L’Envers du Culte: The Game (1997), Insomnia (2002)

The Game: Troisième métrage de David Fincher, coincé entre les monuments Seven et Fight Club, The Game est porté par un Michael Douglas impeccable dans son rôle d’homme d’affaires solitaire et détestable pris au piège en acceptant le cadeau empoisonné de son Sean Penn de frère. Un piège si réaliste qu’on navigue entre les « grosses » ficelles évidentes à la The Truman Show et la paranoïa insidieuse toute hitchcockienne qui finira par nous faire sombrer également dans la suspicion de tous les instants. Seulement à trop vouloir brouiller les pistes entre réalité et fiction pour les faire exploser dans un dénouement fort simpliste, The Game épuise et déçoit le spectateur qui finir par se dire « vraiment… tout ça pour ça? ». Dommage, sans cette fin lourdingue et too much (lire les anecdotes plus bas pour avoir un début de réponse sur le pourquoi du comment), ce thriller psychologique avait toute mon attention, au vu de son scénario habile (qui instille le doute à chaque moment), sa mise en scène, sa gestion du rythme, des rebondissements et du suspense… L’important n’est peut être pas la destination mais le voyage, certes… mais on est chez Fincher ici quand même…

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0119174/

Anecdotes:

  1. Le scénario a commencé à être écrit en 1991 et est finalement passé par trois studios (MGM, Propaganda, PolyGram) avant de voir le jour. A l’origine, Douglas souhaitait que ce soit Jodie Foster qui joue le rôle de la sœur du personnage principal. Après avoir envisagé qu’elle joue sa fille, un problème de de planning (Foster partira dans le sympathique mais mollasson Contact) lui fera quitter le casting et on réécrira le rôle pour Sean Penn. Elle retrouvera le réalisateur pour Panic Room.
  2. Fincher devait réaliser ce film avant Seven mais le planning de Brad Pitt a fait que le réalisateur a dû inverser les deux projets! Fincher a souvent dit en interview ne pas être très fier du montage final et que PolyGram a entravé sa créativité (particulièrement sur la fin du film).
  3. Trois inspirations majeures du film: A Christmas Carol (de Dickens), la série Mission: Impossible et The Sting (de George Roy Hill). Et même un peu de Kafka!
  4. La scène où le personnage principal se réveille dans une crypte mexicaine est une référence directe (et évidente) à Bring Me the Head of Alfredo Garcia de Peckinpah.
  5. L’esthétique des bureaux de Consumer Recreation Services a été imaginée comme un labyrinthe, à l’image de leur logo. Des yeux avisés trouveront d’ailleurs ce logo/nom (ou des anagrammes similaires) dans de nombreux plans du film!

Insomnia: Remake du film du même nom d’Erik Skjoldbjærg, Insomnia est un thriller poisseux, tendu et crépusculaire comme on les aime ici, mettant face à face deux gigantesques acteurs: Al Pacino et Robin Williams (ici dont un rôle mémorable à contre emploi, comme dans One Hour Photo sorti la même année) alors au sommet de leur art. Enquêteur talentueux sur la sellette, Will Dormer (Al Pacino) devra faire face à ses démons (et ses insomnies) dans un Alaska lui réservant décidément quelques surprises… C’est le troisième métrage de Nolan qui signe là un film talentueux et intelligent qui m’a rappellé Heat à plusieurs reprises. On y croise aussi Hillary Swank qui confirmera deux ans après avec Million Dollar Baby. Loin d’être un film manichéen, Nolan montre une facette profondément humaine et changeante de ses personnages, autant du côté de son flic régulièrement borderline que de son tueur intelligent mais à l’apparence très ordinaire, au point où l’on se demande si les rôles ne vont pas finir par s’inverser à mesure de la progression du récit. Je ne vais pas plus développer pour vous laisser le surprise de la découverte. Un superbe thriller quoiqu’il en soit, avec un climax mémorable!

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt0278504/

Anecdotes:

  1. Il s’agit du seul film de Nolan où il n’est pas responsable (de l’entièreté) du script… ainsi que son premier long métrage à être entièrement en couleurs!
  2. La plupart des scènes a été filmée au Canada. Seules des prises aériennes viennent d’Alaska. Dans le script originel, le tueur se nomme Walter Byrd… seulement un homonyme vit en Alaska, ce qui a obligé la production a changé son nom.
  3. Le rôle de Pacino a aussi été proposé à Harrison Ford et Michael Douglas, celui de Swank à Reese Witherspoon et la réalisation à Jonathan Demme.
  4. Dans le Insomnia norvégien, Jonas Engström, l’équivalent de Dormer, est encore plus borderline dans sa manière de se comporter avec les suspects/pendant l’enquête pour arriver à ses fins, ce qui le rend beaucoup plus proche de la psychologie du tueur.
  5. En terme de mise en scène, la caméra est constamment braquée sur le personnage d’Al Pacino. Le spectateur est alors embarqué dans les journées sans fin de Will Dormer. Evidemment, la lumière occupe dans ce film une place de choix!

Bisseries: Millénium 2 (2009), Millénium 3 (2010)

Vu qu’on s’est déjà maté le Millénium de Fincher, il est temps de visionner la trilogie de films suédois signés Niels Arden Oplev/Daniel Alfredson, tournée dans la foulée et sortie deux ans avant le remake de Fincher. On finira plus tard avec le premier, histoire de pouvoir comparer tout ça à tête reposée! A savoir que la mini série de 2010 compile justement ces trois films (version longue) en six « épisodes ». Ca va, on suit dans le fond?

Venons en déjà aux interprétations des deux protagonistes: Noomi Rapace est clairement celle qui s’en sort le mieux dans cette trilogie, plus badass et moins « freak » que la Lisbeth Salander jouée par Mara (qui jouait plus sur la complémentarité avec Blomkvist). Quand à Michael Nyqvist (vu ensuite dans John Wick, Europa Report et Mission Impossible 4) qui interprète Mikael Blomkvist, il est clairement moins charismatique que Craig mais gagne sans doute en humanité. Deux salles, deux ambiances, donc!

Millénium 2: La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette (2009): Adaptation du second tome de Stieg Larsson, ce second opus se recentre sur le personnage de Lisbeth et son passé (pour faire bref et sans trop spoiler Salander se retrouvera accusée de triple meurtre dans une machination mélangeant prostitution, corruption politique et vengeance personnelle), tout en s’inscrivant dans la continuité du premier film. Changement de réal pour celui ci puisque c’est Daniel Alfredson qui prend la caméra. Et autant vous le dire tout de suite, les plus gros défauts de ce film sont un montage peu inspiré et une intrigue nébuleuse mais aussi plus classique que sur le film précédent, qui je pense plaira surtout aux fans de la saga et aux plus curieux. Autres changements: la réalisation au format/grain typiquement téléfilm (contrairement au premier opus, les deux derniers volets sont véritablement des téléfilms) qui colle finalement bien avec l’ambiance générale… et un cadre d’action nettement plus urbain (mais toujours aussi glauque). Comme dans le premier film, chacun des deux protagonistes principaux mène son enquête de son côté, ce qui donne un rythme assez particulier au récit, dépassant cette fois encore les deux heures. Une fois de plus, c’est clairement le personnage de Lisbeth Salander qu’on retiendra, toujours incarnée par une Noomi Rapace investie et en grande forme! Et disons le clairement, si ce Millénium 2 se laisse regarder, c’est surtout pour sa performance et en apprendre plus sur son personnage, car il reste bien en deça de son aîné!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt1216487/

Millénium 3: La Reine dans le palais des courants d’air (2010): Dans ce film, suite directe du second et adaptation du troisième roman, c’est Blomkvist que l’on verra la plupart du temps (le temps d’apprécier les qualités du journaliste et de son équipe mais aussi une Salander plus « ordinaire »), Salander étant hospitalisée puis incarcérée le temps de son procès (accusée d’homicide, pour ceux qui ne suivent pas). On apprend au passage que Zalachenko est en vie, que Niedermann est en cavale et qu’un petit groupe secret est bien déterminé pour faire disparaître tous ces témoins gênants (Salander comprise), on assiste aussi au retour du Docteur Teleborian… de quoi nous faire tenir ces deux heures et demie finales, donc! Le côté téléfilm est beaucoup moins dérangeant ici car le rythme est totalement maîtrisé (malgré ses contraintes de lieux) et l’intrigue plus limpide (car amorcée avec le second opus), même si elle réserve son lot de twists, de noirceur, de machinations, de vengeances. C’est d’ailleurs toujours Alfredson à la caméra! Au registre des plaintes, un certain côté too much est à noter (le relooking de Salander pendant son procès, le procès puis le démantelement de la Section qui se déroulent sans accrocs majeurs) mais c’est vraiment pour pinailler! Annika Hallin, incarnant l’avocate de Salander, est clairement une plus value dans ce film, même si Lena Endre (Erika Berger) fait toujours admirablement le taf, faisant définitivement de Millénium, une saga de thrillers donnant une part belle aux rôles de femmes fortes (comme le voulait Larsson). Un bon ptit thriller/polar en somme!

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt1343097/

Bisseries: Primer (2004), Society (1989)

Primer: Certains films vous laissent parfois avec un telle impression d’incompréhension que vous vous demandez s’il frise au final le génie…ou le foutage de gueule complet. Primer est de ceux là. L’histoire?Deux collègues de travail passent tout leur temps libre à travailler sur une machine à remonter le temps…et un jour, celle ci se met à fonctionner! Le sujet semble intéressant de prime abord…mais la mise en scène et les dialogues sont volontairement cryptiques pour que de multiples visionnages soient indispensables à la compréhension du métrage. Mouais… Le comble: les personnages ne sont pas fouillés, la phase de construction de la machine n’est pas particulièrement prenante, même les histoires de doubles ne provoquent pas de situations particulièrement bouleversantes pour nos héros (façon polie de dire qu’il ne se passe pas grand chose même quand le métrage est censé nous captiver). Résultat: on ne rentre jamais dans le récit. Non, en fait, ce qui sauve les meubles avec Primer est la sensation de regarder un véritable OVNI sur la relativité du temps que l’on voudrait à tout prix élucider (comme les protagonistes)…et sa photographie, sobre et belle à la fois. La hard SF et les films WTF, d’habitude je suis client mais il y a des limites! Le film durant à peine plus d’une heure, je vous conseillerais quand même de le visionner pour vous faire une idée.

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0390384/

A ne visionner qu’après avoir vu le film, bien entendu!

Society: Premier et rare film « potable » de la carrière de Brian Yuzna, Society est clairement un film en demie teinte, à savoir présentant des FX réussis (signés Screaming Mad George, qu’on retrouvera dans plusieurs films de genre par la suite), dans la droite lignée du body horror cronenbergien (même si l’inspiration serait de Dali) mais un scénario et une réalisation « téléfilm » qui ne semblent pas trop où aller, voire n’osent pas aller assez loin. Pourtant entre paranoïa latente (laisser planer le doute sur la moitié du film est décidemment une bonne idée) et pression sociale dans un environnement luxueux (Beverly Hills) comme métaphore de la lutte des classes et du passage à l’âge d’adulte, il y avait pourtant de quoi faire un bon film… Pour preuve, on pense souvent à Invasion Los Angeles, Twin Peaks, Blue Velvet, Cronenberg dans sa période faste (fatalement), voire même Rosemary’s baby mais telles des figures tutélaires indépassables, Society n’ose jamais de coup d’éclat lui permettant lui aussi de rester dans les mémoires. Alors on suit péniblement ce simili-teen movie, jusqu’à l’explosion finale, grotesque et répugnante orgie de chair (qui aurait eu tout intérêt à se montrer plus tôt) qui comblera les amateurs de bizarreries dont je suis… Quel gâchis!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0098354/