Bisseries: La Dame rouge tua sept fois (1972), The Cannibal Man (1971)

La Dame rouge tua sept fois/La dama rossa uccide sette volte: Commençant sur les chapeaux de roue avec une légende de malédiction familiale (dont le titre est une référence directe) sur fond de château médiéval, on se dit qu’on tient enfin un giallo qui sort du lot. C’est vrai qu’avec ses superbes décors, sa photographie, sa mise en scène, sa galerie de beautés de l’époque (la divine Barbara Bouchet mais aussi Marina Malfatti, Pia Giancaro, Sybil Danning,…), La Dame en rouge a tout de quoi charmer… sur le papier! Un joli giallo teinté de fantastique (alternant entre cadre gothique et milieu de la mode) mais qui, il faut bien le reconnaître, reste un peu avare sur le reste (sauf en meurtres inventifs, c’est vrai): peu de nudité, peu de sous texte social/politique, un casting masculin en deçà de son homologue féminin (et de façon générale beaucoup trop de personnages),… de quoi rester sur notre faim! Heureusement le rythme est bon et tient bien le suspense jusqu’à une fin prévisible (surtout si on a vu avant le très bon L’Appel de la chair du même réal) et surtout expéditive à mon goût ! On a encore d’ailleurs droit ici à une Evelyn vengeresse, à une belle famille de bourgeois tordus et aux jolies musiques de Nicolai ! Mais on est en 1972 et soyons clair, il est sorti bien de plus mauvais gialli cette année là!

Note: Curiosité

The Cannibal Man/La Semana del asesino: Voilà un film espagnol atypique qui a dû inspirer des métrages de psycho-killers à venir comme Maniac ou Schizophrenia! Partant d’un postulat plutôt basique (pour cacher un homicide involontaire, un homme commence à décimer son entourage), The Cannibal Man se révèle bien plus un drame psychologique d’auteur (d’ailleurs inspiré du Boucher de Chabrol) qu’un bête film d’horreur d’exploitation. D’ailleurs si vous êtes venu chercher du gore généreux, vous serez sans doute déçu! Porté par une mise en scène réaliste, sobre mais efficace et l’interprétation possédée de Vicente Parra, le film livre également une photographie de l’Espagne franquiste finissante alors en pleine mutation (les gratte-ciels remplacent progressivement les maisons, les machines menacent les ouvriers et les amours impossibles entre classes sociales ne finissent jamais bien). Loin d’être un monstre sanguinaire, Marcos est un homme ordinaire, si englué dans sa routine et terrifié par les conséquences de ses actes que seule une amitié (au sous texte homosexuel évident mais charcuté au montage, thématique très présente dans la filmographie de La Iglesia) permettra de stopper la fuite en avant! On appréciera également le cadre urbain, délabré, nocturne et suffocant qui contribue grandement à l’aspect poisseux de ce conte macabre! Noé s’en inspirera d’ailleurs pour son magistral Seul contre tous!

Note: Curiosité

Bisseries: L’Appel de la chair (1971), Self Driver (2024)

L’Appel de la chair/The Night Evelyn Came Out of the Grave: Giallo mal aîmé d’Emilio Miraglia doté d’un joli casting (Anthony Steffen, Marina Malfatti, Enzo Tarascio,…) et de superbes décors, L’Appel de la chair prend d’emblée le parti de faire du héros un personnage détestable (autant que sa classe sociale) et torturé (Anthony Steffen excellent dans son rôle) par les visions récurrentes de sa femme défunte. Généreux en nudité et influences gothiques (ce qui sera aussi le cas dans La Dame en rouge tua sept fois, le giallo suivant de Miraglia), superbement illustré par la musique de l’incontournable Bruno Nicolai, le métrage est rondement mené jusqu’à un dénouement que certains trouveront un peu too much à force de rebondissements (qui rappellera La Baie Sanglante dans sa chasse à l’héritage en famille)… mais il n’empêche que L’Appel de la chair fait assurément partie du haut du panier des giallis du début des seventies, ne serait ce que pour sa mise en scène efficace (et ses jolies rousses, bien sûr)!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0067487/

Self Driver: Cela fait bien longtemps que l’on n’était pas tombé sur un huis clos motorisé (on se souvient du sympathique Locke)! Prenant le prétexte d’un chauffeur de VTC au bout du rouleau (impeccable Nathanael Chadwick) découvrant que son adhésion à une nouvelle application de courses pourrait l’emmener dans des dilemmes moraux et physiques de plus en plus périlleux que ne compenseront pas une rémunération pourtant alléchante, Self Driver explore, à l’instar des vieux métrages de Refn, des bas fonds urbains aussi sombres que les sociétés modernes et aliénantes qui n’en finissent plus de déshumaniser ses membres. Dommage que quelques tics comiques et psychédéliques viennent désamorcer à plusieurs reprises la tension présente dans cette descente aux enfers… Self Driver reste une jolie curiosité prenante et efficace malgré un budget serré!

https://www.imdb.com/title/tt21072230/

Note: Curiosité

Bisseries: Le Massacre des morts-vivants (1974)

Réalisé par Jorge Grau, réal espagnol passé quasiment sous les radars (et qui a également signé Cérémonie Sanglante sur la comtesse Bathory), ce film, petit joyeu de l’horreur vintage que vous trouverez peut être plus facilement sous les titres Let sleeping corpses lie ou The Living dead at Manchester morgue, a sans doute connu un seconde souffle grâce à l’interview cinématographique de Jus Oborn, guitariste et leader d’Electric Wizard, excellent groupe de stoner doom réputé pour son visuel et thématiques très bis (et qui samplera d’ailleurs une scène du film). En tout cas, c’est par ce biais là que j’ai découvert le métrage, qui offre de bien belles qualités…

Pour ce film figurant parmi les tout premiers films de zombies modernes européens (hispano-italien ici), Grau se paye le luxe de s’offrir un postulat écologique et anti-technologique (là aussi une première): ici les villes modernes réflètent le progrès dans toute sa laideur et ce sont bien des machines à ultra-sons (censées exterminer insectes et autres parasites des récoltes) qui provoquent le réveil des carcasses inhumées. Le couple de héros, hippies citadins parachutés dans la campagne anglaise par la force des choses, traités comme des malpropres par des autorités zèlées et bornées, va être confronté aux créatures et ne compter que sur eux même pour leur propre survie. Un film crépusculaire et contestataire à bien des niveaux donc (rappelons que le film sort dans les dernières années du régime franquiste), avec un vrai propos et une pointe d’humour, n’hésitant pas à prendre son temps pour poser ses ambiances (à l’instar de la lenteur de ses zombies), soigner sa photographie pour sublimer les décors, avant de tout exploser dans un dernier tiers gore et noir à souhait que Romero et Fulci auraient forcément validé (on retrouve d’ailleurs un certain Giannetto De Rossi aux effets spéciaux). Pour finir, inutile de préciser que Le Massacre réussit tout cela malgré son petit budget…comme c’est le cas d’un certain nombre de films d’exploitation de l’époque!

Comme quoi, certains métrages ne méritent vraiment pas le sort qui leur a été réservé… Si avec ça, j’arrive pas à vous vendre le film, je me la coupe et je la mange facecam, ok?

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0071431/

https://www.arte.tv/sites/olivierpere/2015/11/26/le-massacre-des-morts-vivants-de-jorge-grau/ http://mondocine.net/le-massacre-des-morts-vivants-critique/ https://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/2098-massacre-des-morts-vivants-le

Bisseries: La Chevauchée des morts-vivants (1975) + Retour sur la Tétralogie des Templiers d’Amando de Ossorio

Réalisateur hélas totalement méconnu du grand public et parfois même par celui du cinéma d’exploitation, l’espagnol Amando de Ossorio (1918-2001) a entre autres signé une sympathique saga sur les morts-vivants dans les années 1970. Pour le reste de sa filmographie, on a l’impression d’être chez Jess Franco (avec qui il se partagera d’ailleurs les mêmes acteurs): « films de vampires, traitant le sujet de la possession, quelques comédies, westerns et films érotiques ». Quoiqu’il en soit, dès 1969, Ossorio se consacre surtout à la thématique horrifique. Quatre films sont donc consacrés à la figure de l’horreur qui nous intéresse cet automne, plus connus sous l’appellation « la Tétralogie des Templiers »: La Révolte des morts-vivants/Tombs of the Blind Dead (1971), Le Retour des morts-vivants/Return of the Blind Dead (1973), Le Monde des morts-vivants/The Ghost Galleon (1974) et enfin La Chevauchée des morts-vivants/Night of the Seagulls (1975).

Tout d’abord, notez que le « Templier » est bien éloigné du zombie classique: ici on a affaire à un squelette portant l’appart du chevalier templier, aveugle, exerçant sur les hommes un fort potentiel de terreur, se déplaçant lentement et chevauchant parfois un cheval mort squelettique. Son péché mignon? Il se nourrit de sang humain et à un léger penchant pour les jeunes femmes dévêtues! C’est d’ailleurs bien sur ce seul point qu’une comparaison restera possible!

Si de mémoire le troisième opus est franchement affreux (disons le clairement, la principale différence entre les trois premiers films est l’environnement où l’action prend place: un village en ruines dans le premier, un village parfaitement habité dans le second, un bâteau fantôme dans le troisième), le quatrième possède une ambiance mémorable, coincée entre celles gothiques de la Hammer (donzelles dénudées incluses) et celles plus mystiques de Lovecraft.

Car oui, c’est bien dans leur maison en bord de mer que le couple de héros va se retrouver agressé par les Templiers, revenant tous les sept ans réclamer au village sept vierges à offrir en sacrifice à un obscur dieu aquatique (ça ne vous rappelle rien?). Et encore oui, contrairemement à ses aînés, La Chevauchée est, dans sa majeure partie, un huit-clos horrifique! D’ailleurs disons le, je suis clairement à contre-courant sur le sujet, puisque beaucoup boudent cet opus, pourtant plein de jolies trouvailles. Enfin, quand je vois que le deuxième film (sorte de remake du premier…qui n’apporte rien au bousin) est mieux noté que le premier (où les impressionnants Templiers sortant de leur tombe rappelleront immédiatement L’Enfer des zombies de Fulci, sans parler des décors glauques à souhait, pour n’en citer que deux points forts), on peut se questionner sur la pertinence de certains avis… Cet opus final venant finalement conclure la saga sur une note positive, au lien de définitivement l’enfoncer. Cette tétralogie souffrant au final bien plus d’avoir voulu se maintenir coûte que coûte sur la durée (au détriment de l’originalité du premier film, donc) que d’une baisse d’inspiration et un manque de savoir-faire de son créateur.

Note: Curiosité

Je m’arrêterai là pour ne pas trop en dire et donc vous gâcher le plaisir de la découverte, mais si vous n’êtes pas réfractaire au cinéma d’exploitation (donc, on le rappelle pour les cancres qui n’écoutent rien au fond: aux acteurs moyens, au budget à la ramasse qui se ressent dans les effets spéciaux et la logique du scénario, aux thématiques volontairement outracières, notamment en matière de sexe et violence), allez découvrir d’urgence le premier et surtout dernier opus (La Révolte des morts-vivants et La Chevauchée des morts-vivants donc) et vous m’en direz des nouvelles! Je vous invite d’ailleurs fortement à (re)découvrir le cinéma bis espagnol, moins connu que celui de Bava, Fulci et Argento mais qui pourtant mérite amplement le détour! On en reparle de toute façon très vite avec un certain Jorge Grau!

https://www.imdb.com/title/tt0067500/

https://www.imdb.com/title/tt0073461/

http://www.toxiccrypt.fr/?p=3135

http://www.chaosreign.fr/la-revolte-des-morts-vivants-amando-de-ossorio-1971/

https://savoirsenprisme.files.wordpress.com/2014/04/6-levagueresse.pdf