein rejoue efficacement le mythe du scientifique obsédé et dépassé par sa création… cette fois ci en lui donnant un minimum de passé familial. Créature qui se révèlera ici encore moins détestable que son géniteur (on saluera d’ailleurs son design moins monstrueux qu’à l’accoutumée). D’ailleurs, si l’on devait pointer un seul véritable défaut dans le film, c’est bien le manque de subtilité/ambiguïté dans l’écriture du personnage principal (Del Toro adore les freaks, on le sait mais ça détonne vraiment ici vu le traitement des autres personnages), autrement on est bien en présence d’un des meilleurs films de l’an passé donc… A la manière du Nosferatu d’Eggers, ce Frankenstein est bien une relecture moderne et intelligente du roman originel (reprenant au passage certains éléments de La Fiancée de Frankenstein) qui n’en dénature pas le propos (encore et toujours ces thématiques existentielles sur l’humanité, la solitude, la création, la « parentalité », la science et ses effets,…) et la portée pour autant! Une jolie fable à la fois sombre et poétique dont Shelley serait fière, pour sûr!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt1312221/

L’Envers du Culte: L’Enfer des armes (1980), La Momie (1932)

L’Enfer des armes/Dangerous Encounters of the First Kind: Troisième film de Tsui Hark, L’Enfer des armes est un sacré coup de pied dans la fourmilière au moment de sa sortie, clôturant ainsi son « cycle du chaos » entamé avec The Butterfly Murders. Violent, nihiliste, radical, impossible de décrocher le regard pendant une heure et demie, tellement ce récit de jeunesse désabusée (et désœuvrée) prend aux tripes. Superbement mise en scène et dotée d’une magnifique photographie (David Chung), le film sera immédiatement censuré et cing minutes seront coupées au montage, obligeant Hark à retourner certaines scènes. Véritable miroir des angoisses honk-kongaises de l’époque (risques de rétrocession à la Chine) et inspiré d’un fait divers réel, ce polar social est construit comme une véritable descente aux enfers et porte clairement bien son nom. Ici, la violence (loin d’être érotisée) contamine toute la société: ses jeunes, sa police, ses rues,… Notre quatuor finira sa petite virée dans un cimetière (si avec ça, vous ne comprenez pas la métaphore) dans une conclusion pour le moins… graphique! Inventif et non dénué de quelques touches d’humour, L’Enfer des armes est une jolie pépite à ne pas manquer, avec une ambiance sombre encore inégalée aujourd’hui !

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt0083199/

Anecdotes:

  1. La BO du film est très hétéroclite: on peut y entendre du Jean-Michel Jarre, Goblin, The Alan Parsons Project, Pierre Bachelet, Vangelis, Pink Floyd, Mozart, John Williams,…
  2. Les animaux torturés dans le film sont hélas bel et bien réels… et vivants.
  3. Dans la version originale (non censurée), la bande d’adolescents fabriquaient et posaient des bombes dans des lieux publics (une référence aux évènements de 1967).
  4. Le film fut un succès à sa sortie et fait désormais partie de la Honk Kong New Wave (regroupant également des réalisateurs comme Tam, Fong, Hui,…)

La Momie/The Mummy: Encore un classique d’Universal que votre serviteur n’a rattrapé que récemment! Que dire de cette pierre angulaire tant elle pose les bases pour les futurs films de momies à venir? Une malédiction étrange qui s’abat sur les étrangers qui osent troubler le sommeil des Pharaons et de leurs proches (largement inspirée des légendes autour de la découverte du tombeau Toutânkhamon dix ans plus tôt), un manuscrit aux pouvoirs puissants, une modernisation du mythe (la seconde partie du récit a justement lieu en 1932), un supplicié ramené à la vie et qui fera tout pour rejoindre/ressusciter sa bien-aimée et… comme dans bon nombre de films d’épouvante de l’époque une figure féminine, souvent sosie de l’amante du défunt (voire d’une princesse tout court), qui devient la proie (et le talon d’Achille) de la créature… et dont le héros finit par s’éprendre. Si ces éléments vous paraissent familiers aujourd’hui, c’est bien normal! Porté par une jolie esthétique (autant pour la partie des fouilles archéologiques dans le désert que celle plus contemporaine au Caire), des décors réussis et le charisme magnétique évident de Boris Karloff (bien aidé par le superbe maquillage de Jack Pierce) dans ce rôle d’Imhotep revenu d’entre les morts (une prestation si mémorable que le reste du casting paraît oubliable), ce premier long métrage de Karl Freund inspirera quatre suites dans les années 1940 (toutes bien en deçà de cet opus avec lequel elles n’ont finalement pas réellement de liens). Un incontournable du cinéma fantastique qui traverse les épreuves du temps avec succès, tout simplement!

Note: Solide

Anecdotes:

  1. Son réalisateur fut auparavant chef opérateur sur (entre autres) Dracula (dont il est aussi le co-réalisateur officieux) et Metropolis. Il réalisera Mad Love (première adaptation hollywoodienne des Mains d’Orlac) à la fin de sa carrière. En parlant d’ailleurs de Dracula, nous retrouvons ici Edward Van Sloan (qui joua également dans Frankenstein) et David Manners dans le casting principal!
  2. Le maquillage de Boris Karloff en momie nécessitait 8 heures de travail quotidien. Ardeth Bay est d’ailleurs l’anagramme de « Death by Ra ».
  3. Il faudra attendre 1999 et La Momie pour enfin avoir un remake digne de ce nom (avec des effets spéciaux spectaculaires à sa sortie… pas sûr que cela ait bien vieilli aujourd’hui…)
  4. L’écriture du scénario se fit progressivement: on chercha en premier lieu à avoir une figure horrifique pouvant rivaliser avec celle de Dracula et Frankenstein. Puis on y injecta la thématique de l’immortalité (Nina Wilcox Putnam). Le cadre égyptien arriva ensuite (John L. Balderston), puis l’histoire d’amour centrale et enfin le parchemin (imaginaire) de Thoth (inspiré du Livre des morts).
  5. L’ambiance entre le réalisateur et Zita Johann, héroïne du film et parallèlement très intéressée par l’occultisme, était très tendue pendant le tournage.

L’Envers du Culte: Lost Highway (1997), Häxan (1922)

Lost Highway: Alors pour faire simple et parce que je n’ai pas trop envie de trop vous spoiler le film, Lost Highway commence comme une histoire d’homicide étrange qui va en croiser une autre… jusqu’à la révélation finale, qui achèvera la boucle narrative. Il est bien évidemment ici question de désir, de jalousie mais aussi et surtout de doubles, de troubles d’identité, de narration alternative tout en restant relativement compréhensible, ce qui n’est pas le cas de tous les films de Lynch (ce qui, à mon avis, fait tout le sel de son cinéma mais a pu bien lui desservir à la longue). L’étrangeté et l’ambiance onirique/surréaliste y sont bien dosées (façon Twin Peaks). Les clins d’oeil entre les deux histoires sont suffisament nombreux pour le spectateur lambda, ce qui fait de Lost Highway une bonne porte d’entrée vers un univers lynchéen plus expérimental avant le chef d’oeuvre suivant qu’est Mulholland Drive (avec lequel ce film partage beaucoup de points communs). C’est à mon sens le véritable tour de force de ce film! Autrement, les rôles principaux sont bien campés (Pullman, Blake, Loggia, putain, quelle classe!), il y a une floppée d’acteurs connus dans les seconds, Patricia Arquette, elle, crève littéralement l’écran dans le rôle de la femme fatale héritée des films noirs. Le film est bien rythmé, bien filmé (à cheval entre modernité et vintage) et tient en haleine le spectateur sur plus de deux heures. La bande-son est à tomber: Billy Corgan, David Bowie, Marilyn Manson, Brian Eno, Rammstein, Lou Reed, This Mortal Coil et d’autres… Franchement, que demander de plus? Un revisionnage grandement appréciable dans tous les cas!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0116922/

Anecdotes:

  1. Le scénario du film a été écrit à quatre mains par Lynch et l’écrivain Barry Gifford (dont Lynch a adapté Sailor et Lula sept ans plus tôt)…et parce que le réalisateur adorait l’expression « lost highway » dans son livre Night People.
  2. Le film s’inspire en partie de l’affaire O. J. Simpson et
  3. L’apparence de l’homme mystère, interprété par Robert Blake a été improvisée par ce dernier, auquel Lynch a laissé quartier libre.
  4. La maison de Fred et Renée est une des propriétés de David Lynch, remodelée pour l’occasion.
  5. Initialement, Lynch voulait filmer le métrage en noir et blanc. Il s’arrange finalement avec Peter Deming, directeur de la photographie, pour tourner la plupart des scènes de nuit, sans toucher aux constrastes en post-production.

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Häxan/La Sorcellerie à travers les âges: Film d’épouvante pionnier des années 1920 et souvent oublié au profit des expressionnistes Nosferatu et Le Cabinet du Docteur Caligari, Häxan se présente de prime abord sous la forme d’un documentaire sur la sorcellerie et son « évolution », des temps anciens jusqu’à nos jours. Au final, le métrage oscille plutôt entre fiction fantastique et scénettes satiriques, contrainte du cinéma muet oblige, j’imagine! Cette association de tons est plutôt efficace et permet des séquences osées (les scènes de nus, la critique du rigorisme religieux, par exemple) et inspirées pour l’époque, même si l’ombre de Méliès (ou des grands peintres flamands) n’est jamais très loin! Si le film a plutôt bien traversé les décennies grâce à son visuel léché et son atmosphère malsaine réussie, sa longueur excessive pourra en revanche rebuter certains spectateurs! Dans tous les cas, il interpelle l’imaginaire et reste un formidable témoignage d’un savoir faire artisanal… en nous rappellant que finalement, les plus belles oeuvres sont souvent celles qui savent occulter leurs contraintes financières et techniques (525 000 dollars à l’époque, ce qui en faisant pourtant le film scandinave le plus coûteux de l’époque)!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0013257/

Anecdotes:

  1. Le film ne sera pas épargné par la censure qui fera couper de nombreuses scènes… Il était censé être le premier d’une trilogie… qui ne verra jamais le jour!
  2. Le réalisateur, Benjamin Christensen, joue à la fois le rôle du Diable et du Christ dans ce métrage.
  3. La majorité des scènes a été filmée de nuit, dans un vieux studio danois.
  4. Häxan se base en partie sur le Malleus Maleficarum, un ouvrage du XVe siècle rédigé par deux inquisiteurs allemands.