Bisseries: Censor (2021), Hardware (1990)

Censor: Surprenant film ayant pour thématique principale les video nasties (auxquelles on consacrera un cycle tôt ou tard, ne serait ce que pour compléter un peu notre watch list, même si un certain nombre sont déjà chroniquées ici) et la rigidissime époque thatchérienne qui va avec, il faut bien avouer que Censor contient de bonnes idées de mise en scène et une imagerie vintage réussie (passablement inspirée par le giallo), au delà de cette sympathique mise en abyme qui régalera tout amateur de genre (les yeux les plus affûtés reconnaîtront des extraits de Frightmare, Driller Killer ou encore l’excellent Cauchemars à Daytona Beach). Premier long métrage de Prano Bailey-Bond, ce thriller psychologico-horrifique, porté par la solide Niamh Algar, se distingue aussi par l’ambiance psychotique créée, entre rêves, cauchemars, obsessions et souvenirs du passé (avec une belle lichette de Lynch). Après toutes ces belles propositions, on ne peut que regretter les ressorts tout de même un peu prévisibles de son récit. Dommage…

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt10329614/

Hardware: Ayant entendu parler de ce métrage pour sa BO et le caméo de divers musiciens rock (Fields of Nephilim, Motörhead, P.I.L., Iggy Pop, Ministry, GWAR), il était temps d’enfin passer le pas. Et ma foi, on tient là un représentant tout à fait honnête du cinéma cyber-punk/post-apo! Son réalisateur/scénariste n’est pas un parfait inconnu aujourd’hui puisqu’il s’agit de Richard Stanley, peu productif mais qui s’était illustré il y a quelques années avec (le prometteur mais décevant) Colour Out of Space. Et dès l’intro, on sent qu’on a affaire à un film bis unique et généreux que l’histoire aurait oublié: élements électroniques omniprésents, huis clos urbain, monde dévasté par l’arme atomique, population entassée dans des villes crasseuses où l’on rationne aussi bien la nourriture que l’on contrôle les naissances, membres bio-mécaniques,… si ces éléments (de moins en moins SF hélas) peuvent vous paraître familiers aujourd’hui, ils l’étaient bien moins au moment de la sortie du film (pour rappel, nous sommes neuf ans avant Matrix et un an avant Terminator 2). Terminator, Soleil Vert et RoboCop sont évidemment les grosses influences de ce premier long métrage. Porté par la performance de (la trop rare) Stacey Travis et une belle photographie (ah ce filtre rouge/orange!), Hardware reste un film ingénieux, oppressant, sans concession et plutôt convaincant vu son ridicule budget (1,5 millions de dollars)!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0099740/

Panthéon: Akira (1988)

Pilier et précurseur du mouvement cyberpunk japonais, Akira est un métrage qui continue de fasciner et d’inspirer près de 30 ans après sa sortie… a raison!

Réalisé par son propre créateur/mangaka Katsuhiro Ōtomo et sorti alors que le manga originel n’était pas achevé (son écriture s’étale de 1982 à 1990), Akira regroupe tous les éléments phare de ce sous genre: société dystopique et ultra-urbaine, jeunesse désoeuvré et désabusée, tensions sociales exacerbées, mouvements révolutionnaires, gouvernement corrompu, violence omniprésente, expérimentations scientifiques sur l’homme, peur du nucléaire,… Le tout servi par un dessin plutôt épuré, des arrières plans somptueux et une animation fluide (Tokyo Movie Shinsha), parfois secondés par quelques images de synthèse. Le film battra d’ailleurs plusieurs records à l’époque: un budget de 10 millions de dollars, une palette de 327 couleurs et un nombre de dessins utilisés bien supérieur à la normale, ce qui en fera l’un des films d’animations les plus ambitieux de l’époque. Et on peut le dire avec le recul, ce métrage a très bien traversé les époques au point d’être terriblement d’actualité!

S’il n’est pas au premier abord le plus futuriste de la bande formée par Tetsuo (dont le titre est un clin d’oeil évident au destin du personnage du même nom dans ce métrage), Ghost in the Shell, Gunnm et Cowboy Bebop (pour n’en citer que quelques-uns), ce métrage inspiré (entres autres) par Moebius propose des moments de terreur époustouflants (les hallucinations de Tetsuo, le final dantesque qui parlera à tous les amateurs de body horror) accompagnés d’une bande-son excellente (Geinoh Yamashirogumi). Son intrigue autour d’enfants mutants dotés de pouvoirs psychiques hors du commun lui apporte finalement toute la complexité et la tragédie nécessaire. On notera aussi une gestion du rythme proche de la perfection, y compris dans son final dilaté.

Parmi ses rares défauts, il faut bien avouer que les réactions enfantines de certains personnages (notamment Kameda) détonnent franchement avec le ton cynique du film et sont franchement dispensables, même si elles peuvent insuffler un peu de comédie. La romance entre Kaneda et Kei n’est pas non plus des plus subtiles… Et je dois bien avouer que passée la surprise de la découverte, un second visionnage est nécessaire tant il se passe de choses à l’écran (pas étonnant puisque le manga est aujourd’hui compilé en six tomes).

Distribué par la Tōhō au Japon et Streamline Pictures aux USA, le film aura un impact considérable sur la culture japonaise et occidentale (alors encore peu ouverte aux mangas). Citons entre autres les films Matrix, Inception, Looper ou encore Dark City qui s’en inspireront… sans parler de tous les mangas et films d’animations japonais qui suivront… Il y a bel et bien un avant et un après Akira, comme Blade Runner en son temps!

Note: Pépite

https://www.imdb.com/fr/title/tt0094625/

L’Envers du Culte: Tetsuo (1989), Vaudou (1943)

Tetsuo: Quel bonheur de prendre une si grosse claque esthétique et inventive quand on a le sentiment d’avoir tout vu ou presque dans le cinéma de genre! C’est que Tetsuo est un métrage (cyber)punk totalement possédé et déjanté (à un point qu’il devient énergivore à regarder), grâce à moultes expérimentations que je vais tenter de résumer brièvement ici: noir et blanc stylisé et granuleux, transformations physiques radicales comme métaphores de la déshumanisation progressive des sociétés industrialisées et technologiques, effets spéciaux faits à la main, sous-texte sexuel (Eros et Thanatos, n’est ce pas?), sentiment de paranoïa constante,… C’est bien simple, Tetsuo ne ressemble à aucune autre métrage à part peut être un certain Eraserhead et ses friches urbaines glauques! Même s’il est un poil trop long à mon goût, le second degré, la musique bruitiste (signée Chū Ishikawa), le montage hystérique et les effets spéciaux hallucinés (tout en stop motion) tiennent en haleine sans trop de mal. Je me suis même demandé dans quelle mesure il n’aurait pas inspiré un certain Edward aux mains d’argent (ou quand Burton ne passait pas des décennies entières à s’auto-parodier). Assurement impressionnant et avant gardiste au vu du petit budget de ce premier film de Shin’ya Tsukamoto. Un film qui divisera à coup sûr mais reste une expérience unique.

Petite vidéo du Coin du Bis pour en savoir plus.

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0096251/

Anecdotes:

  1. Tetsuo est le premier volet d’une trilogie, poursuivie par Tetsuo II: Body Hammer (1992) et Tetsuo: Bullet Man (2009)
  2. Les kaiju et l’univers sado-masochiste/fétichiste ont été deux influences visuelles majeures du réalisateur.
  3. Le tournage a été éprouvant pour l’équipe technique qui se réduisait jour après jour. Certains acteurs ont dû parfois les remplacer afin de terminer le métrage.

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Vaudou/I Walked with a Zombie: Il m’aura fallu entamer ce cycle zombie pour voir enfin mon premier film de Jacques Tourneur. Car je dois bien vous avouer que le cinéma d’épouvante durant les deux décennies 1940-1950 ne m’ont jamais attiré. Et ce métrage n’a pas échappé à la règle: Vaudou est un film qui tient plus de la curiosité vintage que du classique incontournable, faute à un scénario banal (une jeune infirmière est envoyée sur une île proche d’Haïti soigner une femme atteinte d’un mal étrange…rajoutez à cela de grosses ficelles, comme l’amour impossible et la rivalité fraternelle qui tombent comme des cheveux sur la soupe), des personnages trop archétypaux, l’absence d’élements fantastiques/d’épouvante et même de tensions avant la révélation finale. Alors, oui, le visuel magnifique (noir et blanc sublime, décors, gros travail sur les lumières, mise en scène soignée) sauve un peu les meubles mais le mal est fait. Heureusement, le métrage est court et ne se transforme donc pas en supplice interminable. Il est aussi et surtout un des premiers films d’épouvante (aheum!) des années 1930/1940 à revenir aux sources du zombie: la culture vaudou haïtienne (ce que fera aussi plus tard Lucio Fulci avec son Zombi 2 ou Wes Craven avec L’Emprise des ténèbres par exemple) qui permettrait de redonner la vie à des personnes décédées afin de prendre le contrôle de leur esprit…ici traitée de manière fort inintéressante, tout comme l’histoire coloniale bien évacuée du récit (et qui aurait pu mettre un peu d’enjeu dans le merdier). La suggestion et la sobriété ont décidement leurs limites…

Note: Dispensable

https://www.imdb.com/title/tt0036027/

Anecdotes:

  1. Le film est librement inspiré de Jane Eyre de Charlotte Brontë et d’un article de presse sur le vaudou de l’époque (intitulé « I Walked with a Zombie »). Les scénaristes ont toutefois poussé plus loin leurs recherches sur le sujet, sur la demande du producteur!
  2. Le rôle de Betsy (interprètée par Frances Dee) était à l’origine écrit pour Anna Lee, qui l’a finalement refusée car elle était engagée sur un autre projet.
  3. Le film a eu droit à son remake: Ritual, sorti en 2002.