L’Envers du Culte: Last House on Dead End Street (1977), Aux Frontières de l’Aube (1987)

Last House on Dead End Street/The Fun House: Souvent cité comme un des précurseurs des snuffs movies avec… Snuff (d’ailleurs lui aussi passablement inspiré par les meurtres sordides de la Manson Family), Last House a longtemps été sur la liste des video nasties. On préfèrera d’ailleurs retenir l’ambiance malsaine au possible qui émane de sa bobine que les soit disant scènes chocs (plutôt tardives) qui tiennent sur un post it et versent plus dans le splatter fauché qu’autre chose. Et puis il faut bien le dire, entre le jeu d’acteurs approximatif, un certain égotrip arty et de sacrées longueurs, le film a bien mal vieilli, et ce malgré la belle brochette de personnages marginaux/ignobles qu’il met en scène! Il aurait d’ailleurs grandement gagné à être un moyen métrage! Pour vous donner une idée du contenu, imaginez un mélange improbable entre les ambiances crades des premiers Abel Ferrara (Driller Killer en tête), la brutalité d’un Massacre à la tronçonneuse et un scénario hyper crapoteux qui tire vers le torture porn… mais le tout avec un budget étudiant (dont l’essentiel ira dans l’achat de drogues… ce qui explique un peu le foutoir ambulant) et une mise en scène presque expérimentale! Reconnu pour son esthétisation de la violence, son caractère méta et volontairement outrancier, ce qui sauve ce premier film de Roger Watkins est ironiquement son message: celui d’une société de plus en plus extrême et avec elle une industrie du divertissement de plus en plus amorale!

Note: Dispensable

https://www.imdb.com/title/tt0076295/

Anecdotes:

  1. La BO est composée de titres achetés bon marché, de chants grégoriens, de parties bruitistes et de synthétiseur. Ce qui colle pas mal avec l’atmosphère étrange du métrage… Une bonne partie du film présente un décalage entre le son et l’image, en effet les dialogues ont été ré-enregistrés après le tournage.
  2. Le choix du titre était évidemment destiné à surfer sur le succès de The Last House on the left de Wes Craven. Les autres titres utilisés sont « At The Hour of Our Death » (titre abandonné), « The Fun House » (version cut) et « The Cuckoo Clocks of Hell » (version uncut qui a été perdue mais aussi… une référence à un ouvrage de Kurt Vonnegut, auteur d’Abattoir 5).
  3. Watkins se tournera plus tard vers une carrière de réalisateur porno sous le nom de Richard Mahler (plus pour payer ses factures que par réelle vocation). Dommage car on aurait quand même bien aimé voir son potentiel dans un film de genre avec un réel budget entre les mains!
  4. Les producteurs ont largement encouragé les rumeurs selon lesquelles ce film était une snuff, au vu des pseudonymes utilisés par le casting (que certains spectateurs prendront pour un cartel mexicain) et la qualité médiocre des images. Ce n’est qu’en 2000 que Watkins sortira du bois pour préciser qu’il était à la fois acteur principal, scénariste et réalisateur du film! Il se passera d’ailleurs cinq ans entre la fin du montage et la projection en salles.
  5. Le bâtiment abandonné (détruit depuis) dans lequel se passe le film était situé sur le campus de la fac où Watkins faisait ses études. Le casting est d’ailleurs lui aussi composé d’étudiants et de professeurs de cette même fac.

Aux Frontières de l’Aube/Near Dark: Réalisatrice trop peu citée mais ayant proposé de sacrés métrages originaux et survitaminés à ses débuts (influence de Cameron aidant?), Kathryn Bigelow signe ici son second long métrage (et sa première réalisation solo). Tout comme Génération Perdue sorti quelques mois plus tôt, Near Dark dépoussière un bon coup le mythe des suceurs de sang (posant une base reprise plus tard par Une nuit en enfer et Vampires), tout en y injectant une bonne dose de romance impossible par dessus, avec une jeune homme attiré par une vampire. Doté d’un sacré casting (vu dans Aliens pour la plupart: Jenette Goldstein, Lance Henriksen, Bill Paxton), ce film propose même de sacrées ambiances crépusculaires (voire post-apo), renforcées par un visuel très « western » (ce que devait être Near Dark tout court mais ce sous-genre n’ayant plus la côte à la fin des 80’s…), la BO de Tangerine Dream et la jolie photo dAdam Greenberg. Le seul vrai bémol est une fin un peu convenue (et pas des plus crédibles) et surtout son manque de scènes horrifiques mais Near Dark penche de toute façon vers le drame quand on y regarde de près. Les amateurs de body horror à la Moi Zombie (dont je suis) seront par contre ravis, puisqu’on suit la transformation douloureuse (autant psychologique que physique) du héros en suceur de sang (sans canines surdéveloppées ici) et son « apprentissage » au sein de sa nouvelle famille. A noter qu’ici les humains sont semblent tout aussi amoraux que les vampires!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0093605/

Anecdotes:

  1. Le scénario est signé Bigelow et Eric Red, déjà responsable du script de… The Hitcher. Deux œuvres finalement assez proches quand on y réfléchi!
  2. Contrairement à Génération perdue, les vampires présents dans le film obéissent à très peu de règles de métrages vampiriques « classiques ». Nous n’en dirons pas plus pour vous laisser la surprise mais on peut saluer le parti pris! Le mot « vampire » n’est d’ailleurs pas prononcé dans le métrage.
  3. Le film sera un échec à sa sortie mais gagnera ses galons au fil du temps avec sa sortie en vidéo.
  4. Le tournage a duré 47 jours (dont 40 nuits) et s’est déroulé en Arizona, en Californie et en Oklahoma.
  5. D.B. Sweeney et Johnny Depp ont été également envisagés pour le rôle de Caleb, Michael Biehn pour celui de Jesse.

Bisseries: La Dame rouge tua sept fois (1972), The Cannibal Man (1971)

La Dame rouge tua sept fois/La dama rossa uccide sette volte: Commençant sur les chapeaux de roue avec une légende de malédiction familiale (dont le titre est une référence directe) sur fond de château médiéval, on se dit qu’on tient enfin un giallo qui sort du lot. C’est vrai qu’avec ses superbes décors, sa photographie, sa mise en scène, sa galerie de beautés de l’époque (la divine Barbara Bouchet mais aussi Marina Malfatti, Pia Giancaro, Sybil Danning,…), La Dame en rouge a tout de quoi charmer… sur le papier! Un joli giallo teinté de fantastique (alternant entre cadre gothique et milieu de la mode) mais qui, il faut bien le reconnaître, reste un peu avare sur le reste (sauf en meurtres inventifs, c’est vrai): peu de nudité, peu de sous texte social/politique, un casting masculin en deçà de son homologue féminin (et de façon générale beaucoup trop de personnages),… de quoi rester sur notre faim! Heureusement le rythme est bon et tient bien le suspense jusqu’à une fin prévisible (surtout si on a vu avant le très bon L’Appel de la chair du même réal) et surtout expéditive à mon goût ! On a encore d’ailleurs droit ici à une Evelyn vengeresse, à une belle famille de bourgeois tordus et aux jolies musiques de Nicolai ! Mais on est en 1972 et soyons clair, il est sorti bien de plus mauvais gialli cette année là!

Note: Curiosité

The Cannibal Man/La Semana del asesino: Voilà un film espagnol atypique qui a dû inspirer des métrages de psycho-killers à venir comme Maniac ou Schizophrenia! Partant d’un postulat plutôt basique (pour cacher un homicide involontaire, un homme commence à décimer son entourage), The Cannibal Man se révèle bien plus un drame psychologique d’auteur (d’ailleurs inspiré du Boucher de Chabrol) qu’un bête film d’horreur d’exploitation. D’ailleurs si vous êtes venu chercher du gore généreux, vous serez sans doute déçu! Porté par une mise en scène réaliste, sobre mais efficace et l’interprétation possédée de Vicente Parra, le film livre également une photographie de l’Espagne franquiste finissante alors en pleine mutation (les gratte-ciels remplacent progressivement les maisons, les machines menacent les ouvriers et les amours impossibles entre classes sociales ne finissent jamais bien). Loin d’être un monstre sanguinaire, Marcos est un homme ordinaire, si englué dans sa routine et terrifié par les conséquences de ses actes que seule une amitié (au sous texte homosexuel évident mais charcuté au montage, thématique très présente dans la filmographie de La Iglesia) permettra de stopper la fuite en avant! On appréciera également le cadre urbain, délabré, nocturne et suffocant qui contribue grandement à l’aspect poisseux de ce conte macabre! Noé s’en inspirera d’ailleurs pour son magistral Seul contre tous!

Note: Curiosité