L’Envers du Culte: L’Enfer des armes (1980), La Momie (1932)

L’Enfer des armes/Dangerous Encounters of the First Kind: Troisième film de Tsui Hark, L’Enfer des armes est un sacré coup de pied dans la fourmilière au moment de sa sortie, clôturant ainsi son « cycle du chaos » entamé avec The Butterfly Murders. Violent, nihiliste, radical, impossible de décrocher le regard pendant une heure et demie, tellement ce récit de jeunesse désabusée (et désœuvrée) prend aux tripes. Superbement mise en scène et dotée d’une magnifique photographie (David Chung), le film sera immédiatement censuré et cing minutes seront coupées au montage, obligeant Hark à retourner certaines scènes. Véritable miroir des angoisses honk-kongaises de l’époque (risques de rétrocession à la Chine) et inspiré d’un fait divers réel, ce polar social est construit comme une véritable descente aux enfers et porte clairement bien son nom. Ici, la violence (loin d’être érotisée) contamine toute la société: ses jeunes, sa police, ses rues,… Notre quatuor finira sa petite virée dans un cimetière (si avec ça, vous ne comprenez pas la métaphore) dans une conclusion pour le moins… graphique! Inventif et non dénué de quelques touches d’humour, L’Enfer des armes est une jolie pépite à ne pas manquer, avec une ambiance sombre encore inégalée aujourd’hui !

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt0083199/

Anecdotes:

  1. La BO du film est très hétéroclite: on peut y entendre du Jean-Michel Jarre, Goblin, The Alan Parsons Project, Pierre Bachelet, Vangelis, Pink Floyd, Mozart, John Williams,…
  2. Les animaux torturés dans le film sont hélas bel et bien réels… et vivants.
  3. Dans la version originale (non censurée), la bande d’adolescents fabriquaient et posaient des bombes dans des lieux publics (une référence aux évènements de 1967).
  4. Le film fut un succès à sa sortie et fait désormais partie de la Honk Kong New Wave (regroupant également des réalisateurs comme Tam, Fong, Hui,…)

La Momie/The Mummy: Encore un classique d’Universal que votre serviteur n’a rattrapé que récemment! Que dire de cette pierre angulaire tant elle pose les bases pour les futurs films de momies à venir? Une malédiction étrange qui s’abat sur les étrangers qui osent troubler le sommeil des Pharaons et de leurs proches (largement inspirée des légendes autour de la découverte du tombeau Toutânkhamon dix ans plus tôt), un manuscrit aux pouvoirs puissants, une modernisation du mythe (la seconde partie du récit a justement lieu en 1932), un supplicié ramené à la vie et qui fera tout pour rejoindre/ressusciter sa bien-aimée et… comme dans bon nombre de films d’épouvante de l’époque une figure féminine, souvent sosie de l’amante du défunt (voire d’une princesse tout court), qui devient la proie (et le talon d’Achille) de la créature… et dont le héros finit par s’éprendre. Si ces éléments vous paraissent familiers aujourd’hui, c’est bien normal! Porté par une jolie esthétique (autant pour la partie des fouilles archéologiques dans le désert que celle plus contemporaine au Caire), des décors réussis et le charisme magnétique évident de Boris Karloff (bien aidé par le superbe maquillage de Jack Pierce) dans ce rôle d’Imhotep revenu d’entre les morts (une prestation si mémorable que le reste du casting paraît oubliable), ce premier long métrage de Karl Freund inspirera quatre suites dans les années 1940 (toutes bien en deçà de cet opus avec lequel elles n’ont finalement pas réellement de liens). Un incontournable du cinéma fantastique qui traverse les épreuves du temps avec succès, tout simplement!

Note: Solide

Anecdotes:

  1. Son réalisateur fut auparavant chef opérateur sur (entre autres) Dracula (dont il est aussi le co-réalisateur officieux) et Metropolis. Il réalisera Mad Love (première adaptation hollywoodienne des Mains d’Orlac) à la fin de sa carrière. En parlant d’ailleurs de Dracula, nous retrouvons ici Edward Van Sloan (qui joua également dans Frankenstein) et David Manners dans le casting principal!
  2. Le maquillage de Boris Karloff en momie nécessitait 8 heures de travail quotidien. Ardeth Bay est d’ailleurs l’anagramme de « Death by Ra ».
  3. Il faudra attendre 1999 et La Momie pour enfin avoir un remake digne de ce nom (avec des effets spéciaux spectaculaires à sa sortie… pas sûr que cela ait bien vieilli aujourd’hui…)
  4. L’écriture du scénario se fit progressivement: on chercha en premier lieu à avoir une figure horrifique pouvant rivaliser avec celle de Dracula et Frankenstein. Puis on y injecta la thématique de l’immortalité (Nina Wilcox Putnam). Le cadre égyptien arriva ensuite (John L. Balderston), puis l’histoire d’amour centrale et enfin le parchemin (imaginaire) de Thoth (inspiré du Livre des morts).
  5. L’ambiance entre le réalisateur et Zita Johann, héroïne du film et parallèlement très intéressée par l’occultisme, était très tendue pendant le tournage.

Bisseries: Wicked City (1987), The Feast (2021)

Wicked City/La Cité Interdite: Si d’Hideyuki Kikuchi, on retient surtout Vampire Hunter D, Wicked City est une autre de ses franchises cultes, sorte de version adulte et extrême de Demon City Shinjuku (du même auteur). Servi par de jolies animations fluides et effets de lumières, cet OAV de Yoshiaki Kawajiri (qui adaptera également d’autres œuvres cultes de Kikuchi par la suite) narrant un Japon en proie à une dissidence démoniaque (remettant en cause le traité de paix entre humains et démons) se distingue par son body horror inspiré (renvoyant directement aux œuvres phares du genre: The Thing, Alien, Videodrome et consorts)… tout autant qu’un aspect sexuel direct et assumé (le hentai n’est jamais très loin)! Et clairement, ce Wicked City vieillit bien, notamment grâce à un twist final qui met un peu de sens dans cette débauche de sexe et de violence! Si comme moi, vous aimez les polars urbains nerveux et hardboiled bien infusés d’horreur, foncez… même si cet anime n’évite pas quelques lourdeurs, comme le professeur Maiyart, particulièrement lourd et cliché…

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0098692/

The Feast: Même s’il est vrai qu’il met pas mal de temps à entamer les hostilités, ce long métrage de folk horror saura combler les plus téméraires d’entre vous! Servi par une mise en scène froide, minimaliste mais terriblement esthétique me rappelant les monuments Antichrist ou Midsommar (d’autres parlent du cinéma de Lanthimos), un rythme lancinant donc et une Annes Elwy terriblement inquiétante et magnétique, The Feast dresse également un portrait sans fard d’une famille bourgeoise complètement déconnectée et corrompue (où les victimes sont aussi -voire plus- étranges que le chasseur). Une relecture intelligente et moderne des légendes folks galloises. Inutile de vous attendre à des grands moments de gore par contre, Lee Haven Jones ayant choisi de favoriser les hors champs et la suggestions… ce qui rend son film encore plus insidieux!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt10738906/

Bisseries: Le Retour des morts-vivants (1985), La Nuit des morts-vivants (1990)

Le Retour des morts-vivants: De la saga lancée par Dan O’Bannon (cinq films à ce jour), je n’avais vu que le troisième réalisé par Brian Yuzna en 1993. Hormis le minois de Melinda Clarke, j’ai un souvenir d’un film bis plutôt fun et plaisant à regarder! Il était donc temps de voir ce premier opus de 1985! Honnêtement, j’ai passé un très bon moment, entre les très bonnes idées du scénario, la bande originale aux petits oignons (entre autres les Cramps, Roky Erickson, les Damned,…), des personnages 80’s hauts en couleurs comme l’embaumeur Ernie Kaltenbrunner (la bande de punks aurait mérité cependant un meilleur traitement, malgré Linnea Quigley qui donne tout ah ah), une fin cynique à souhait…bref du très bon bis comme on l’aime, qui a bien traversé les décennies et qui ne franchit pas la ligne rouge du nanar !

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0089907/

La Nuit des morts-vivants: Le saviez vous? « À la suite d’une erreur d’enregistrement de droit d’auteur, le film original de 1968 est entré dans le domaine public. L’équipe du tournage n’ayant pas gagné d’argent, Romero décida de tourner un remake pour combler ce manque à gagner, en essayant de garder la même équipe. »

En plus d’être un film référentiel, le premier film de Romero a tout pour me plaire: huit-clos, personnages un minimum fouillés, une sacrée ambiance en grande partie dûe au format utilisé, un bon twist de fin,… Autant dire que le remake de Tom Savini, cet homme à tout faire et collaborateur proche de tonton Georges, relève un sacré défi, même avec tonton himself au scénar! Et ma foi, ils s’en tirent bien, les cons! Car au delà de tout le respect et l’amour pour son aîné qui se ressentent à chaque seconde (même si à mon avis, ce genre de choses tient surtout à la compréhension de l’oeuvre), Savini se permet dans ce remake colorisé des variations bien senties sur des ressorts secondaires du scénario (en les modernisant parfois) et le caractère des personnages (incarnés par une jolie brochette de gueules connues du genre: Todd, Towles, Moseley): on a donc droit à un Ben moins sûr de lui et un Barbara beaucoup plus badass…même si pour le coup, on pouvait difficilement faire pire que l’original (Harry Cooper, lui, est toujours aussi détestable, rassurez vous). Les acteurs se débrouillent bien, l’ambiance est aussi austère que dans le film de 1968 et les maquillages sont au poil (notons une quasi absence de gore)! Je reste cependant sur ma faim concernant la tension peu présente au long des scènes (le remake se penchant plus sur la confrontation Ben/Harry que celle entre le groupe et les créatures) et le dénouement, cynique à souhait (tout droit sortie du Zombie de Romero) mais sans doute dispensable! Une très belle surprise en tout cas!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0100258/