L’Envers du Culte: The Hitcher (1986), L’Etrange créature du lac noir (1954)

The Hitcher: Il y a des films que vous regrettez de ne pas avoir vu plus tôt dans votre vie… The Hitcher est de ceux là! Déjà, il y a Rutger Hauer (et son énorme charisme) dans le rôle d’un énigmatique auto-stoppeur, psychopathe, inarrêtable et imprévisible. Rien que ça, j’ai déjà envie de voir le film… Et il est vrai que sans lui, le film ne serait qu’une sympathique série B! A la croisée du western crépusculaire sur fond de désert californien, du survival psychologique et « routier » à la Duel (où le jeu du chat et de la souris ne s’arrête jamais donc), le métrage se pose comme un modèle en terme de rythme et d’inventivité. Poisseux, violent (mais rarement gratuit), sadique, à l’image du mal qui contaminera aussi le personnage principal, ce premier long métrage de Robert Harmon (dont le reste de la carrière sera hélas plutôt confidentiel) est également de ces films dont vous ne sortez pas indemne! A noter, que l’on retrouve également la jeune Jennifer Jason Leigh (déjà vue dans le très bon La Chair et le Sang) au casting! Je n’en dirais pas plus pour réserver la surprise aux chanceuses et chanceux qui ne l’ont pas encore vu!

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt0091209/

Anecdotes:

  1. Le film s’inspire d’un vrai fait divers (Billy Cook qui se faisait passer pour un auto-stoppeur et tua six personnes dans les années 1950) et de la célèbre chanson Riders on the Storm des Doors (d’où le nom de l’antagoniste).
  2. On pensa d’abord à Terence StampSam Elliott puis Michael Ironside pour le rôle de John Ryder. Rutger Hauer réalisa la plupart de ses cascades lui même. Matthew ModineTom Cruise, Emilio Estevez et Charlie Sheen furent pressentis pour le rôle de Jim.
  3.  Le métrage fut tourné en grande partie en Californie (Amboy, Barstow, le désert des Mojaves, la vallée de la Mort, le comté d’Imperial et Los Angeles) et au Lake Mead.
  4. La première version du scénario était bien plus longue (quasi trois heures de film) et gore, à la limite du slasher. Eric Red, son créateur, y fait d’ailleurs un caméo. La mort de Nash est une idée d’Hauer lui même!
  5. The Hitcher est un des films favoris de Christopher Nolan.

L’Etrange Créature du Lac Noir: Faisant partie des derniers Universal Monsters (univers qui s’étend tout de même sur quatre décennies) et bénéficiant d’un très joli noir et blanc, ce classique des films de monstres a tout pour plaire: des décors originaux et sublimes (extérieurs et fonds marins), un joli casting, une créature plutôt étrange (conçue par Milicent Patrick). Il faut dire qu’à la caméra, c’est Jack Arnold, qui a réalisera peu de temps après Tarentula et L’Homme qui rétrécit. Pour ce qui est du scénario… et bien, les ficelles sont désormais tellement rodées (monstre obsédée par la femme d’un des héros façon King Kong, opposition un peu trop manichéenne entre scientifiques et mercenaires,…) qu’elles sont prévisibles et que l’on peut facilement deviner l’issue du film mais l’excellente interprétation et la beauté du cadre permet de passer outre sans trop de difficulté! Ceci dit, on est loin de la perfection de La Momie et des deux premiers opus de Frankenstein! Ce qui n’empêchera pas Universal d’en produire deux suites: La Revanche de la créature (du même réalisateur) en 1955 et La créature est parmi nous en 1956.

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0046876/

Anecdotes:

  1. La Créature (nommée parfois « Gill-Man ») est inspirée de deux monstres marins légendaires de la Renaissance: « l’évêque marin » et le « sea monk »! Quand elle attaque un ennemi, elle tournoie à la manière des crocodiles! Le scénario, lui, est largement influencé par La Belle et la Bête.
  2. Le film fait partie des premiers projets de films destinés à sortir en 3D en salles! Mais cette mode ralentira fortement dès 1953. Beaucoup de spectateurs verront donc le film dans sa version « normale » à l’époque! Il faudra attendre les années 1970 pour que la version 3D ressorte!
  3. Les scènes aquatiques ont été filmées en Floride (Silver Springs et Wakulla). Deux acteurs jouent la Créature: Ben Chapman et Ricou Browning (le premier pour les scènes terrestres, l’autre pour les scènes aquatiques). Le second était d’ailleurs plongeur professionnel.
  4. C’est un des métrages d’épouvante/fantastique favoris de Steven Spielberg, influence qui se ressentira particulièrement dans son Jaws! Même chose pour Ingmar Bergman!
  5. Différents projets de remake font régulièrement surface depuis les années 1980… sans aboutissement à ce jour! The Shape of Water de Del Toro recyclera d’ailleurs des idées du réalisateur pour un remake refusé par Universal.

L’Envers du Culte: Lost Highway (1997), Häxan (1922)

Lost Highway: Alors pour faire simple et parce que je n’ai pas trop envie de trop vous spoiler le film, Lost Highway commence comme une histoire d’homicide étrange qui va en croiser une autre… jusqu’à la révélation finale, qui achèvera la boucle narrative. Il est bien évidemment ici question de désir, de jalousie mais aussi et surtout de doubles, de troubles d’identité, de narration alternative tout en restant relativement compréhensible, ce qui n’est pas le cas de tous les films de Lynch (ce qui, à mon avis, fait tout le sel de son cinéma mais a pu bien lui desservir à la longue). L’étrangeté et l’ambiance onirique/surréaliste y sont bien dosées (façon Twin Peaks). Les clins d’oeil entre les deux histoires sont suffisament nombreux pour le spectateur lambda, ce qui fait de Lost Highway une bonne porte d’entrée vers un univers lynchéen plus expérimental avant le chef d’oeuvre suivant qu’est Mulholland Drive (avec lequel ce film partage beaucoup de points communs). C’est à mon sens le véritable tour de force de ce film! Autrement, les rôles principaux sont bien campés (Pullman, Blake, Loggia, putain, quelle classe!), il y a une floppée d’acteurs connus dans les seconds, Patricia Arquette, elle, crève littéralement l’écran dans le rôle de la femme fatale héritée des films noirs. Le film est bien rythmé, bien filmé (à cheval entre modernité et vintage) et tient en haleine le spectateur sur plus de deux heures. La bande-son est à tomber: Billy Corgan, David Bowie, Marilyn Manson, Brian Eno, Rammstein, Lou Reed, This Mortal Coil et d’autres… Franchement, que demander de plus? Un revisionnage grandement appréciable dans tous les cas!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0116922/

Anecdotes:

  1. Le scénario du film a été écrit à quatre mains par Lynch et l’écrivain Barry Gifford (dont Lynch a adapté Sailor et Lula sept ans plus tôt)…et parce que le réalisateur adorait l’expression « lost highway » dans son livre Night People.
  2. Le film s’inspire en partie de l’affaire O. J. Simpson et
  3. L’apparence de l’homme mystère, interprété par Robert Blake a été improvisée par ce dernier, auquel Lynch a laissé quartier libre.
  4. La maison de Fred et Renée est une des propriétés de David Lynch, remodelée pour l’occasion.
  5. Initialement, Lynch voulait filmer le métrage en noir et blanc. Il s’arrange finalement avec Peter Deming, directeur de la photographie, pour tourner la plupart des scènes de nuit, sans toucher aux constrastes en post-production.

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Häxan/La Sorcellerie à travers les âges: Film d’épouvante pionnier des années 1920 et souvent oublié au profit des expressionnistes Nosferatu et Le Cabinet du Docteur Caligari, Häxan se présente de prime abord sous la forme d’un documentaire sur la sorcellerie et son « évolution », des temps anciens jusqu’à nos jours. Au final, le métrage oscille plutôt entre fiction fantastique et scénettes satiriques, contrainte du cinéma muet oblige, j’imagine! Cette association de tons est plutôt efficace et permet des séquences osées (les scènes de nus, la critique du rigorisme religieux, par exemple) et inspirées pour l’époque, même si l’ombre de Méliès (ou des grands peintres flamands) n’est jamais très loin! Si le film a plutôt bien traversé les décennies grâce à son visuel léché et son atmosphère malsaine réussie, sa longueur excessive pourra en revanche rebuter certains spectateurs! Dans tous les cas, il interpelle l’imaginaire et reste un formidable témoignage d’un savoir faire artisanal… en nous rappellant que finalement, les plus belles oeuvres sont souvent celles qui savent occulter leurs contraintes financières et techniques (525 000 dollars à l’époque, ce qui en faisant pourtant le film scandinave le plus coûteux de l’époque)!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0013257/

Anecdotes:

  1. Le film ne sera pas épargné par la censure qui fera couper de nombreuses scènes… Il était censé être le premier d’une trilogie… qui ne verra jamais le jour!
  2. Le réalisateur, Benjamin Christensen, joue à la fois le rôle du Diable et du Christ dans ce métrage.
  3. La majorité des scènes a été filmée de nuit, dans un vieux studio danois.
  4. Häxan se base en partie sur le Malleus Maleficarum, un ouvrage du XVe siècle rédigé par deux inquisiteurs allemands.