Bisseries: Tesis (1996), Run and Kill (1993)

Tesis: Plongée dans les limites entre fiction et réalité avec le méta Tesis, premier long métrage d’Amenábar (découvert pour ma part avec l’excellent Les Autres) explorant l’univers suffocant des snuffs movies. On suit ici une étudiante en cinéma qui s’intéresse à la violence audiovisuelle pour son mémoire. Accompagné d’un autre étudiant érudit dans l’univers du cinéma de genre, elle va découvrir que sa propre université aurait peut être un lien avec une étudiante disparue dont le meurtre a été filmé… Même si le film a mal vieilli (seulement 696 000 euros de budget), il interroge intelligement notre rapport voyeuriste aux images et plus précisément au graveleux, à la violence, au morbide (autant te dire qu’on est bien concerné ici ah ah), dans la lignée de Vidéodrome et Funny Games. Et cette réflexion renforce le côté dérangeant de cette thématique, même si finalement elle reste globalement assez suggestive ici. Même si les interprètes principaux (Ana Torrent, Fele Martínez) portent le film avec leur duo improbable, on ne peut que déplorer en revanche que le personnage d’Ángela ne soit pas particulièrement attachant. De la même manière, une longueur excessive et des ficelles scénaristiques peu subtiles plombent également le visionnage. Mais pour un début ça reste foutrement intéressant, avec une jolie mise en scène, des personnages délicieusement ambigus et une ambiance paranoïaque en prime (comme De Palma en son temps)!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0117883/

Run and Kill: Retour à la Catégorie III avec ce Run and Kill! Le quatrième métrage de Billy Tang (tout juste sorti de Dr Lamb) n’est ni plus ni moins que l’histoire de la descente aux enfers d’un homme trompé qui paye le prix fort de ses mauvais choix (et son manque de chance)! Polar poisseux à souhait, cruel et gore, le film est de ceux qui dépeignent une humanité particulièrement laide, brisée et sans espoir (comme beaucoup de métrages classés Catégorie III finalement). Bien mis en scène et joliment rythmé, il est impossible de s’ennuyer devant! Il souffre néanmoins d’un défaut majeur: son aspect comique peu subtil qui désamorce trop vite les scènes de tension et l’empathie qu’on est censé ressentir pour le personnage joué par Kent Cheng (pourtant déjà bien assez lâche et pathétique dès le départ pour en rajouter une couche). Une scène particulièrement atroce à la fin du métrage devrait néanmoins hanter vos esprits pour longtemps… Signalons évidemment la prestation mémorable de Simon Yam dans le rôle d’un tueur psychopathe rescapé du Vietnam!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0108600/

Des news!

Vous vous en êtes rendu compte: depuis quelques semaines, les publications ont repris… lentement mais sûrement! Le rythme ne devrait pas être trop s’accélérer par la suite parce que j’ai pas mal de choses sur le feu en ce moment, vous commencez à connaître la chanson!

Cette année (l’air de rien, la sixième pour votre serviteur), attendez vous à pas mal de chroniques de films cultes, des petits guides sur le cinéma d’horreur, de science-fiction, de thrillers et leurs multiples sous-genres (j’ai enfin commencé à déblayer le terrain pour ne pas publier ici pendant encore 30 ans, quoi ah ah), quelques autres formats surprises et évidemment (running gag oblige)… peut être la fin de ces foutus cycles hard SF et thrillers conspi pour enfin passer à autre chose, qui sait?

Par contre, je ne vous cache pas que pour ce qui est des films récents… vu ce qui sort en salles, ne vous attendez pas à grand chose (à deux doigts de lâcher un « c’était mieux avant! » ah ah)!

A bientôt et n’hésitez pas à commenter si le cœur vous en dit!

L’Envers du Culte: Malevil (1981), Invasion of The Body Snatchers (1978)

Malevil: S’il ne fallait retenir qu’une chose de cette belle adaptation du roman (éponyme) de Robert Merle, c’est bien la poésie morbide qui émane de ses paysages désolés et des personnages qui errent parmi les ruines (on sent bien le passif de son réalisateur, Christian de Chalonge, jusqu’alors spécialisé dans les documentaires). Porté par un impressionnant/étonnant casting (Serrault, Dutronc, Villeret, Trintignant, Dhéry et j’en passe) et fouillant dans la psyché de ses personnages, le film est sans doute sorti trop tôt pour être réellement apprécié à sa juste valeur… Abordant des thématiques lourdes (solitude, deuil, espoir, humanité, civilisation, reconstruction,…), plutôt avare en dialogues, musiques et effets spéciaux (c’est du cinéma russe ou bien?), doté d’un rythme lancinant, Malevil n’est clairement pas fait pour le grand public. Il n’empêche que ce métrage revient régulièrement dans les meilleurs films post-apocalyptiques (nucléaire ici)… un univers où les français se sont finalement peu risqués! Avant gardiste donc mais d’autan plus marquant, il présente la survie quotidienne (et réaliste) de campagnards isolés au prise avec l’incompréhension, le deuil et bientôt les tensions avec des bandes rivales. Pas si loin d’un Threads visiblement!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0082701/

Anecdotes:

  1. Le film a été tourné en Aveyron (Bertholène, Séverac l’Eglise) et dans l’Hérault (Le Caylar, Saint Thibéry).
  2. La fin (plutôt curieuse d’ailleurs) est totalement différente de celle du roman, c’est une des raisons qui poussera Merle à demander à ce que son nom soit retiré au générique.
  3. Le métrage fera tout de même 1,4 millions d’entrées lors de sa sortie en salles.

Invasion of The Body Snatchers/L’Invasion des profanateurs : Version sans doute plus connue que l’original (sympa mais vieillot) de 1956 ou que l’inutile remake de Ferrara, cette revisite bénéficie d’une jolie photographie et d’un beau casting (Sutherland, Nimoy, Adams, Goldblum, Cartwright). Nous suivons donc ici un groupe de résistants dans un San Francisco progressivement gangrené par des doppelgängers générés par un organisme extraterrestre inconnu… Plus body horror que science fiction comme son aîné… et surtout plus moderne, on retrouve la critique sociale si chère à Romero, notamment dans cette vision de la société de consommation et des sphères de pouvoir (très seventies finalement)! Mais… car il y a un gros mais, le gros problème du métrage est qu’il met énormément de temps à démarrer (une heure ou presque), ne montre jamais réellement les conséquences de l’invasion en dehors de ce quatuor et se perd même dans beaucoup de dialogues… Alors oui, le film joue beaucoup sur son ambiance fiévreuse/paranoïaque héritée des fifties qui monte crescendo, sur la suggestion… mais il faut bien avouer que quand le rythme s’emballe vraiment, pas mal de monde a déjà quitté le navire! De la même façon, je ne suis pas sûr que le monolithique Sutherland ait été un choix judicieux pour le rôle principal… Un remake mitigé donc!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0077745/

Anecdotes:

  1. Pas mal de cameos parsèment le film: Robert Duvall (qui nous a récemment quitté), Don Siegel (réalisateur du premier film), Kevin McCarthy (acteur principal de la première adaptation), Michael Chapman, Philip Kaufman lui même…
  2. Ce film a bénéficié d’un réel travail sur le son, ainsi, au fur et à mesure que l’invasion progresse, les bruits naturels (oiseaux, criquets) disparaissent, remplacés par le bruit urbain et oppressant des alarmes et des voitures…
  3. Veronica Cartwright jouera dans une autre adaptation du roman de Walter Braden Finney: Invasion, sorti en 2007.
  4. Durant la scène finale, l’effroi de Cartwright est réel, ne sachant pas comment le film se terminait.

L’Envers du Culte: The Hitcher (1986), L’Etrange créature du lac noir (1954)

The Hitcher: Il y a des films que vous regrettez de ne pas avoir vu plus tôt dans votre vie… The Hitcher est de ceux là! Déjà, il y a Rutger Hauer (et son énorme charisme) dans le rôle d’un énigmatique auto-stoppeur, psychopathe, inarrêtable et imprévisible. Rien que ça, j’ai déjà envie de voir le film… Et il est vrai que sans lui, le film ne serait qu’une sympathique série B! A la croisée du western crépusculaire sur fond de désert californien, du survival psychologique et « routier » à la Duel (où le jeu du chat et de la souris ne s’arrête jamais donc), le métrage se pose comme un modèle en terme de rythme et d’inventivité. Poisseux, violent (mais rarement gratuit), sadique, à l’image du mal qui contaminera aussi le personnage principal, ce premier long métrage de Robert Harmon (dont le reste de la carrière sera hélas plutôt confidentiel) est également de ces films dont vous ne sortez pas indemne! A noter, que l’on retrouve également la jeune Jennifer Jason Leigh (déjà vue dans le très bon La Chair et le Sang) au casting! Je n’en dirais pas plus pour réserver la surprise aux chanceuses et chanceux qui ne l’ont pas encore vu!

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt0091209/

Anecdotes:

  1. Le film s’inspire d’un vrai fait divers (Billy Cook qui se faisait passer pour un auto-stoppeur et tua six personnes dans les années 1950) et de la célèbre chanson Riders on the Storm des Doors (d’où le nom de l’antagoniste).
  2. On pensa d’abord à Terence StampSam Elliott puis Michael Ironside pour le rôle de John Ryder. Rutger Hauer réalisa la plupart de ses cascades lui même. Matthew ModineTom Cruise, Emilio Estevez et Charlie Sheen furent pressentis pour le rôle de Jim.
  3.  Le métrage fut tourné en grande partie en Californie (Amboy, Barstow, le désert des Mojaves, la vallée de la Mort, le comté d’Imperial et Los Angeles) et au Lake Mead.
  4. La première version du scénario était bien plus longue (quasi trois heures de film) et gore, à la limite du slasher. Eric Red, son créateur, y fait d’ailleurs un caméo. La mort de Nash est une idée d’Hauer lui même!
  5. The Hitcher est un des films favoris de Christopher Nolan.

L’Etrange Créature du Lac Noir: Faisant partie des derniers Universal Monsters (univers qui s’étend tout de même sur quatre décennies) et bénéficiant d’un très joli noir et blanc, ce classique des films de monstres a tout pour plaire: des décors originaux et sublimes (extérieurs et fonds marins), un joli casting, une créature plutôt étrange (conçue par Milicent Patrick). Il faut dire qu’à la caméra, c’est Jack Arnold, qui a réalisera peu de temps après Tarentula et L’Homme qui rétrécit. Pour ce qui est du scénario… et bien, les ficelles sont désormais tellement rodées (monstre obsédée par la femme d’un des héros façon King Kong, opposition un peu trop manichéenne entre scientifiques et mercenaires,…) qu’elles sont prévisibles et que l’on peut facilement deviner l’issue du film mais l’excellente interprétation et la beauté du cadre permet de passer outre sans trop de difficulté! Ceci dit, on est loin de la perfection de La Momie et des deux premiers opus de Frankenstein! Ce qui n’empêchera pas Universal d’en produire deux suites: La Revanche de la créature (du même réalisateur) en 1955 et La créature est parmi nous en 1956.

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0046876/

Anecdotes:

  1. La Créature (nommée parfois « Gill-Man ») est inspirée de deux monstres marins légendaires de la Renaissance: « l’évêque marin » et le « sea monk »! Quand elle attaque un ennemi, elle tournoie à la manière des crocodiles! Le scénario, lui, est largement influencé par La Belle et la Bête.
  2. Le film fait partie des premiers projets de films destinés à sortir en 3D en salles! Mais cette mode ralentira fortement dès 1953. Beaucoup de spectateurs verront donc le film dans sa version « normale » à l’époque! Il faudra attendre les années 1970 pour que la version 3D ressorte!
  3. Les scènes aquatiques ont été filmées en Floride (Silver Springs et Wakulla). Deux acteurs jouent la Créature: Ben Chapman et Ricou Browning (le premier pour les scènes terrestres, l’autre pour les scènes aquatiques). Le second était d’ailleurs plongeur professionnel.
  4. C’est un des métrages d’épouvante/fantastique favoris de Steven Spielberg, influence qui se ressentira particulièrement dans son Jaws! Même chose pour Ingmar Bergman!
  5. Différents projets de remake font régulièrement surface depuis les années 1980… sans aboutissement à ce jour! The Shape of Water de Del Toro recyclera d’ailleurs des idées du réalisateur pour un remake refusé par Universal.

Bisseries: Star Time (1992), Vicious Fun (2020)

Star Time: Film de psycho-killer visiblement peu connu en Europe, Star Time est un joli petit OVNI des nineties. Avec une approche stylisée très proche du cinéma de David Lynch (avec une bonne louche de critique médiatique à la Videodrome tout de même), ce premier long métrage d’Alexander Cassini, sorti deux ans seulement après Twin Peaks, reprend à son compte le mélange entre contemplation, étrange et grotesque propre au regretté cinéaste. Timeline (volontairement) floue, traumas, fantasmes, hallucinations, si comme moi, la part psychologique et « sensorielle » d’un film d’exploitation vous motive plus que voir de la bidoche toutes les cinq secondes, Star Time est peut être bien le cauchemar fiévreux qu’il vous faut! Dommage que le film reste trop « sage » par moments… Portée par une belle mise en scène et la prestation de Michael St. Gerard, parfait dans son rôle de paumé assoiffé de gloire télévisuelle (comme le reste du casting principal: John P. Ryan en mentor diabolique, la jolie Maureen Teefy en assistante sociale prise au piège), si vous pensiez voir un slasher de plus… vous risquez d’être surpris!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0105464/

Vicious Fun: Ayant perdu l’essentiel des notes prises pendant ce visionnage (qui date), je vais essayer de faire au mieux avec mes souvenirs… Comédie « méta » dans la droite lignée de Shaun of The Dead, ce métrage joue avec habileté des codes et clichés des slashers des 80’s avec son histoire de critique de zine horrifique se retrouvant par erreur dans une réunion de serial killers. Bien rythmée, joliment mise en scène, le film est foncièrement drôle sans être lourd et rend de la même manière un joli hommage aux films de genre sans être putassier! Portée également par une jolie brochette de personnages et du gore généreux, Vicious Fun est le genre de comédie sans prétention qui se révèle inventive et très agréable à regarder, avec un bon équilibre entre horreur et comédie!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt11778118/

A l’affiche: Running Man (2025), Bugonia (2025)

Running Man: Mettons d’emblée les choses au clair: le cinéma d’Edgar Wright m’intéresse bien plus pour sa mise en scène et son montage que pour son propos. Si le gars s’est fait connaître par une trilogie de comédies (genre dont je ne suis pas particulièrement friand, au passage) devenues cultes depuis… il faut bien dire que Last Night In Soho m’avait bien réconcilié avec le bonhomme! Hélas, si ce Running Man version 2025 démontre une bien belle maîtrise technique (mise en scène, montage, visuel), le film peine bien à cacher les lacunes et incohérences de son (maigre) scénario sur la longueur! Que dire de plus? C’est plutôt bien rythmé, avec de bons retournements de situation et un sympathique caméo de Michael Cerra (sans doute le meilleur personnage du film) mais on a bien du mal à ressentir de la peur pour le personnage principal, vu les grosses ficelles du scénario et les touches d’humour omniprésentes… Et justement, mettre Glen Powell en acteur principal, c’est un choix très discutable! En tout cas si on souhaite que le public s’attache au personnage… Même (le grand) Josh Brolin en mode pilote automatique arrive à être plus convaincant… c’est dire! Question message/thématiques, le ton semble tellement cynique et désabusé (très actuel finalement, au moins autant que ce que le métrage est censé dénoncer) qu’on ne sait pas vraiment si Wright croit réellement au populisme porté par son héros. Au moins, on évite le manichéisme à deux balles, souvent omniprésent dans les films dystopiques… Quand à la comparaison avec l’adaptation de 1987 ou le livre de Stephen King, ne les connaissant pas, cette chronique s’arrêtera ici. Un bon film de divertissement mais pour le reste, cette satire manque cruellement de finesse…

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt14107334/

Bugonia: Mélange de comédie noire, de thriller et de SF (un tout petit peu), ce métrage laisse une impression… pour le moins étrange. Si on peut saluer les prestations solides d’Emma Stone et de (l’excellent) Jesse Plemons qui portent totalement le film sur leurs épaules… Bugonia tient quand même de la (belle) coquille vide! C’est loin d’être mal filmé (ou même mal joué) mais l’histoire n’est franchement pas passionnante et on s’ennuie même ferme par moments (la folie du final se fait salement attendre dirons nous) ! On passera sur le tir sur l’ambulance que constitue tout l’effet comique des deux personnages conspirationnistes (puisqu’aucun complot n’a jamais existé dans l’Histoire et les médias traditionnels, qui n’ont d’ailleurs aucun collusion avec les politiques, donnent une version toujours parfaitement objective des faits, c’est bien connu… il s’agirait de grandir à un moment, les fragiles). Bien que peu connaisseur de la filmographie et l’univers de Lánthimos, je suis un grand fan d’humour absurde/noir et je ne peux que déplorer une prise de risques ici proche de zéro… Pour un remake d’un film parlant d’écologie et de capitalisme (pourtant deux enjeux majeurs actuels), c’est franchement raté et on frise souvent le ridicule d’un Mickey 17… A croire que la bien-pensance bobo-gauchiste actuelle (en fin de course, ouf!) a une vision du monde (enfin de tous ceux qui ne pensent pas comme eux surtout… ce qui fait un paquet de monde) tellement caricaturale qu’elle est incapable de produire une seule bonne satire ces derniers temps… A réserver à ceux qui adorent les archétypes et le manque cruel de subtilité/courage, finalement! Les autres, passez votre chemin!

Note: Dispensable

https://www.imdb.com/fr/title/tt12300742/

Bisseries: When Evil Lurks (2023), The Sadness (2021)

When Evil Lurks: Bonne petite surprise que ce métrage américano-argentin! Traitant du sujet très éculé de la possession démoniaque mais en y injectant du folk horror, une logique de contamination, des anti-héros plutôt attachants au passé un brin torturé et une brutalité sans concession (si vous avez des enfants, ça risque de piquer !), je parie sans grand risque que ce When Evil Lurks signé Demián Rugna risque de vite devenir une référence dans sa catégorie! Dommage pour cette fin un peu poussive à mon goût mais qui renforce tout de même le nihilisme absolu du film! On apprécie aussi la jolie photographie, la métaphore du capitalisme international qui pourrit tout ce qu’il touche, un sentiment de paranoïa qui monte crescendo et un rythme lancinant assez bien maîtrisé (malgré une seconde partie assez inégale)! Une belle curiosité à découvrir en tout cas!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt16300962/

The Sadness: Bien que n’étant pas spécialement fan de gore (c’est même de pire en pire en vieillissant), j’avais forcément entendu parler de ce film taïwanais (réalisé par le canadien Rob Jabbaz dont c’est le premier long métrage) qui avait fait parler de lui et surfait clairement sur le bordel sanitaire/social qu’a été le Covid19 (et son lot d’angoisses associées). Alors oui, c’est clairement sanglant à souhait, brutal (on apprécie le clin d’œil -involontaire ?- à Irréversible), malsain, sans limite et ça rappelle forcément les meilleurs heures de la Catégorie III (un argument qui a fini par me convaincre de regarder le film, d’ailleurs) et entre le rythme nerveux et le propos très actuel sur les dérives des sociétés modernes (addiction à la technologie, individualisme mortifère, gestion catastrophique de l’épidémie par des politiciens opportunistes, harcèlement,…), c’est franchement plaisant à regarder à mon sens! On pourrait bien sûr pointer du doigt un mode de contamination peu clair, un propos intéressant mais peu exploité et un film d’infectés qui finalement arrive 5 ans après la bataille (pas comme si ce sous-genre regorgeait de pépites mais quand même) mais ne boudons pas notre plaisir, il y a de l’originalité, une bonne mise en scène, quelques touches d’humour, des infectés réussis, une fin ouverte à la poésie morbide,.. Que voulez vous de plus?

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt13872248/

Bisseries: A tombeau ouvert (1999), Alucarda (1977)

A Tombeau ouvert: Même s’il n’est pas le meilleur Scorsese (ni le pire), ce métrage possède une ambiance badante à souhait qu’on aura du mal à trouver ailleurs (on pense à plusieurs reprises à Taxi Driver… forcément ou même à Night Call). Cage, Goodman et Arquette campe un trio parfait de personnages abîmés par la vie dont les destins se croisent (mais qui est parfaitement intact dans ce film en même temps?). Alors oui, par moments, il ne se passe pas grand chose (à l’instar du quotidien du Frank Pierce) et ça manque quand même de subtilité par moments mais la mise en scène ingénieuse du Monsieur, la photographie de Robert Richardson, l’univers nocturne désenchanté de ces ambulanciers et les récurrentes hallucinations morbides du personnage principal font passer la pilule sans (trop de) mal! On retrouve bien évidemment les thématiques chères à l’italien: la mort (et même l’euthanasie ici), la religion, les personnages déglingosses, la dope et même une bonne pincée de comédie! Notons également une belle BO bien rock! Alors i vous souhaitez faire un grand bain dans les bas fonds de la Grande Pomme…

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0163988/

Alucarda: Joli mélange de folk horror, sorcellerie et nunsploitation que ce métrage mexicain à l’esthétique européenne très 60’s-70’s (amis de la Hammer, foncez!). On pense plusieurs fois à Blood on Satan’s Claw, Dark Waters voire à certains films de Jess Franco (excusez du peu!). Efficace avec peu (malgré une certaine générosité en nudité et en effets gore) et mettant en scène avec efficacité des thèmes récurents du cinéma d’épouvante comme la possession, le pacte avec le Malin, l’opposition entre bien et mal, science et foi, voire les paradoxes religieux ou la normalité tout court, cette adaptation libre du classique Carmilla brille donc par une certaine subtilité dans le propos comme dans ses atmosphères étranges, surréalistes et gothiques! Porté par l’excellente Tina Romero et la jolie mise en scène de Juan López Moctezuma (notamment dans ses scènes d’extérieur), ses seuls véritables points faibles est que le film arrive un peu tard dans les seventies pour véritablement marquer les esprits… et un final un peu décevant, il faut bien le dire!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0075666/

Bisseries: La Maison aux Fenêtres qui Rient (1976), Maléfique (2002)

La Maison aux fenêtres qui rient : Si son titre peut prêter à sourire, voilà un (faux mais on y reviendra) giallo rural qui risque bien de vous rester en tête, ne serait ce que pour ses ambiances uniques ou encore ses nombreuses scènes d’extérieur !  Prenant la forme d’un whodunit vintage/film d’épouvante, cette enquête sur un peintre maudit au cœur d’un petit village d’Emilie Romagne, portée par une jolie galerie de personnages étranges (et bien interprétés) et surtout une gestion admirable du suspense, marque effectivement de par ses libertés avec le giallo avec lequel il est assimilé -à tort- (ici les meurtres sont suggérés, pas de stylisation du tueur, pour ne prendre que deux exemples) dont il garde surtout la jolie photographie (Pasquale Rachini) et évidemment l’atmosphère mortifère/décrépie qui se dégage de la pellicule à chaque seconde. Ce que viendra confirmer une nouvelle fois son final, à la fois cruel et ingénieux ! Je dois par contre avertir les réfractaires au rythme lancinant, vous allez souffrir! Une œuvre certes imparfaite, signée Pupi Avati, mais unique, avec une portée sociologique finalement très proche de celle de La Longue Nuit de l’Exorcisme du regretté Lucio Fulci (encore et toujours lui)! Avec un zeste pré-Twin Peaks par dessus, si si!

Note : Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt0074287/

Maléfique : Il va falloir se calmer sur les films lovecraftiens, parce qu’on aura bientôt plus rien à se mettre sous la dent quand on va attaquer le cycle sur l’horreur cosmique ! Toujours est il que ce Maléfique d’Eric Valette (ex-metteur en scène des Guignols de l’info) a gagné une petite réputation au fil des ans et que le film était sur ma liste depuis un moment ! S’il n’échappe pas à certains défauts typiquement français (comme un certain manque de subtilité dans l’écriture de ses personnages qui ne dépassent hélas que rarement leur carcan de stéréotypes), ce huis clos carcéral, porté par une belle brochette d’acteurs, dans lequel quatre prisonniers découvrent un manuscrit étrange vire vite au thriller fantastique, malin et nihiliste où l’ombre de Lovecraft plane tout en restant suffisamment dans le suggestif et le minimalisme  pour ne pas sombrer dans le grotesque. Saluons également son rythme et ses effets spéciaux qui maintiennent bien en haleine (même si encore une fois, amateurs de films survitaminés, la majorité des films chroniqués ici bas ne sont pas pour vous) ! Un premier long métrage honnête à l’ambiance unique et au budget qu’on imagine tout petit!

Note : Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0309832/

Bisseries: Le Solitaire (1981), La Chose Derrière la Porte (2023)

Mmh tout compte fait, on va reprendre les publications ici plus tôt que prévu… mais ne vous attendez pas à une grosse régularité jusqu’à janvier-février…

Le Solitaire/Thief : Plongez dans le Chicago des eighties avec ce premier long métrage de Michael Mann ! Un thriller poisseux et réaliste où les rapports entre voyous et flics sont légèrement plus flous qu’on ne le pense et les rédemptions ne se passent jamais comme prévu (façon L’Impasse). Servi par une belle mise en scène et une jolie distribution (le couple James Cann/Tuesday Weld en tête), cette adaptation du roman The Home Invaders (narrant l’histoire d’un braqueur solitaire aspirant à raccrocher les gants) est de ces métrages oubliés qui ne payent pas de mine sur le papier mais dont la strcture même est faite en sorte que vous n’en sortiez pas indemne. Impossible de ne pas penser à Drive, tellement Refn multipliera les points communs/hommages… jusque dans sa bande-son électronique (ici, ce sont les excellents Tangerine Dream qui s’en occupent). Un premier film qui, comme souvent, contient en germe les thématiques à venir du réalisateur dont le métrage suivant, Manhunter, sera dans la même veine !

Note : Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt0083190/

La Chose derrière la porte : Les bons métrages inspirés par l’univers de Lovecraft, c’est comme les bonnes adaptations des romans de Stephen King, généralement c’est si rare qu’on n’a pas forcément envie de les garder pour soi ! Ici l’histoire est plutôt simple : une veuve tente de ramener à la vie son mari décédé dans les tranchées de la Première Guerre mondiale. Un acte qui aura bien sûr des conséquences… Outre la prestation étonnante de Séverine Ferrer (un nom qui parlera forcément aux gens de ma génération qui ont grandi en regardant M6), c’est avant tout dans son visuel et ses ambiances que ce premier long métrage de Fabrice Blin marque les esprits : on navigue entre onirisme, fantasmes, hallucinations (façon Lucio Fulci) avec un sentiment de paranoïa grandissant ! Outre la très jolie photo, il faut bien reconnaître que l’on a là un film très honnête au vu du scénario qui annonçait un déroulé plutôt prévisible ! Petit budget oblige, la sobriété est de mise, dans les dialogues (au moins on évite le pathos insupportable de beaucoup de films français) comme dans les effets spéciaux (très corrects), ce qui renforce la bizarreté contemplative, la solitude et le basculement vers la folie de l’héroïne! Le film convoque également d’autres œuvres phares du genre comme Evil Dead, Re-Animator, Invasion of the Body Snatchers et bien évidemment la zombiexploitation italienne de la grande époque (plutôt le genre de came qu’on aime ici bas), le tout saupoudré de folk horror. Et même un peu de The Last of Us pour ceux qui auront la réf’ (bon, c’est pas The Hallow non plus mais tout de même)! Ca sent l’amouteux de genre, tout ça! On appréciera aussi le rythme lancinant (raccord avec la mise en scène), les décors/costumes et la bande son (Raphael Gesqua) réussis qui font de ce semi-huis clos rural et fantastique… une jolie bizarrerie française à découvrir!

Note : Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt10340360/