Bisseries: Dellamorte Dellamore (1994), Suspiria (2018)

Dellamorte Dellamore: Je profite des dernières publications consacrées à notre cycle « Zombie » pour revenir sur ce joyau encore trop méconnu qu’est ce film de Michele Soavi (assurément son meilleur)! Portée par un charismatique Rupert Everett (bien trop rare à l’écran), la sublime (et vénéneuse) Anna Falci et le regretté François Hadji-Lazaro, cette comédie noire sur un gardien de cimetière confronté à une épidémie de zombies au fond de l’Italie rurale alterne entre un cynisme de tous les instants et un surréalisme onirique que n’aurait pas renié Lucio Fulci ni même Jean-Pierre Jeunet! Oui, rien que ça! La photographie baroque et les effets spéciaux sont très réussis et certains plans méritent vraiment le détour! Adapté d’un roman et d’un fumetti de Tiziano Sclavi, le fatalisme dégagé par notre loser magnifique de héros et certains passages à mi chemin entre fantasmes et hallucinations fiévreuses permettent de hisser cette excellente série B parmi les (rares) films de mort-vivants dont vous vous souviendrez longtemps !

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt0109592/

Suspiria: Il y a des réalisateurs qui aiment bien les défis! En acceptant le remake d’un des chefs d’oeuvre de Dario Argento (une des plus grosses claques artistiques de votre serviteur, au passage), Luca Guadagnino se met sacrément en danger car en dehors d’une fin kistch à souhait, le Suspiria de 1977 n’a pratiquement aucune faiblesse!

Et pourtant, le métrage fonctionne plutôt bien sur ses trois quarts (oui, la fin bisseuse à souhait qui arrive sans prévenir dans ce film à l’esthétique léchée fait vraiment tâche, sans doute un hommage au film originel vraiment dispensable), d’abord grâce à son casting féminin (Swinton, Moretz et Goth en tête mais vu leurs CV respectifs, on commence à avoir l’habitude!), son scénario à plusieurs niveaux de lecture (mais si pas exempt de lourdeurs… bien au contraire!) et son va et vient habile entre drame, thriller et fantastique. Et surtout, surtout, ce Suspiria là n’essaye ni de singer les décors baroques et l’ambiance psychédélique de son aîné ni de ressuciter le giallo. On est ici à Berlin à la fin des années 1970 et la grisaille est partout (merci le Bahaus!), tout comme les fantômes de la Seconde Guerre Mondiale. Le rock progressif venimeux des Goblins a laissé place à la bande-son minimaliste de Thom Yorke. Ici, plus de conte macabre et onirique mais bien une « initiation » ancrée dans la sinistre réalité. Et justement, quitte à rester à Berlin partahé en deux, l’ambiance insidieuse et le suspense croissant de Possession (film bien trop méconnu à mon goût) n’est pas bien loin! La poignée de passages ésotériques sont un autre atout du film, riches en symbolisme, quelque part entre Refn et Lynch, autant dire un véritable régal pour les yeux. Et que dire de la scène où Elena Fokina se fait malmener d’une façon particulièrement vicieuse? Jessica Harper fait un caméo, ce qui fait toujours plaisir. On regrettera par contre une longueur excessive (2h30 tout de même), la danse contemporaine qui me laisse plus que perplexe (n’étant pas du tout sensible à cette farce qu’est l’art contempourri), la profusion de personnages secondaires pas vraiment intéressants et Dakota Johnson qui est loin d’incarner une héroïne mémorable. A voir si le film a été charcuté au montage, ce qui ne serait pas étonnant vu le rendu final! Dommage, vraiment dommage pour ce remake courageux et inspiré!

Quelques pistes de lecture si ça vous intéresse !

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt1034415/

A l’Affiche: Mars Express (2023), Juré n°2 (2024)

Mars Express: C’est tellement rare qu’un animé français (de science-fiction qui plus est) fasse date aux yeux du public! Il était donc grand temps de rattraper ce Mars Express! Cette oeuvre est la première réalisation de Jérémie Périn, le créateur de la série animée Lastman, aidé ici par Laurent Sarfati au scénario. Thriller futuriste et néo-noir passablement influencé par Blade Runner, Métal Hurlant, Ghost in the Shell et Terminator 2 (oui, oui, rien que ça), servi par un dessin épuré mais efficace, le métrage accroche le spectateur autant par la vision plutôt dystopique… mais hélas crédible qu’il propose (une société où l’homme a colonisé Mars et dans laquelle androïdes et robots sont omniprésents) que son histoire (un duo d’enquêteurs chargés de retrouver une étudiante en cybernétique qui pourrait changer l’avenir). Ce n’est certes pas le premier film à aborder la thématique de la révolte/prise de conscience des IA/robots sur fond de société hyper-technologique, urbaine et décadente mais ce Mars Express le fait admirablement bien, entre poussées de violence, corruption des institutions et final poétique à souhait. Il semblerait qu’il ait même très bien digéré ses influences! Un animé riche et bien rythmé, qui, en définitive, parle autant de nos maux modernes que de notre potentiel futur!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt26915336/

Juré n°2: On le sait, les thématiques américano-centrées, humanistes et morales parsèment la carrière du réalisateur Clint Eastwood. C’est encore ici le cas avec ce père de famille qui, ironie du sort, se retrouve jury lors d’une affaire judiciaire dans laquelle il découvre qu’il est personnellement impliqué. Thriller dramatique porté par d’excellents acteurs (Tony Colette surclassant Nicholas Hoult, à mon sens), un sens du rythme et de la mise en scène (classique mais efficace, comme d’habitude) mais également une jolie photographie, ce film est clairement une des plus belles surprises de 2024. Evidemment, avec un tel synopsis, le spectateur peut facilement se mettre dans la peau du personnage principal et son dilemme moral de taille. Si Eastwood a eu l’intelligence de parsemer ce huis clos mental de quelques scènes d’extérieur, Juré n°2 évite aussi les lourdeurs et le pathos inutile en dosant les flashbacks et les moments consacrés à la famille du héros (saluons donc Jonathan A. Abrams au scénario. Le principal reproche que j’aurais à faire est de ne pas avoir poussé l’ambigüité de cette « surprise » jusqu’à la fin du métrage, ce qui aurait conduit à un twist final d’autant plus puissant. Quoiqu’il en soit, un bon film sur une institution malade! Mais contrairement au Cas Richard Jewell (qui lui aussi parlait de justice), le métrage ne laisse pas sur sa faim! Vu les naufrages récents des réalisateurs d’un certain âge, on ne va certainement pas bouder notre plaisir pour cet ultime film du grand Blondin!

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt27403986/

A l’affiche: The Killer (2023), Nosferatu (2024)

The Killer: Cela fait bien longtemps que je n’avais pas vu un film récent de Fincher (hormis le Millenium chroniqué sur ce blog)… et vu les déceptions consécutives qu’ont été pour moi Gone Girl et The Social Network, il faut bien avouer que j’y suis un peu allé à reculons! On suit ici le quotidien d’un tueur à gages (jusque dans ses moindres pensées)… jusqu’à l’échec d’une de ses missions qui incitera ses employeurs à se retourner contre lui! Superbement illustré par la musique des Smiths (faut il encore les présenter?), sa photo délavée et grisonnante, des cadres variés (Paris, République Dominicaine, Nouvelle Orléans, Floride, New York, Chicago) et quelques touches humoristiques bienvenues, ce métrage prouve une fois de plus le talent de Michael Fassbender (et de Tilda Swinton parallèlement), parfaitement à l’aise dans ce rôle clinique et un brin paranoïaque (on pensera forcément à Delon dans Le Samouraï), qu’il soit en mission… ou en mode réglement de comptes! Visiblement, beaucoup de spectateurs (aux cerveaux déglingués par la dopamine, je ne vois que ça) n’ont pas aimé le film, surpris par la simplicité de son intrigue, le rythme lancinant et son personnage principal impassible. Peut être parce que c’est plus réaliste? Pas le meilleur Fincher mais pour une production Netflix, c’est plus que correct et prenant!

https://www.imdb.com/fr/title/tt1136617/

Note: Solide

Nosferatu: Adorant le Nosferatu originel (pour moi, le classique de vampires par excellence, la folie expressionniste en plus) et l’univers de Robert Eggers, j’avais beaucoup d’attentes sur ce film. Et le gazier, une fois de plus, m’a conquis! Piochant à la fois dans le film de Murnau, son excellent remake par Herzog (surtout) et le Dracula de Coppola (le plus faible de tous à mon sens), le réalisateur respecte la trame principale de ses prédécesseurs tout en offrant un superbe cadre gothique (à la lumière bleutée omniprésente) infusé de thématiques nouvelles, à commencer par celle du désir féminin et une version plus horrifique d’Orlock. Porté par un casting solide (à commencer par Lily-Rose Depp et Bill Skarsgard, méconnaissable en Comte Orlock) et une mise en scène au poil, le film se permet même de jolis moments d’effroi grâce à une excellente BO (le passage du carrosse dans les bois, putain) ! Si je craignais le plagiat de certaines scènes cultes, Eggers a eu l’intelligence de leur rendre hommage tout en proposant de subtiles variations. Largement infusé de romantisme et de tragédie, ce Nosferatu met clairement en avant le personnage d’Ellen (tout en ambiguïtés, loin du personnage naïf des précédents opus) et pousse plus loin la dimension sexuelle du vampire, ce qui n’est franchement pas pour me déplaire. Beaucoup (toujours les mêmes pisse-froids évoqués au dessus) ont pointé du doigt que ce remake n’apportait rien au mythe, on attend donc que ces gens passent derrière une caméra pour sublimer un film de plus de 100 ans, qu’on rigole un peu… On leur accordera toutefois une longueur pas tout à fait nécessaire. Pour ma part, Robert Eggers vient de confirmer une fois de plus qu’il était le nouveau patron de l’épouvante/horreur (mais vu ses influences… est ce si étonnant?)!

https://www.imdb.com/fr/title/tt5040012/

Note: Pépite

Bisseries: X-Files: Combattre le futur (1998), Night of the Creeps (1986)

X-Files: Combattre le futur Ce serait peu exagéré que de dire que X-Files a traumatisé toute ma génération (celle de la fin des années 1980/début 1990 donc) et passablement marqué d’une pierre blanche l’univers des séries, comme Twin Peaks avant elle… mais ce sera justement l’objet d’un prochain dossier thématique! En tant que gros fan de la série, il était grand temps de revoir ce premier film. Sorti entre les saisons 5 et 6 (à l’origine, il devait sortir après la troisième), on y retrouve tous les ingrédients principaux qui ont fait son succès: intrigue conspirationniste autour de l’huile noire comme arme biologique (un des fils rouges de la série… impliquant gouvernement, CIA et aliens), inévitable destruction des preuves à la fin du métrage (un gimmick plutôt frustrant d’ailleurs), complémentarité et tension sexuelle entre Mulder et Schully dont l’avenir au FBI reste incertain, touches d’humour, personnes bienveillants sortis de nulle part… mais également ses principales faiblesses: intrigues trop grosses pour être totalement crédibles, méchants trop permissifs et ambivalents envers notre duo d’enquêteurs paranormaux,… Derrière la caméra, c’est Rob Bowman, qui avait déjà signé plusieurs épisodes de la série et ça se ressent dans la cohérence du récit, même si par moments, ça manque de faste. Le métrage est bien rythmé, avec des effets spéciaux corrects. On retrouve évidemment des personnages récurrents de la série: Skinner, l’homme à la cigarette et le Syndicat, les Lone Gunmen,… ainsi que de jolies références à Alien et The Thing qui font plaisir! Un thriller honnête et « doudou » donc, qui ne s’en sort pas si mal pour un univers de série porté sur grand écran (même s’il est vrai qu’on a parfois l’impression de regarder un long épisode de celle ci… qui ne fait pas avancer grand chose d’ailleurs) et que l’on recommandera en priorité aux fans de la série ainsi qu’aux curieux!

Note: Curiosité

Night of the Creeps/La Nuit des sangsues: Dans la veine de The Blob, voici un métrage des eighties léger et généreux rendant un très joli hommage aux films de SF/épouvante des années 1950! Au carrefour entre thématique zombies (ceux de Romero) et bizarreries cronenbergiennes (Frissons surtout), doté d’effets spéciaux gore crédibles et d’un rythme soutenu, cette comédie/teen movie diablement efficace (accessoirement le premier métrage de Fred Dekker… qui signera The Monster Squad un an plus tard) est aussi l’occasion de revoir le génial Tom Atkins dans le rôle d’un commissaire truculent et clairement dépassé par les évènements! Ici des sangsues (limaces?) extraterrestres ont la fâcheuse tendance à investir le cerveau d’adolescents pour en prendre le contrôle… les transformant du même coup en zombies! Et comme si cela ne suffisait pas, l’humour s’y fait parfois méta, entre deux bizutages de fraternité! Clairement un film à (re)découvrir!

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt0091630/

Bisseries: La Nuit a dévoré le monde (2018), Les Maîtresses de Dracula (1960)

La Nuit a dévoré le monde: Jolie petite curiosité française que voici, pas prétentieuse pour deux sous mais qui a le mérite de proposer quelque chose d’un peu différent! Adapté du roman de Pit Agarmen (pseudonyme de Martin Page), narrant la survie d’un habitant d’immeuble dans un Paris post-apocalyptique envahi d’infectés (soit un scénario de départ qui vous rappellera forcément 28 Jours plus tard ou encore Je suis une légende), La Nuit prend le temps de poser son ambiance pour rendre cette aventure palpitante et crédible. Je dois dire que l’aspect survie, au centre du récit, est plutôt bien retranscrit, entre le renforcement de « l’abri », la recherche de rations, le manque de liens sociaux,… Un film plutôt subtil et minimaliste, bien que pas exempt de défauts, qui montre bien la solitude et la paranoïa qui guettent son personnage principal dans son quotidien!

Note: Solide

Les Maîtresses de Dracula: Soyons clair d’emblée, il n’y a pas plus de Christopher Lee (ne souhaitant pas se cantonner au registre horrifique) que de personnage de Dracula dans ce film et… finalement tant mieux car ça en fait un métrage original et appréciable! Les décors, gros point fort de ce métrage, sont splendides comme à leur habitude. La musique, signée Malcolm Williamson (compositeur qui fera également les OST de Crescendo et Les Horreurs de Frankenstein) est également fort sympathique. Avouons tout de même que cet opus est plutôt sage question sexe et violence. Mais ne boudons pas notre plaisir, on y retrouve de vieilles trognes comme Terence Fisher derrière la caméra et Peter Cushing incarnant à nouveau le Docteur Van Helsing, accompagnées d’une belle brochette d’acteurs (David Peel, Martita Hunt, Freda Jackson). Les scénaristes se sont permis quelques variations bienvenues sur la thématique (déjà bien usée) du vampirisime. Au final, si ce second volet souffre d’une chose, c’est de la logique d’exploitation qui a voulu l’intégrer à tout prix dans la saga des Dracula alors qu’il a autant de liens avec elle que la trilogie Karnstein! Quand à la fin… comment dire, elle change un peu car la façon pour le moins abrupte dont la Hammer avait coutume de conclure ses récits commençait à devenir un véritable running gag!

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt0053677/

Bisseries: Ennemi d’État (1998), The Strangers (2008)

Ennemi d’État: Thriller technologique et conspirationniste traitant d’un thème terriblement d’actualité (la surveillance du peuple à son insu aux travers des technologies modernes) mêlant mafia, monde de la justice, héros dépassé par les évènements, assassinats politiques, NSA et vieux briscard insaisissable, il faut avouer que ce métrage donne l’eau à la bouche! Et Tony Scott réussit à proposer un métrage clair, prenant et nerveux. La principale ombre au tableau est son côté poussif car… Will Smith ne peut pas s’empêcher de faire… du Will Smith (aka du comique lourdingue et franchement dispensable) et c’est extrêmement dommageable à la fois pour le rythme et la crédibilité de son personnage! C’est rageant car ce Ennemi d’État haletant avait pourtant tout pour marquer les esprits! Gene Hackman s’en sort bien mieux, même si son personnage n’est pas non plus dans du très subtil (à l’image de la résolution du récit)! Il faut aussi reconnaître que le métrage a vieilli (technologiquement forcément mais aussi au niveau du ton employé) et les attentes du public ont bien changé depuis! Ca se regarde bien malgré tout!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0120660/

The Strangers: Voilà un joli survival (bien que infusé de slasher, de drame et de fantastique) inspiré d’une histoire vraie! Scott Speedman et Liv Tyler (bien trop rare sur les écrans) y incarne un couple qui, de retour dans leur résidence secondaire, va se faire harceler toute une nuit par un trio d’agresseurs masqués (masques du plus bel effet, au passage) de plus en plus véhéments. Entre huis clos, couple en proie aux doutes, inversion des rôles (qui sont finalement les vrais intrus ici: le couple de citadins ou les rednecks locaux?), home invasion, The Strangers intrigue et maintient en haleine par sa subtilité (ici, pas de jumpscares car le moindre bruit constitue une menace), sa photographie et son sadisme froid qui n’est pas sans rappeler les films de Ti West! On pensera aussi plusieurs fois à You’re Next et Funny Games… La volonté de rendre les assaillants quasi muets est louable et renforce leur aura et leurs apparitions quasi surnaturelles (soit la vraie nature du slasher selon John Carpenter). Le plus gros défaut du métrage est qu’il se montre extrêmement avare en explications comme sur sa volonté d’étoffer ses personnages principaux… et finit donc par manquer cruellement de consistance! A l’image de sa fin aussi énigmatique qu’incompréhensible!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0482606/

Bisseries: Les Trois Jours du Condor (1975), RoboCop 2 (1990)

Les Trois Jours du Condor: Il serait de temps de nous remettre à notre cycle « conspiracy thrillers », non? Peu convaincu par La Firme du même réalisateur, j’ai donc lancé cet excellent thriller 70’s, porté par Robert Redford et Faye Dunaway (dont on pourra reprocher au personnage ambigu d’être sous-exploité) sans trop savoir à quoi m’attendre! Un film haletant narrant l’histoire d’un brillant cryptographe de la CIA traqué par sa propre organisation après l’assassinat commandité de toute son équipe. Bien rythmé mais parfois un peu osbcur dans ses explications, l’enquête sur les responsables du massacre s’accompagne d’un suspens qui va crescendo et d’une atmosphère paranoïaque particulièrement réussie. La romance « forcée » (passage obligé pour alléger le récit, on se doute bien), elle, l’est bien moins! Adapté du roman de James Grady et sans doute inspiré par les affaires du Watergate survenues trois ans plus tôt, le métrage dénonce la toute puissance et les dérives (en premier lieu leur corruption) des organisations politiques et de renseignements, thématiques soulignées par une fin nihiliste/cynique à souhait et le glaçant personnage incarné par Max Von Sydow. Servi par une remarquable jeu d’acteurs et un cadre urbain aussi terne que l’est devenu (depuis bien longtemps) le pays de l’Oncle Sam, ce film de Sydney Pollack est clairement un incontournable du genre!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0073802/

RoboCop 2: Suite méconnue et mal aîmée mais néanmoins sympathique que ce Robocop 2! Il faut dire que le film avait pourtant tout pour plaire: les acteurs principaux du premier opus (Peter Weller, Nancy Allen, Dan O’Herlihy), un réalisateur loin d’être manchot (Irvin Kershner, responsable de L’Empire contre-attaque), le même univers urbain sordide et les mêmes thématiques désabusées. Alors oui, évidemment le film n’a ni la puissance ni la subtilité du sous-texte de celui de Verhoeven (pour sa défense, ce métrage a connu une production chaotique, entre faillite imminente d’Orion Pictures -c’est justement pour l’éviter que cette suite verra le jour-, grève des scénaristes) mais il nous donne tout de même ce qu’on attend de lui: encore plus d’action, de violence, de divertissement, des saillies satiriques. Le pitch pourra d’ailleurs rappeller celui de Terminator 2 sorti un an plus tard! Alors ne boudons pas notre plaisir, si toutes les suites de films cultes étaient de cet acabit! A noter que Frank Miller est au scénario, Phil Tippet et Rob Bottin aux effets spéciaux!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0100502/

L’Envers du Culte (express): Frankenstein s’est échappé (1957), Le Chien des Baskerville (1959)

Une fois n’est pas coutume, on aborde brièvement ici deux métrages devenus des classiques des débuts de la Hammer Films, qui, ne nous le cachons pas, ont surtout un intérêt historique. Il faut bien l’avouer, ces films ont plutôt mal vieilli donc je n’ai pas grand chose à dire dessus…

Frankenstein s’est échappé/The Curse of Frankenstein: Bénéficiant de décors splendides et d’une interprétation tout à fait correcte (saluons d’ailleurs la performance de Robert Urquhart) comme c’est souvent le cas avec les films de la Hammer des débuts, ce film souffre hélas de deux défauts eux aussi communs à bon nombre de métrages de la firme: le peu de temps qu’à la créature à l’écran (interprétée par Christopher Lee, bien aidé par un maquillage morbide réussi) et une intrigue bien trop lente à se lancer. Il faut bien dire que malgré ses qualités de l’époque (modernisation du mythe au travers de son récit centré sur le scientifique – Peter Cushing – si jusqu’au boutiste qu’il en devient le réel monstre du film), The Curse n’est pas vraiment passionnant, voire prévisible, d’autant que la créature a un comportement plutôt incohérent par moments.

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0050280/

Anecdotes:

  1. C’est la première fois que Cushing et Lee jouent ensemble dans un film de la Hammer… Ils deviendront vite de grands amis. A vrai dire, c’est même leur premier film avec la firme pour chacun des deux! C’est également la première réalisation de Fisher pour la compagnie.
  2. Ne pouvant s’inspirer des films Frankenstein de la Universal (particulièrement le Frankenstein de 1931), Terence Fisher a dû rivaliser d’ingéniosité, notamment pour le maquillage de la créature, créé au dernier moment!
  3. Il s’agit du premier film en couleurs de la Hammer Films.

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Le Chien des Baskerville: Réunissant à nouveau le trio béni Fisher/Cushing/Lee, cette adaptation du roman d’Arthur Conan Doyle pêche surtout par son scénario, trop verbeux! Si les décors gothiques (on a droit à beaucoup de scènes d’extérieur) et l’ambiance vintage sont particulièrement réussis et magnifiés par le Technicolor, le peu d’éléments fantastiques (malgré une scène d’introduction mémorable) et le rythme de l’enquête bien trop mou ont bien du mal à contenir tout baillement intempestif, d’autant plus le suspense met beaucoup trop de temps à culminer! Ca reste globalement fidèle au livre et les acteurs sont bons (comme André Morell en Docteur Watson), mais ne vous attendez surtout pas à du fantastique/épouvante mais bel et bien à un film policier (façon whodunit)!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0052905/

Anecdotes:

  1. Grand fan des aventures de Sherlock Holmes, Peter Cushing a aidé Terrence Fisher à incorporer des éléments des romans dans ce film.
  2. La Hammer prévoyait initialement une nouvelle franchise autour du personnage de Sherlock Holmes mais la grande déception des spectateurs devant l’absence de monstres fera annuler le projet.
  3. Christopher Lee jouera par la suite dans cinq autres adaptations des romans de Doyle, dont Sherlock Holmes et le Collier de la mort (dirigé d’ailleurs par Terrence Fisher).

Bisseries: The Witch (2015), Dagon (2001)

The Witch: Bon, on ne va pas y aller par quatre chemins: en plus d’avoir révélé la jeune Anya Taylor-Joy et le réalisateur Robert Eggers, son premier long métrage est un véritable petit bijou esthétique de folk horror vintage…à condition d’être dans le bon mood pour l’apprécier! Thriller/drame psychologique (plus que véritable film d’épouvante) se déroulant dans un famille de colons en Nouvelle-Angleterre au XVIIe siècle, The Witch va prendre un malin plaisir à brouiller les pistes pour mieux perdre le spectateur: récit déconstruit et austère, flashbacks multiples, rythme lent, ambiance poisseuse, suffocante et contemplative (j’ai pensé plusieurs fois à Antichrist),… Si bien qu’à la fin, nous n’avons plus de certitudes, juste des suppositions sur qui (ou quoi) s’acharne sur cette famille de paysans bannis à la lisière de bois maudits! Explorant les thématiques des liens familliaux, du bouc émissaire, du deuil, de la paranoïa, de la religion, de la possession, de la place de la femme, de la peur et des fantasmes (oui, rien que ça), ce film montre déjà une bien belle maîtrise de la réalisation, de sa direction d’acteurs, de l’esthétisme (ici, les peintres néerlandais du XVIIe siècle et leur fameux clair-obscur) et même du symbolisme indispensables à tout bon conte de folk horror!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt4263482/

Dagon: Voilà un film de Stuart Gordon qui, malgré son petit budget, s’attache à rendre hommage à l’oeuvre originelle de H.P. Lovecraft (certainement une des ses meilleures nouvelles, au passage), son ambiance poisseuse et dégénérée! Un métrage qui, comme souvent avec ce réalisateur (passablement traumatisé par les écrits du Maître de Providence, tout comme son compère Brian Yuzna) a autant de qualités que de défauts mais qui se montre toujours généreux, comme avec ses scènes les plus explicites! Puisque, oui, on ne va pas se mentir, le (sur)jeu d’acteurs (Ezra Godden n’était clairement pas le meilleur choix pour le héros principal) et les effets spéciaux au rabais piquent bien les yeux par moments… mais on est en plein cinéma bis (pour ne pas dire plus) en même temps! On pourrait aussi lui reprocher un rythme un peu trop lancinant (même si pour le coup, c’est un choix complètement lovecraftien). Quoi qu’il en soit, ce Dagon transpire tellement le respect et la passion de son matériel originel qu’il reste à conseiller à tous les passionnés d’indicible! Et puis, disons le clairement, les bonnes adaptations de Lovecraft (cela fera d’ailleurs certainement l’objet d’un futur cycle thématique) se comptent tellement sur les doigts de la main qu’on ne va pas se faire prier! A noter que le titre n’a rien à voir avec la nouvelle de Lovecraft (parue d’ailleurs bien avant son cycle sur le Mythe de Cthulhu mais qui peut y être attachée au vu de sa thématique).

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0264508/

Annihilation (2018), The Seeding (2023)

Annihilation: A force d’entendre parler de ce film…en mal….puis en bien, il a bien fallu que j’en ai le coeur net! Surtout après la déception que fut Men du même réalisateur… Et ma foi, si ce métrage est bien loin d’être parfait (notamment à cause d’une fin bâclée au possible), il propose tout de même de bien belles idées: visuellement forcément (même s’il aurait gagné à être un peu plus parcimonieux dans ses effets spéciaux), un suspense progressif qui laisse suffisamment de place aux personnages, au mystère et aux thématiques lourdes du métrage (deuil, maladie, humanité, auto-destruction,…) pour pousser la curiosité du spectateur à aller jusqu’au bout, le concept de certaines créatures elles même. Paradoxalement, Annihilation aurait sans doute gagné à jouer un peu moins la carte du film SF/horreur intello bourré de métaphores et plus sur la matérialisation de la menace extraterrestre car les baisses de rythme sont tout de même nombreuses… ou au moins mieux doser ses flashbacks! Avant donc cette fin terre à terre qui manque cruellement d’originalité là où tout le récit se permettait de jolies libertés avec les genres affiliés. Côté influences, l’héritage lovecraftien semble inévitable dans cette zone où les lois humaines de la physique ne s’appliquent plus, laissant place à la sensation de malaise constant, aux hallucinations et à la paranoïa (on pensera à La Couleur tombée du ciel par exemple). Pour preuve, Alien et The Thing vous viendront fatalement à l’esprit à un moment ou à un autre. Nathalie Portman porte admirablement le film dans son rôle de scientifique endeuillée alors son expédition s’avance toujours un peu plus loin dans l’onirisme cauchemardesque et les mutations inquiétantes. Une curiosité qui vaut le coup d’oeil, pas si loin d’un Stalker de par son étrangeté subtile!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt2798920/

The Seeding: Vous aimez les survivals bien poisseux façon La Colline a des yeux? Vous aimez les huis clos où le temps lui même semble suspendu? Vous aimez la folk horror cruelle à la Wicker Man ou Midsommar? Alors vous aimerez certainement The Seeding qui réunit ces trois influences à part égale. Paysages et photographie majestueux, ambiance craspect réussie, personnages ambigus, héros principal totalement impuissant et semblant voué à la folie, ce premier long métrage a plus d’un tour dans son sac pour plaire! Ajoutez à cela un suspense progressif (malgré une introduction qui donne un peu trop de pistes sur la suite du récit) et quelques jolis moments intimistes non dénués de poésie. Les vraies faiblesses de ce thriller se trouvant au final dans son rythme un peu trop lancinant, un certain manque de folie dans son scénario et une fin…hélas interminable, voire prévisible. Mention spéciale aux deux acteurs principaux qui font ici forte impression: Scott Haze en personnage principal relativement détestable et Kate Lyn Sheil dans un rôle tout en nuances! Donnez une chance à The Seeding!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt22778346/