Panthéon: I, Zombie: The Chronicles of Pain (1998)

Hé! Si je vous disais qu’un des meilleurs films de mort-vivant est totalement inconnu au bataillon, y compris chez les bisseux? Et qu’il est l’argument parfait pour vous pousser à tenter le visionnage de films à priori fauchés et mal notés… qui se révèlent être de parfaites pépites?

Premier long métrage de l’anglais Andrew Parkinson, I, Zombie (connu également sous les titres francophones Moi, Zombie: Chroniques de la douleur ou Mémoires d’un zombie) est une variation très originale sur la figure du zombie sous la forme d’un drame psychologique, horrifique et introspectif. Le scénario (signé Parkinson également) est pourtant extrêmement simple: Mark, un jeune botaniste se fait mordre par un zombie lors d’une balade champestre. Nous allons alors le suivre dans son petit appartement, au quotidien, dans ses observations/pensées (en bon scientifique qu’il est), sa recherche de chair humaine, spectateur de sa lente dégradation physique/mentale… Car oui, malgré sa nouvelle « maladie », la conscience de notre héros, elle, ne pourrit pas. Huis clos physique, mental et matériel (l’appartement du protagoniste) donc, entrecoupé de souvenirs/rêves/hallucinations (quasi expérimentales par moments) et de changement de points de vue (apportant un peu de « légèreté » au récit et montrant quelques scènes d’extérieur), I, Zombie utilise également une voix off, une des grandes forces du film, évitant tout dialogue superflu ou subterfuge artificiel de mise en scène (plutôt ingénieuse ici). Filmé avec les moyens du bord (à savoir une caméra 16 mm) qui renforce son aspect réaliste et documentaire, ce journal de bord filmique touche à des thèmes durs mais profondement humains, bien loin de la simple exploitation horrifique, comme la solitude, l’isolement social et la détresse affective, la folie, la rupture amoureuse, le deuil, la maladie, la mort,… Le spectateur ne peut alors que s’identifier à Mark.

Si son concept minimaliste, son visuel « téléfilm », sa thématique glauque et son rythme lancinant ne plairont clairement pas à tout le monde (évitez de regarder ce film si vous avez une petite tendance dépressive, par exemple), on ne peut que déplorer la rareté de métrages horrifiques parvenant à autant de réalisme et d’intensité dramatique. Car oui, pour les plus aventureux d’entre vous, I, Zombie arrivera à faire émerger de purs moments de spleen (dans la tragédie sans retour possible qui touche Mark) que vous ne retrouverez pas ailleurs. Ici pas de scène d’action spectaculaire, de recherche de remède ou du patient zéro mais bien une agonie interminable sur tous les plans possibles. Le casting est composé de proches ou des connaissances du réalisateur (acteurs de théâtre amateurs pour la majorité). Saluons la performance solide de Giles Aspen (dont c’est hélas le seul et unique film) qui porte totalement le métrage sur ses épaules. Ellen Softley y incarne Sarah, la touchante fiancée de Mark et reviendra dans les autres films du réalisateur. La musique (Parkinson…again!) est simple mais diablement efficace (écoutez moi ça, bord*l!). Côté influences et références, on pensera tour à tour à la body horror de Cronenberg (La Mouche particulièrement), à Tetsuo, au Mort-Vivant, à Martin, à Angst… bref, à tous les films où la véritable monstruosité est le sort réservé au héros (sauf Angst tout de même). Son propos social le rapprochera évidemment d’un Romero. Malgré que le film soit auto-financé, les maquillages sont réussis (Paul Hyett à ses débuts) et là encore, le réalisateur réussit le tour de force de ne virer dans le véritable gore qu’à la toute fin du film. De la même façon, il évite à son drame de basculer dans l’excès de pathos, en supprimant la maximum de longueur ou répétition.

Tourné et monté sur deux ans (il faudra en tout et pour tout quatre ans au film pour sa conception) et passé totalement sous les radars à l’époque de sa sortie (malgré un prix remporté au Festival of Fantastic Films et sa distribution par le magazine Fangoria), cet OVNI audacieux et intelligent connaîtra tout de même une suite spirituelle en 2001, Dead Creatures, du même réalisateur. Son concept sera repris par plusieurs films plus tardifs: Colin, Zombie Honeymoon, Thanatomorphose, Contracted,… Un pur film d’auteur qui vous restera en tête longtemps après le visionnage. Avec plus de budget et une meilleure exposition, je n’ose imaginer l’impact qu’il aurait pu avoir sur le cinéma de genre…

Bonus: Interview du réalisateur en 1998

Note: Pépite

https://www.imdb.com/fr/title/tt0210740/

Bisseries: Cold in July (2014), Beaten to Death (2022)

Cold in July: Thriller vénéneux et lancinant généreusement teinté de polar, à placer quelque part entre A History of Violence, Drive et Twin Peaks, Cold In July a le mérite de nous emmener là où on ne l’attendait pas. Portée par le trio Hall, Shepard et Johnson, cette plongée dans les plus sombres recoins de l’âme humaine et d’une petite ville à priori sans histoire, même si elle n’est pas épargnée par quelques baisses de rythme et des ressorts parfois prévisibles, est une adaptation du roman éponyme de Joe R. Lansdale. Parsemé de touches d’humour et démontrant un sens évident de la mise en scène, le métrage de Jim Mickle est également un joli hommage aux vigilantes des années 1980.

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt1179031/

Beaten to Death: Survival australien bien craspect servi par un pitch simple et une jolie photographie (certains plans sont magnifiques, tranchant avec la violence et le nihilisme du récit), Beaten to Death marque plus par sa forme (flashbacks, récit déconstruit, unité de temps) que véritablement son fond, finalement prévisible (à l’image de son final) et déjà vu ailleurs. Dur, gore, intense et poisseux au possible (je dois bien vous avouer qu’en vieillissant les métrages gore/snuffs/torture porn me filent de plus en plus la gerbe), ce qui ne devait être qu’un détour pour mettre un peu de beurre dans les épinards se transforme finalement en cauchemar sans fin dans l’outback pour Jack et sa femme. Servi par des maquillages réussis et des dialogues réduits au strict minimum, cette spirale infernale de violence sans concession signée Sam Curtain laisse sans voix! Mais comme dit plus haut, si c’est le genre de sensation forte que je recherchais quand j’avais vingt ans, ce n’est plus le cas aujourd’hui, alors que j’approche des quarante… Quoiqu’aussi un peu longuet en y repensant, on saluera tout de même la belle prestation de Thomas Roach au passage!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt13852690/

Bisseries: Shin Godzilla (2016), Aenigma (1987)

Shin Godzilla/Godzilla Resurgence: Si on ne se focalise que sur la créature, ses mutations monstrueuses et le chaos qu’elle provoque, Shin Godzilla est sans hésiter un des meilleurs films de la franchise, avec des effets spéciaux impressionnants et un rythme effréné, tourné parfois caméra au poing (façon found footage). Seulement voilà, ce métrage tient également à nous montrer à tout prix la gestion de la crise par un groupe de politiques et de scientifiques installés à la hâte dans des bureaux tokyoïtes (façon huis clos). Et là, c’est verbeux à loisir, interminable, impersonnel (qui peut avoir de l’empathie et de l’intérêt pour ces innombrables têtes d’ampoule, franchement?) et ça dénote complètement avec le reste (quand ça ne sape pas totalement le rythme du film tout entier). Quelles sont les motivations du kaijū par exemple? Nous ne le saurons jamais… On appréciera par contre le retour aux sources avec l’élément atomique qui était bien passé au second plan au fil des nombreux opus ricains. Shin Godzilla, film bicéphale qui manque cruellement d’homogénéité donc et c’est plus que dommage vu son potentiel!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt4262980/

Aenigma: Après des années à savourer les meilleurs métrages de Lucio Fulci, il fallait bien que je m’attaque à sa (triste) fin de carrière. Rapide éclaircie dans des films bis de plus en plus fauchés depuis l’infâme Manhattan Baby, Aenigma sort (un peu) du lot grâce à quelques scènes inspirées (comment oublier celle des escargots ou celle du musée qui peut être, soyons fou, a inspirée l’idée centrale du Syndrome de Stendhal?), même si bien évidemment on est loin de la maîtrise visuelle et thématique de L’Emmurée Vivante, de L’Au Delà ou de L’Enfer des Zombies… Sorte de slasher fantastique teinté de giallo, coincé entre Carrie, Suspiria et Phenomena, cette histoire de vengeance pêche surtout par son visuel très daté 70’s et ses personnages clichés/peu fouillés incarnés par des actrices peu convaincantes (même si c’était de toute façon déjà le cas avec certains Fulci mémorables dès le départ du scénariste Roberto Gianviti). Dommage aussi de ne pas avoir plus joué sur la carte de l’ambiguïté entre la femme de ménage (je viens d’apprendre que c’est censé être la mère de Kathy, c’est dire si le pitch est mal branlé) et Eva Gordon, leur existence réelle et leurs liens avec Kathy! Ca aurait pu donner un tout autre climax! Ca se laisse tout de même regarder sans trop de peine!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0092516/

Bisseries: You’ll Never Find Me (2023), La Sentinelle des Maudits (1977)

On a clairement pris du retard sur l’avancée de nos cycles Hard SF et Conspiracy Thrillers tandis que la « révision » des anciens articles touche à sa fin alors pour vous faire patienter et parce qu’une pause (bien méritée) va s’imposer dès le mois de mai, je vous propose une poignée de bisseries supplémentaires vues il y a quelques mois/années…

You’ll Never Find Me: Petit huis clos rondement mené (autant dans sa gestion du suspense que sa mise en scène) et sans prétention, You’ll Never Find Me est porté par un joli couple d’acteurs inconnus au bataillon (Brendan Rock et Jordan Cowan). Le synopsis est pourtant des plus basiques: un soir d’orage, une jeune femme demande de l’aide à un hermite vivant dans un chalet … mais il semblerait qu’elle n’est pas poussé la bonne porte… Et pourtant, Josiah Allen et Indianna Bell (dont c’est le premier long métrage) propose un thriller paranoïaque soufflant le chaud et le froid parsemé de moments intimistes, de quelques notes d’humour bien senties ainsi que de sacrés moments d’hallucination. Seul défaut, une longueur excessive et un rythme parfois trop distendu. Et une fin finalement un peu prévisible aussi, c’est vrai! Mais ne boudons pas notre plaisir, ce quatuor là a du potentiel!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt22023218/

La Sentinelle des Maudits: Dans la série des thrillers fantastiques bien poisseux des seventies, je demande La Sentinelle des Maudits! Bénéficiant d’une distribution impressionnante (Raines, Sarandon, Balsam, Wallach, Caradine, Goldblum, Walken et j’en passe), le métrage de Michael Winner se distingue effectivement par son rythme lancinant et une atmosphère paranoïaque/malsaine subtile à classer entre Rosemary’s Baby et Les Autres (qui, et je l’apprends en rédigeant ces lignes, est également inspiré du même roman de Jeffrey Konvitz). Plutôt original donc, ce récit d’une top model emménageant par hasard dans un immeuble qui renferme le secret d’une machination religieuse, même s’il a notablement vieilli (particulièrement son final) malgré des maquillages et effets réussis/généreux. Un film qui reste longtemps en tête car sa force d’évocation, bien aidée par une bande originale efficace (signée Gil Mellé), elle… a très bien traversé les âges!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0076683/

Panthéon: Akira (1988)

Pilier et précurseur du mouvement cyberpunk japonais, Akira est un métrage qui continue de fasciner et d’inspirer près de 30 ans après sa sortie… a raison!

Réalisé par son propre créateur/mangaka Katsuhiro Ōtomo et sorti alors que le manga originel n’était pas achevé (son écriture s’étale de 1982 à 1990), Akira regroupe tous les éléments phare de ce sous genre: société dystopique et ultra-urbaine, jeunesse désoeuvré et désabusée, tensions sociales exacerbées, mouvements révolutionnaires, gouvernement corrompu, violence omniprésente, expérimentations scientifiques sur l’homme, peur du nucléaire,… Le tout servi par un dessin plutôt épuré, des arrières plans somptueux et une animation fluide (Tokyo Movie Shinsha), parfois secondés par quelques images de synthèse. Le film battra d’ailleurs plusieurs records à l’époque: un budget de 10 millions de dollars, une palette de 327 couleurs et un nombre de dessins utilisés bien supérieur à la normale, ce qui en fera l’un des films d’animations les plus ambitieux de l’époque. Et on peut le dire avec le recul, ce métrage a très bien traversé les époques au point d’être terriblement d’actualité!

S’il n’est pas au premier abord le plus futuriste de la bande formée par Tetsuo (dont le titre est un clin d’oeil évident au destin du personnage du même nom dans ce métrage), Ghost in the Shell, Gunnm et Cowboy Bebop (pour n’en citer que quelques-uns), ce métrage inspiré (entres autres) par Moebius propose des moments de terreur époustouflants (les hallucinations de Tetsuo, le final dantesque qui parlera à tous les amateurs de body horror) accompagnés d’une bande-son excellente (Geinoh Yamashirogumi). Son intrigue autour d’enfants mutants dotés de pouvoirs psychiques hors du commun lui apporte finalement toute la complexité et la tragédie nécessaire. On notera aussi une gestion du rythme proche de la perfection, y compris dans son final dilaté.

Parmi ses rares défauts, il faut bien avouer que les réactions enfantines de certains personnages (notamment Kameda) détonnent franchement avec le ton cynique du film et sont franchement dispensables, même si elles peuvent insuffler un peu de comédie. La romance entre Kaneda et Kei n’est pas non plus des plus subtiles… Et je dois bien avouer que passée la surprise de la découverte, un second visionnage est nécessaire tant il se passe de choses à l’écran (pas étonnant puisque le manga est aujourd’hui compilé en six tomes).

Distribué par la Tōhō au Japon et Streamline Pictures aux USA, le film aura un impact considérable sur la culture japonaise et occidentale (alors encore peu ouverte aux mangas). Citons entre autres les films Matrix, Inception, Looper ou encore Dark City qui s’en inspireront… sans parler de tous les mangas et films d’animations japonais qui suivront… Il y a bel et bien un avant et un après Akira, comme Blade Runner en son temps!

Note: Pépite

https://www.imdb.com/fr/title/tt0094625/

A l’affiche: Furiosa (2024), Mickey 17 (2025)

Furiosa: Dernier opus de la saga Mad Max, on peut dire que Furiosa n’a pas la tâche facile… passer après Fury Road, soit un des meilleurs films de la dernière décennie en terme de rythme, de montage et d’univers (et pour l’avoir revu récemment, qui constituait une alternative et modernisation du -déjà costaud- second opus, avec plus de moyens et de technique), le risque de décevoir est grand. Et effectivement, si ce cinquième opus consitue un bon divertissement/film d’action, ses apports à la saga sont bien maigres… A tel point que George Miller se sent obligé de multiplier les clins d’oeil lourdauds aux autres opus pour tenter de mieux faire avaler la pilulle… Le film est de toute trop long pour ce qu’il a à dire (une énième histoire de vengeance), les soucis de rythme/répétitions (le choix de diviser le métrage en actes n’était clairement pas une bonne idée) et d’effets spéciaux sont nombreux. Le casting n’est pas toujours au niveau, Chris Hemsworth en tête… dans un rôle clairement mal écrit (ce qui resterait anecdotique s’il n’incarnait pas l’antagoniste principla). Reste une Anya Taylor-Joy qui s’en sort globalement bien dans un personnage finalement peu fouillé et un univers post-apocalyptique réussi mais qui fait salement redite après un Fury Road aux petits oignons. D’ailleurs, celui ci apparaît bien moins hostile dans cette préquelle!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt12037194/

Mickey 17: Et alors qu’en est il de ce film de Bong Joon Ho, dernier film vu en salles pour ma part? Hé bien si la bande-annonce semblait annoncer une comédie noire de science-fiction… Mickey 17 tire malheureusement vers la satire SF qui part dans tous les sens (SF, comédie, thriller, action et j’en passe). Etant plus adepte des films noirs, posés et premier degré du réalisateur, je ne peux pas dire que je suis sorti satisfait du visionnage. Visuellement, c’est splendide et le film se tient plutôt bien sur les deux tiers (notamment grace à la prestation de Pattinson) avant de sombrer dans le vrai n’importe quoi, se perdant dans des intrigues multiples (et pas vraiment essentielles), désamorçant du coup tout intérêt du spectateur pour le récit. Et ce n’est pas un problème de rythme mais bien d’écriture/montage. Alors oui, on saisit bien la critique de la culture/politique américaine actuelle: ses médias (coucou Verhoeven!), son impérialisme, son messianisme et son populisme (sur ce point on a vu plus courageux mais pourquoi pas) au travers du couple incarné par Ruffalo et (l’excellente) Colette mais question subtilité, on est vraiment au ras du sol. Comme une impression de subir un mauvais film de Terry Gilliam… Histoire bien nous achever, le métrage nous pond un moralisme niais dans son dernier tiers… pour ceux qui n’étaient pas encore lassés de ce grossier spectacle. Bref, une dystopie à fort potentiel de par ses thématiques mais qui pêche par ses excès et dans lequel j’ai même eu du mal à retrouver le Joon Ho que j’aime. On repassera!

Note: Dispensable

https://www.imdb.com/fr/title/tt12299608/

Quatre ans de critiques cinéma (déjà!): 15 réalisateurs favoris

Histoire de finir les présentations! Oui, quatre ans après… mais mieux vaut tard que jamais non? Mes films favoris des ces quinze réalisateurs sont précisés entre les parenthèses.

Etant marqué à vie par le cinéma d’horreur/épouvante à l’ancienne (oh quelle surprise!) que j’ai découvert un peu avant mon adolescence (une époque où les VHS et les vidéoclubs étaient encore un passage obligatoire pour espérer voir des films que la TV n’osait pas programmer), je ne vous apprendrais sûrement rien si je vous confesse que trône tout en haut de ce classement l’incontournable John Carpenter. Antihéros, influence lovecraftienne, cynisme, musique minimaliste so 80’s, préférence pour l’horreur suggérée plutôt que frontale, tout chez lui me parle! Par contre, je dois bien avouer qu’hormis sa Trilogie de l’Apocalypse (à laquelle on peut rattacher Cigarette Burns, son excellent segment pour les Masters of Horror) et Halloween, sa carrière est tout de même très inégale.

Pour rester dans les mêmes sphères ténébreuses, il est évident que David Cronenberg (Vidéodrome, La Mouche, A History of Violence) et Dario Argento (Les Frissons de l’Angoisse, Suspiria, Ténèbres) m’ont aussi passablement traumatisé. Le premier est un des premiers à avoir intégré des concepts forts et existentiels dans le cinéma horrifique (le body horror mais pas que!). Il est donc tout naturel qu’il apparaisse ici. Quand à Argento, il me reste encore beaucoup de gialli à découvrir mais il est fort probable que ce sous-genre horrifique devienne un de mes favoris tant son rythme, son esthétisme et sa mise en scène arrivent à me combler au sein d’une niche devenu beaucoup trop fourre-tout au fil des années. Et le trauma qu’a été la découverte des images de Suspiria et sa symbiose sensorielle avec la musique des Goblins y est certainement pour beaucoup! Vient enfin Robert Eggers (The Lighthouse), un des rares réalisateurs récents (si ce n’est le seul) dans le genre qui sait conjuger thématiques de fond et esthétique réussie, son récent Nosferatu ayant confirmé sa mainmise sur l’épouvante! Le Monsieur a d’ailleurs une filmographie tout simplement parfaite, soit dit en passant!

Aimant aussi particulièrement les thrillers poisseux et inventifs où personne ne sort indemne, pas même le spectateur, trois noms me viennent immédiatement à l’esprit: David Fincher (Seven, Fight Club, Zodiac), Nicolas Widing Refn (Valhalla Rising, Drive, The Neon Demon) et Gaspard Noé (Seul contre tous, Irréversible). Inutile de vous présenter le premier, ses thématiques et son univers, je pense qu’il a suffisamment marqué ma génération et celle d’avant! Refn, lui, fait partie des rares réalisateurs où chaque film réalisé contient son lot de bonnes idées/surprises. C’est bien simple, pour l’instant, je ne vois aucun mauvais film à son actif! On termine avec notre (presque) frenchie national, Gaspard Noé, que j’ai découvert avec le brûlot Seul contre tous (qui a forcément titillé l’adulte cynique que j’étais déjà en germe). J’ai continué à suivre sa carrière avec intérêt, même si j’ai un peu de retard sur sa filmographie aujourd’hui!

Ensuite, je suis bien obligé de citer le regretté David Lynch (Eraserhead, Twin Peaks, Lost Highway, Mullholland Drive), qui à mon sens intègre à merveille les bizarreries expérimentales (souvent imbuvables) dans un univers unique où s’entrechoquent thriller, fantastique et parfois comédie…, Sergio Leone (si vraiment il ne fallait en retenir qu’un seul: Le Bon, la brute et le truand), à qui je dois une fascination pour les westerns spaghettis depuis toujours (ne cherchez pas, c’est bien lui qui a réalisé les plus solides)…, Stanley Kubrick (2001, Orange Mécanique, Eyes Wide Shut) et son génie de la mise en scène quel que soit le genre exploré! Oui, je sais, on a fait plus original pour un cinéphile… mais il y a des passages obligés, que voulez vous!

Puis aux cinq dernières places, on retrouve des réalisateurs aussi variés que:

  • Lucio Fulci (L’Emmurée Vivante, L’Enfer des Zombies, L’Au Delà) qui a donné une toute autre saveur aux films d’épouvante/horreur (pourtant déjà bien cradingues) que je regardais au début de ma vingtenaire (mais on va longuement en reparler sans trop tarder)… la preuve, je boucle encore dessus 15 ans plus tard
  • Francis Ford Coppola (Apocalypse Now, les deux premiers volet du Parrain) qui pour moi a signé au début de sa carrière des récits flamboyants et inoubliables, en plus d’être esthétiquement parfaits (j’avoue avoir hésité avec Martin Scorsese dans le même registre)
  • Christopher Nolan (Inception, Interstellar) pour ses concepts SF souvent aboutis et visuellement marquants (même si hélas, à l’image d’un Denis Villeneuve que je portais au pinacle dans les années 2010, leurs films récents montrent plus ses propres limites qu’autre chose)
  • Brian De Palma (Phantom of the Paradise, Blow Out, L’Impasse), dont la filmographie fournie et variée m’a régalé tout au long de ces années et a même réussi à me faire adorer une comédie musicale (un style que je déteste pourtant par dessus tout)
  • Je dois encore fouiller sa (dense) filmographie mais il est fort probable qu’Ingmar Bergman (Le Septième Sceau, L’Heure du Loup) rejoigne vite ce classement tant je trouve sa mise en scène et ses thématiques fascinantes (et moins obscures que le pourtant formidable Andrei Tarkovsky)

Vous trouverez peut être étonnant l’absence de Ridley Scott dans ce classement! Car oui, chez Les Bisseries on adore tout naturellement ses trois chefs d’oeuvre de science-fiction que sont Alien, Blade Runner et Seul sur Mars. Mais… ses catastrophiques derniers films (et son égo insupportable) tendent à me faire penser qu’il était surtout là au bon endroit, au bon moment (n’oublions jamais que le premier est un scénario original et les deux autres des adaptations)… sans pour autant renier le talent de metteur en scène (évident) du Monsieur!

Bref, vous l’aurez compris, j’aime autant les réalisateurs dont le sens/l’univers esthétique est prononcé/reconnaissable que ceux qui travaillent leur fond quitte à mettre la mise en scène en retrait, le mieux étant évidemment ceux qui proposent les deux à la fois!

En espérant que cette petite incursion personnelle vous a intéressé… on se retrouve à la fin de l’année pour parler de séries (enfin?).

Bisseries: Toutes les couleurs du vice (1972), Beauty Water (2020)

Toutes les couleurs du vice/Tutti i colori del buio: Autre giallo 70’s de l’artisan-joaillier transalpin Sergio Martino, sorti la même année que son Ton Vice est une chambre close dont moi seul ai la clef (titre à rallonge mais diablement évocateur!), Toutes les couleurs du vice (également connu sous le titre L’Alliance Invisible) est un film inspiré, audacieux et surprenant, quelque part entre Rosemary’s Baby et Le Venin de la Peur. Porté par la divine et charismatique Edwige Fenech (alors belle-soeur du réalisateur) et des seconds rôles de choix (George Hilton, Nieves Navarro, Ivan Rassimov), ce giallo fantastique brille également par sa mise en scène, ses décors londoniens, sa gestion du doute/suspense (la scène de poursuite dans le métro, put*in quelle claque!) et sa bande sonore signée Bruno Nicolai. Balancé entre influences psychédéliques, gothiques et whodunit (même si on a clairement aussi des éléments proto-slasher), il ne se contente pas d’être une énième redite d’Argento, Bava et compagnie (pile au moment où la folie giallo est à son paroxysme, c’est louable) et se permet même de jolies allégories sur la crise du couple et l’isolement social. Pas impossible non plus qu’il ait inspiré Suspiria à sa façon! Rappelons aussi à cette occasion que bien avant le slasher, le giallo avait pris le parti de mettre en avant les femmes à l’écran… et pas seulement dans des rôles de potiches ou de victimes. C’est encore le cas ici. Ce qui est sûr, c’est qu’on va se faire un cycle giallo d’ici peu qui risque de me régaler!

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt0069390/

Beauty Water: Film d’animation coréen (ça change un peu!) généreux en body horror, Beauty Water vous fera certainement penser à The Substance au vu des thématiques similaires (culte du corps, réseaux sociaux,…) et de son produit miracle, capable de remodeler le corps à volonté! Mais également à Society et American Psycho car évidemment la recherche de célébrité et de beauté à tout prix se paye (très) cher! Oui, vous l’avez compris, ce métrage n’est pas un simple film de divertissement bête et méchant mais également une critique (facile, certes) de la modernité (et certainement de tout un pan de la société coréenne). On regrettera juste une animation trop simpliste par moment (même si les « effets spéciaux » sont particulièrement réussis sans sombrer dans l’excès) et un personnage principal pour lequel il est difficiel de ressentir de l’empathie! Un bon petit film mais qui ne va pas réellement au bout de son concept!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt12354886/

A l’affiche: Mad God (2021), Oppenheimer (2023)

Mad God: On ne peut pas parler de ce film sans évoquer sa génèse improbable: un tournage commencé au début des années 1990 qui sera relancé près de vingt ans après grâce à un financement participatif. Son réalisateur? Phil Tippett, un vieux briscard responsable (entre autres) des effets spéciaux sur les deux premiers Star Wars, le second volet d’Indiana Jones, Willow, la saga Robocop, Jurassic Park, Starship Troopers (pas de liens, démerdez vous un peu!) … rien que ça! Le résultat? Un univers SF/horreur délicieusement cauchemardesque et nihiliste (où l’on oscille entre les horreurs post-apo d’un champ de bataille, le steampunk pur et dur, la géniale dystopie Brazil, et les laboratoires de « scientifiques » dérangés façon Mengele) tout en stop motion (d’où les galères financières), entrecoupé de quelques séquences oniriques et avec de vrais acteurs. Néanmoins, il est clair que ce second long métrage (en réalité la fusion de trois courts métrages) souffre des défauts propres au cinéma expérimental: tout n’y est pas bon à prendre, il y a parfois du remplissage, des incohérences, quelques longueurs et lourdeurs mais la folie créative et l’absence de dialogue rendent le tout suffisament intrigant/fascinant pour aller jusqu’au bout! Et permettra au moins à chacun d’y aller de son interprétation!

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt15090124/

Oppenheimer: Disons le d’emblée, ce n’est pas le pire film de Nolan (en même temps, quand tu succèdes à Tenet…) mais contrairement aux critiques enthousiastes que l’on peut lire un peu partout sur le web, je trouve qu’Oppenheimer montre une fois de plus les défauts récurrents du réalisateur, comme sur ces deux métrages précédents. A commencer par son côté indigeste qu’une durée totale de deux heures aurait sans doute permis d’éviter. Les personnages sont trop nombreux, ce qui rend bien soporifique l’intrigue politique dans son derniers tiers. Trop de dialogues aussi d’une façon générale. Comme si ce réalisateur, réputé pour sa mise en scène et sa dévotion pour des thématiques purement scientifiques/philosophiques, avait de moins en moins confiance en ses concepts, noyés dans une formalité bien dispensable! Et si Tenet tenait à surexpliquer son concept même, Oppenheimer, lui, noie le spectateur sous une complexification inutile du récit et un rythme effréné (même si on comprend bien que la forme et le fond ne doivent faire qu’un dans l’esprit du britannique). Malgré tout, il faut bien reconnaître que le métrage offre quelques moments de bravoure visuelle… parfois magnifiquement portés par la musique de Ludwig Göransson (on pense à la séquence d’introduction, le test Trinity ou encore les hallucinations lors du discours,…) et un casting impressionnant (Blunt, Damon, Downey Jr, Hartnett, Pugh et tant d’autres!) qui livre de jolies performances, à commencer par Cillian Murphy (acteur encore trop sous-estimé) dans le rôle titre, torturé dans le privé comme dans ses « oeuvres » (et vu les conséquences de ses travaux… on le comprend). La forme même du film (visiblement inspiré par Le Miroir de Tarkovsky), entre biopic, panorama de l’Amérique au milieu du XXe siècle, drame et thriller (à la fois psychologique et politique), mélangeant plusieurs lignes temporelles, vaut le coup d’oeil. Il n’en reste pas moins que c’est encore un film mitigé pour Christopher Nolan, définitivement enfermé dans le too much!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt15398776/

L’Envers du Culte: La Revanche de Frankenstein (1958), Fenêtre sur Cour (1954)

La Revanche de Frankenstein: Suite directe de Frankenstein s’est échappé, ce second opus de la Hammer impose le respect. Question casting déjà! On retrouve ici Peter Cushing dans le rôle du cynique docteur, Francis Matthews dans celui de son associé et Michael Gwynn dans celui de la créature revenue d’entre les morts, tandis que Terence Fisher est toujours derrière la caméra. Et ça fonctionne diablement bien! Bien équilibré entre drame, romance, traits d’humour et épouvante, le métrage nous expose une créature bien plus touchante car foncièrement plus humaine que celle précédemment incarnée par Christopher Lee. Porté par des jolis décors (moins marquants que dans d’autres films de la franchise anglaise mais tout de même), entre deux expériences sur la transplantation de cerveau et quelques accès de folie meurtière, La Revanche revient à la base du roman (bien qu’éloigné de lui sur le papier): sonder notre (sombre) nature humaine à travers le jusqu’au boutisme d’un scientifique dérangé!

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt0050894/

Anecdotes:

  1. Le film utilise une partie des décors du Cauchemar de Dracula sorti la même année.
  2. Ce métrage sera un échec critique pour le public anglo-saxon et il faudra attendre six ans pour que la Hammer lance un autre opus de la saga (sans lien avec les deux premiers).
  3. On retrouve dans ce film Michael Ripper (dans un petit rôle) qui deviendra lui aussi un habitué des films de la Hammer.

Fenêtre sur Cour: Que dire d’original sur ce monument? Que son concept de huis clos ouvert/ »action par procuration » est ingénieux et déjà méta sur la thématique du voyeurisme (non seulement celui de Jefferies -accessoirement photographe- mais aussi du spectateur)? Que le couple archétypal et bien mal assorti joué par (la sublime) Grace Kelly et James Stewart a bien du mal à être crédible aujourd’hui (contrairement à un discours finalement très actuel sur ce qu’est devenue la sordide sphère de la séduction et des relations hommes-femmes) ? Qu’au contraire la photographie de Robert Burks et la mise en scène d’Hitchcock sont toujours aussi diablement efficaces? Que ce film a dû traumatiser Brian de Palma et son Body Double en tête) comme il faut (ne serait ce qu’au travers de ses thèmes principaux: paranoïa, comportement obsessionnel,…) ? Dans tous les cas, Fenêtre sur Cour reste à la fois un joli panorama sur la société américaine de l’époque en pleine Guerre Froide et un thriller prenant, où on doute jusqu’au dernier moment de ce dont le héros (et nous avec) est témoin!

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt0047396/

Anecdotes:

  1. La cour intérieure façon Greenwich Village a été créée de toutes pièces dans les studios de la Paramount. Certaines actrices ont même vécu dans les appartements le temps du tournage. Un système d’arrosage intégré permettait de simuler la pluie.
  2. Le couple Kelly-Stewart s’inspire de la romance entre Ingrid Bergman et Robert Capa tandis que le scénario est une adaptation de la nouvelle du même nom de Cornell Woolrich.
  3. Ce film remportera quatre oscars: réalisation, scénario, son et photographie. A propos de ce dernier, l’éclairage sur le studio était prérèglé de façon à couvrir une journée entière, nuit inclus!
  4. Tous les voisins montrés à l’écran ont un rapport avec le mariage et le couple. Un véritable miroir aux questionnements de Jefferies!