Bisseries: L’Invasion des morts-vivants (1966), Manhunter (1986)

L’Invasion des morts-vivants/The Plague of the Zombies: Ouvrant une voie royale pour un certain George Romero et autres Lucio Fulci, ce film vaut surtout le coup d’oeil pour sa relecture moderne de la figure du zombie, désormais pourrissant à souhait, sortant directement de sa tombe! Reprenant tout le décorum vaudou (alors en vogue dans les films de zombies de l’époque) sans en oublier le cahier des charges de la Hammer pour autant (scènes extérieures nombreuses, décors splendides – déjà utilisés pour les deux premiers Dracula avec Christopher Lee et La Femme Reptile du même réalisateur-, maquillages efficaces, personnages bien campés -mention spéciale à John Carson impeccable dans son rôle de châtelain-), le métrage propose aussi quelques petites originalités ça et là qui rendent son visionnage agréable! On est pas dans le haut du catalogue des britaniques mais il faut bien reconnaître que ce The Plague est tout à fat honnête au vu de son budget! On ne va pas tarder à entamer officiellement un cycle Hammer Films, d’ailleurs, tellement je manque de références pour les films de cette époque. A noter que c’est l’unique film du studio anglais qui traîte de cette thématique, aussi surprenant que cela puisse paraître!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0060841/

Manhunter/Le Sixième Sens: Première adaptation de Dragon Rouge de Thomas Harris, ce troisième film de Michael Mann ne démérite pas à côté du mythique Le Silence des Agneaux, grâce à un joli casting (William Petersen, Tom Noonan, Brian Cox), une mise en scène, des lumières et une bande-originale aux petits oignons (le final sur In a gadda da vida, putain!). Subtile (le manichéisme n’est pas vraiment la tasse de thé du réalisateur et c’est tant mieux) et poisseuse à souhait, cette enquête opposant un profiler jusqu’au boutiste et une paire de serial killers machiavéliques (Cox campe un Hannibal Lecktor qu’on verra finalement peu mais qui marquera d’autant plus par son détachement quasi inhumain) vous tiendra en haleine tout au long de ses deux heures! Moins dans la surenchère visuelle que la trilogie qui suivra (Le Silence des Agneaux, Hannibal, Dragon Rouge) certes, mais au moins tout aussi fascinant de par l’ambivalence de son protagoniste et ses ambiances comme les eighties savaient si bien les faire!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0091474/

Panthéon: Hellraiser, Le Pacte (1987)

Hellraiser, Le Pacte (1987): Vous connaissez sans doute l’histoire, alors inutile de revenir longuement dessus: dans les 80’s, Clive Barker (que le public a découvert via ses recueils de nouvelles Book of Blood) obtient l’opportunité de réaliser l’adaptation d’une de ses propres nouvelles: The Hellbound Heart, publiée un an plus tôt. C’est alors le début d’une riche collaboration entre Barker et le cinéma de genre: Rawhead Rex, Cabal, Candyman (nouvelle « The Forbidden »), Le Maître des Illusions (« The Last Illusion »), Book of Blood (en 2009 puis 2020), The Midnight Meat Train, Dread… nombreuses seront ses oeuvres transposées sur grand écran.

Il faut dire aussi que l’écrivain anglais avait déjà trouvé un support de taille en la personne de Stephen King! Et ce premier opus d’Hellraiser est clairement une réussite sur tous les plans: visuel, inventivité, mise en scène… et même en terme de scénario et de BO (signée Christopher Young). Ce qui marque lors du premier visionnage, c’est évidemment une vision totalement novatrice et moderne dans sa façon d’aborder l’horreur au cinéma, comment l’Enfer (et ses gardiens) lui même peut s’immiscer dans notre quotidien. Abordant avec brio le duo si casse-gueule sexe et horreur, le métrage réussit le pari de rendre fascinant l’univers sado-masochiste et morbide des Cénobites (le titre originel du film était d’ailleurs « Sadomasochists from Beyond the Grave »), le tout avec un budget d’un peu moins d’un million de dollars. Evidemment, les effets spéciaux de Bob Keen y sont pour beaucoup (la lente résurrection de Frank fait toujours son petit effet) mais il faut tout de même avouer que pour une première réalisation, Barker s’en sort honorablement et propose un métrage très original qui va même plus loin que ses thématiques principales. Doug Bradley (ami personnel de Barker) y campe un Pinhead glaçant, rôle qu’il reprendra dans les sept films suivants de la saga, devenant immédiatement une des figures incontournables du cinéma d’horreur. Après ce revisionnage, il est clair que le métrage a bien vieilli et reste toujours aussi corrosif, malsain et dérangeant, sans doute car même s’il n’est pas avare en suggestions horrifiques, il reste tout de même dans une certaine sobriété. Non dénué d’humour (bien dosé), il nous propose un quasi huis clos qui prend le temps de développer ses personnages, notamment féminins (mention spéciale à Clare Higgins qui se démarque clairement du lot, même si Ashley Laurence n’est pas en reste), avec une certaine subtilité, ce qui lui permet de gommer sans mal ses quelques incohérences.

Un classique incontournable, unique et incroyablement mature qui gagnera le prix d’Avoriaz en 1988 et inspirera des suites de plus en plus navrantes (on sauvera tout de même Hellbound qui développera un peu la mythologie des Cénobites tout en restant dans la continuité de ce premier opus).

Pour les plus curieux d’entre vous, sachez qu’Alt236 y a consacré une vidéo entière il y a quelques années!

Note: Pépite

https://www.imdb.com/title/tt0093177/

Bisseries: Freddy sort de la nuit (1994), Deranged (1974)

Freddy sort de la nuit/Wes Craven’s New Nightmare: Dernier opus de la saga Les Griffes de la nuit (on oubliera volontairement le remake passable de 2010), Freddy sort de la nuit est un sympathique film méta sur le slasher, son booggeyman (relooké pour l’occasion), le rapport entre le créateur et son oeuvre,… Niveau frissons c’est franchement radin c’est sûr mais le retour d’une partie du casting de l’oeuvre originale (Englund, Langekamp, Saxon) et des acteurs majeurs de la saga chez New Line (Craven, Shaye, Risher) jouant leur propre rôle (les films dans les films/casser le quatrième mur étant un peu le dada de Craven à l’époque, comme avec Scream 3) apporte à ce film une fraîcheur bienvenue! Même si l’on peut regretter que ce côté méta ne soit pas suffisamment exploité jusqu’au bout! Autres défauts: Miko Hughes (Dylan) est juste insupportable (mais je suis de ceux qui pensent que les enfants et les films d’horreur font rarement une bonne association) et le rythme ne laisse pas vraiment le spectateur respirer! Jouant avec les strates de réalité (un bon moyen de susciter la paranoïa), inventif et visuellement réussi, cet opus, même s’il est bancal sur plusieurs points, conclue honorablement la saga dix ans après le premier film (et un bon paquet de navets) en nous faisant une vraie proposition cette fois ci! On en attendait pas moins de Craven…qui signera Scream dans la foulée ! Comme quoi, quoi que l’on pense de cet opus, il aura eu une certaine utilité!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0111686/?ref_=nv_sr_srsg_0

Une petite critique par Tortillapolis!

Deranged: Si 1974 reste en tête comme étant l’année de sortie de Massacre à la tronçonneuse, un autre film moins connu fait pourtant fort dans le glauque et l’immoral mais… tout autant inspiré par les méfaits d’Ed Gein! Totalement porté par l’interprétation magistrale et complexe de Roberts Blossom (proche d’un Joe Spinell dans Maniac, on rentre ici réellement dans la tête d’Ezra Cobb), Deranged va largement plus loin dans le malsain à mon goût (même si non exempt de traits d’humour noir) mais souffre hélas des défauts d’une production typée téléfilm, du « marketing » des seventies (le côté documentaire juste lourd) et de facilités scénaristiques (la fin relativement improbable)… Si vous aimez les rapports mère-fils fusionnels à la Psychose et la bonne ambiance des repas de famille à la Texas Chainsaw, ne cherchez plus, c’est ce film qu’il vous faut!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0071408/

Bisseries: Messiah of Evil (1973), L’Emmurée Vivante (1975)

Messiah of Evil: Entamé il y a des années, il était temps de ré-essayer celui ci! Il faut dire que le rythme du métrage rebute pas mal le spectateur non aguerri! Et finalement, on découvre un film avant gardiste et unique en bien des points! Côté points forts, l’ambiance cauchemardesque/lovecraftienne à souhait (façon Le Cauchemar d’Innsmouth), la variation moderne sur la thématique zombie (ou plutôt goule/vampire) des années avant le Zombie de Romero et évidemment les décors inquiétants comme jamais/jeux de lumière (Mario Bava n’est jamais loin). Côté plombs dans l’aile maintenant: le rythme sous laxatif donc, les personnages aux réactions lunaires (en particulier le trouple) et la bande-originale quelquefois à la ramasse. Un film fatalement inégal certes mais qui reste une véritable expérience cinématographique, tout en suggestions, avec de superbes passages hallucinés. Bref de l’épouvante vintage dans le sens noble du terme, à ranger sans forcer à côté d’un Carnival of Souls!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0071396/?ref_=nv_sr_srsg_0

L’Emmurée Vivante: Véritable pépite vintage et dernier giallo de ce cher Lucio Fulci avant de basculer dans sa période zombies 1979-1981 (L’Eventreur de New York étant plutôt un sympathique mélange de slasher et de giallo comme La Baie Sanglante de Bava ou encore Torso de Sergio Martino) qui se concentre totalement sur son scénario et son twist final (génial pour l’époque) au lieu de donner bêtement dans les codes du genre (sexe, violence, jeux de lumières,…). Dans celui ci, les notions de machination, de destin et de tragédie (propres aux gialli et aux thrillers) prennent tout leurs sens (Fulci aurait été passablement marqué par les travaux d’Antonioni), je ne vous en dirais pas plus! On appréciera au passage l’excellente prestation de Jennifer O’Neill (vue également dans Scanners) et la partition mémorable de Fabio Frizzi! Si vous devez vous faire un seul giallo du Monsieur, c’est celui ci, en gardant à l’esprit que ce n’est pas le plus graphique (même si la mise en scène vaut largement le coup d’oeil)!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0075614/?ref_=nm_flmg_dr_27

L’Envers du Culte: Les Yeux sans visage (1960), Ne vous retournez pas (1973)

Les Yeux sans visage: Classique incontournable de l’épouvante/fantastique vintage, ce métrage de Georges Franju a passablement vieilli, malgré sa sobriété et son esthétisme certains. Mais s’il reste empreint d’un certain classicisme pour nos yeux modernes et blasés, cette adaptation du roman de Jean Redon aura eu une influence avérée sur le cinéma de genre (pour n’en citer que deux: le Halloween originel ou encore l’excellent La Piel que habito) et a dû terrifier un bon nombre de spectateurs à l’époque (les scènes sanglantes ne nous sont pas épargnées et sont relativement efficaces/réalistes, en poussant un peu, on peut même y voir les prémisses du body-horror) au delà même de son script de départ, notamment avec cette relation père-fille malsaine à souhait (et que dire de celle avec sa secrétaire?). On pensera à la série des Frankenstein bien sûr mais aussi à Psychose sorti la même année. La fin est assez inattendue et sa poésie vous marquera au moins autant que le reste du métrage! Pour une des rares excursions françaises dans le cinéma d’épouvante (flirtant comme il faut avec le drame, au travers de ses personnages fouillées), on peut dire que c’était encourageant!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0053459/

Anecdotes:

Le masque du film (en latex, novateur pour l’époque) a été conçu par Georges Klein, responsable des effets spéciaux sur le Notre Dame de Paris de 1956 mais également par Charles-Henri Assola qui travaillera sur Moonraker et Possession (pépite hallucinée encore trop méconnue).

Le temps d’une scène, Pierre Brasseur (qui joue l’antagoniste du film) donne la réplique à son fils, un certain Claude, qui interprète ici l’assistant de l’inspecteur Parot.

Jess Franco s’inspirera du film pour L’Horrible Docteur Orlof et sa suite spirituelle, Les Prédateurs de la Nuit.

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Ne vous retournez pas: Puisqu’on parle de film sur le deuil (sous toutes ses formes), voyant revenir plusieurs fois ce drame (teinté de thriller et de fantastique) dans diverses listes et classements, la curiosité a été plus forte que tout! Au final, c’est surtout l’incompréhension qui gagne car le métrage accuse clairement le poids des nombreuses décennies, en plus de souffrir d’un gros souci de rythme. Narrant l’histoire d’un couple passablement fragilisé par la mort accidentelle de leur fille (opposant une femme assez crédule à un homme plutôt sceptique mais assailli de prémonitions) et mené par de redoutables acteurs (Julie Christie et Donald Sutherland), il se révèle finalement assez prévisible dans l’ensemble (seule la fin relève un peu le niveau) même si le suspense est admirablement entretenu. On aura en revanche rarement vu une Venise aussi glauque, autant par son aspect labyrintique, la photographie que par la descente aux enfers de ce couple ou la présence d’un tueur qui rôde dans les alentours. Le véritable tour de force de Ne vous retournez pas réside surtout dans cette de superposition croissante et alternée de réalité et de fantasmes, de passé et de présent, de visions et de doutes, rendant le quotidien de ce John Baxter aussi paranoïaque que le spectateur lui même! Pas très loin d’un De Palma ou d’un Polanski tout compte fait!

Note: Dispensable

https://www.imdb.com/title/tt0069995/

Anecdotes:

  1. Ce métrage est une adaptation de la nouvelle éponyme de Daphné du Maurier parue en 1971. Ce n’est pas la première fois que l’écrivaine est adapté sur grand écran: en effet les deux films d’Hitchcock: Rebecca et Les Oiseaux sont également issus de son oeuvre.
  2. Si le film a traversé par une influence hitchockienne évidente (la boucle est bouclée!), il a eu une influence sur des réalisateurs majeurs du genre: Dario Argento, Danny Boyle, Ari Aster, David Cronenberg,…
  3. La scène de sexe passionné au début du film a fait grand bruit et vaudra au film les foudres de la censure dans de nombreux pays.
  4. Les couleurs rouge et verte sont présentes dans la majorité des plans du film.

L’Envers du Culte: French Connection (1971), Marathon Man (1976)

French Connection: N’ayant finalement vu que L’Exorciste (un des rares classiques d’épouvante que je ne porte pas particulièrement dans mon coeur) de Mr Friedkin, il était grand temps de découvrir le tout aussi mythique French Connection, le film qui a propulsé la carrière de son réalisateur! Mise en scène ingénieuse et nerveuse héritée du documentaire (héritage particulièrement efficace dans les scènes de poursuites), ambiances new-yorkaises hivernales crades à souhait mais réalistes (dealers et dopes à tous les coins de rue, bâtiments désaffectés,…), policiers désabusés, brutaux et obsessionnels magistralement interprétés par Gene Hackman et Roy Scheider (les seconds rôles sont tout aussi excellents), enquête aux allures de descente aux enfers… on comprend facilement pourquoi le film a fait date! Le tout évidemment inspiré du réseau du même nom (et du duo de vrais flics Sonny Grosso et Eddie Egan qui font une apparition dans le film) comme il est décrit dans le roman de Robin Moore! Sachant que je porte un culte à Taxi Driver pour un univers tout aussi poisseux, quelle claque j’ai pris! Alors, allez vite voir ou revoir ce chef d’oeuvre nom de Dieu!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0067116/

Anecdotes:

  1. Les scènes du film ont été tournées à New-York et en Provence (Marseille, Cassis).
  2. William Friedkin a voulu être le plus fidèle possible à l’enquête sur le réseau d’héroïne, ce qui contribue à la force du film. Hackman et Scheider ont d’ailleurs assisté le vrai duo de policiers pendant un mois pour rentrer totalement dans la peau de leurs personnages.
  3. Gene Hackman n’était pas le premier choix du réalisateur pour incarner James « Popeye » Doyle. Paul Newman, James Caan, Charles Bronson, Steve McQueen et bien d’autres encore furent approchés.
  4. Friedkin a dû faire preuve d’ingéniosité sur le tournage (à la fois pour ne pas exploser son budget et parce que l’équipe n’avait pas toujours les permissions de filmer): caméra embarquée dans une voiture, caméraman placé dans un fauteuil roulant (pour remplacer une dolly cam),…
  5. Peu de scènes étaient scriptées avant le jour du tournage, beaucoup ont été improvisées en arrivant sur place.

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Marathon Man: Alors, je vais être honnête avec vous, même si je n’ai pas passé un sale moment avec ce Marathon Man, je dois bien avouer qu’au moment d’écrire ces lignes (des années après donc), je n’en ai plus grand souvenir (ce qui est rarement bon signe quand même)… même si à la relecture de mes notes, j’étais plutôt dithyrambique après le visionnage. Il faut bien avouer que le métrage de John Schlesinger accuse le poids des décennies désormais, à commencer par sa durée, son scénario et ses personnages pas très fins. Reconnaissons lui quand même les qualités d’un thriller politique/à conspiration particulièrement poisseux et plutôt bien interprété (bien que pas fan de Dustin Hoffman de façon générale), gérant bien son suspense mais voilà… beaucoup de thrillers de la même trempe sont sortis depuis et il faut bien reconnaître que cette adaptation du roman de William Goldman n’est pas/plus dans le haut du panier désormais!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0074860/

Anecdotes:

  1. Laurence Olivier était gravement malade au moment du tournage mais a accepté le rôle du Dr Szell (passablement inspiré par Josef Mengele) pour mettre sa famille a l’abri financièrement. Sa prestation lui a valu une nomination aux Oscars, qu’il pu savourer, remis de son cancer de l’époque.
  2. Il s’agit d’un des tout premiers films utilisant la steadicam.
  3. Hoffman se mit à pratiquer régulièrement la course à pied, pour mieux appréhender son personnage.
  4. Plusieurs scènes violentes ont été raccourcies voire coupées, après que le public s’en soit plaint après une projection test.
  5. Si Laurence Olivier joue ici un ancien nazi, il a aussi joué à l’inverse un chasseur de nazi dans Ces Garçons qui venaient du Brésil sorti deux ans plus tard.

Bisseries: Halloween 3 (1982), Réincarnations (1981)

Halloween 3 (Le Sang du Sorcier): Vous connaissez certainement le contexte, Halloween 3 a constitué une tentative de faire de la saga une anthologie autour de la fête d’Halloween (à l’origine la fête celtique de Samhain), Carpenter refusant de réaliser une suite mais voulant tout de même garder une oeil sur son bébé en tant que producteur. Les fans, déçus de ne pas y retrouver Michael Myers et du gore à gogo, bouderont le film et on repartira sur des bases plus classiques dès le quatrième opus. Depuis sa sortie, le métrage a heureusement trouvé son lot de défenseurs. Ayant découvert ce métrage tout jeune, j’avoue que pour moi aussi, l’incompréhension fut grande de ne pas apercevoir The Shape de tout le métrage… Il était donc temps de le redécouvrir car son ambiance poisseuse (finalement assez proche de l’univers de Big John) me hantait toujours!

Et j’ai eu du nez: Le Sang du Sorcier se révèle un bon film bis, plein de qualités comme on les aime! Réalisé par Tommy Lee Wallace (ami de longue date de Carpenter et habitué du genre horrifique), à mi chemin entre Mondwest, Invasion Los Angeles, Twin Peaks et Soleil Vert (oui, rien que ça), ce troisième opus narre l’enquête d’un médecin (Tom Atkins, vu dans Fog, New York 1997, Maniac Cop,…) sur un mystérieux assassinat…ce qui le conduira à découvrir une machination de grande envergure dans une ville sans histoire. Conspiration dont l’échéance est fixée…le soir même d’Halloween! Bien rythmé, avec une mise en scène correcte, mélangeant habilement les genres (thriller, SF et épouvante…ça ne vous rappelle rien?) et doté de FX parfois proches du body horror (même si fatalement datés), ce troisième opus se laisse suivre sans mal pour peu qu’on rentre dans cette histoire classique en apparence (peut être son vrai point faible, avec une certaine avarice en scènes chocs et une romance inutile mais tellement récurrente à l’époque) et qu’on abandonne l’idée de voir un slasher. On appréciera aussi le nouveau thème musical (Carpenter himself), le folklore autour d’Halloween et ses racines celtes (même si on évite pas les sempiternels clichés merdiques sur le paganisme), la réflexion sur la propagande médiatique et le consumérisme, le sacrifice décomplexé de gamins ou encore une fin…mmh idéale? Une critique et un fatalisme chers à Carpenter, je vous disais! Bref, avec autant de bonnes idées, on ne peut donc que saluer cette tentative (par moments une peu bancale, c’est vrai) de renouveller la saga qui avait déjà fait le tour de sa propre histoire en deux films (rappelons que Myers meurt à la fin du second opus). Même si l’histoire en a hélas décidé autrement…pour les inconditionnels du premier volet dont je suis!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0085636/?ref_=nm_knf_i1

Réincarnations: Toujours dans la veine des séries B ayant eu leur petit succès, Réincarnations/Dead & Buried de Gary Sherman (Poltergeist 3) est plutôt bien côté. A raison car question rythme et scènes macabres montrées frontalement, ça vaut largement le coup d’oeil! Robert Englund y incarne un petit rôle et pas mal de coïncidences laissent à penser que le film a très probablement inspiré Wes Craven pour Les Griffes de la Nuit. Toute l’enquête sur fond de sorcellerie/conspiration dans un petit village rappellera tour à tour des classiques comme Twin Peaks, Le Locataire, Vaudou (car oui, Réincarnation est bien une variation originale sur la figure du mort-vivant), The Wicker Man…et ça, on ne va pas se le cacher, ça fait toujours plaisir! Question twists, le métrage tient la route même si on a vu plus original. De belles idées, de bons acteurs et de jolis maquillages (Stan Witson entre autres) à retenir en tout cas! Notons aussi que c’est Dan O’Bannon (faut il encore le présenter?) et Ronald Shusett (son compère sur Alien, Total Recall) au scénario, autant dire de sacrés arguments de vente! Qu’est ce que vous attendez pour aller le découvrir?

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0082242/?ref_=nv_sr_srsg_0

A l’affiche: Halloween Kills (2021), Last Night in Soho (2021)

Halloween Kills: Vous savez ce qui est le pire quand on chronique un film? De constater que son originalité ne paye pas! C’est complètement le cas avec ce second opus du nouveau reboot de la franchise qui tente timidement de se sortir du (très codifié) carcan slasher pour une horreur plus cérébrale mais sans jamais parvenir à être intéressant pour autant. Le défi est tout de même de taille: faire bouger les fondations d’une saga vieille de plus de quarante ans et « riche » de désormais treize films (par décence, on ne précisera pas que plus de la moitié sont de purs navets infâmes), il faut oser! Suite directe au Halloween de 2018 donc, ce métrage nous présente hélas… trop de personnages (peu attachants, sinon ce n’est pas drôle), trop de clins d’oeils au film originel (qui, s’ils étaient appréciables dans l’opus précédent, font juste quota de fan service obligatoire ici) et un scénario trop foutraque (trop de dialogues, trop de second degré par moments, trop de volonté d’expliquer le lore à tout prix). Laurie Strode et Michael Myers sont quasi absents du récit…un comble! Je me suis moi même demandé à plusieurs reprises si je ne m’étais pas trompé de salle vu à quel point ce Halloween Kills prend le contre-pied de son aîné (Gordon Green est pourtant toujours au scénario et à la réalisation). Les scènes de meurtre sont mal réparties et de toute façon trop peu intéressantes dans leur ensemble. Reste quelques jolis plans faisant le lien avec le film originel et cette réflexion sur la violence, la vengeance, la peur, le trauma…mais qui prend tellement de place dans ce film/qui est exploitée avec si peu de subtilité que ça en devient vomitif! L’envie de briser des codes est louable mais pas quand le métrage semble partir dans tous les sens, c’est qu’il y a un sérieux souci. A oublier très vite!

Note: Dispensable

https://www.imdb.com/title/tt10665338/

Last Night in Soho: Le dernier film d’Edgar Wright est, à contrario, un film dont je n’attendais rien (n’étant pas adepte de sa trilogie Cornetto) et qui se révèle une bonne surprise. Il est vrai que pendant un bon tiers, on se demande où le réalisateur veut réellement nous emmener. Mais les deux actrices principales, Thomasin McKenzie et Anya Taylor-Joy crèvent tellement l’écran qu’on se plaît facilement à suivre leurs déambulations. On a aussi le bonheur de retrouver l’excellente Diana Rigg dans ce qui sera hélas son dernier rôle… L’autre gros point fort du film, c’est sa mise en scène et son atmosphère (particulièrement son travail sur les lumières, à rapprocher d’un The Neon Demon, par exemple), entre thriller paranoïaque, fantastique et un soupçon de giallo. Le rendu vintage des sixties est lui aussi réussi, tout comme l’OST. Hormis une fin facile/prévisible et quelques clichés évitables, Last Night in Soho scotchera aisément le spectateur avec ses deux récits entremêlées (distillant le doute sans jamais tomber dans le poussif), ponctuées de second degré et d’apparitions cauchemardesques du plus bel effet! Sans tutoyer la perfection pour autant, une belle expérience cinématographique dans tous les cas!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt9639470/

A l’affiche: Possessor (2020), Dune (2021)

Possessor: Je ne sais pas ce qui m’a le plus dérangé dans ce second film de Brandon Cronenberg (fils de David, oui). L’ambiance froide et une trop grande proximité thématique (à savoir ici un concept liant nouvelles technologies et corps humains, parasites et hôtes, à mi chemin entre Inception, Existenz et Black Mirror, paranoïa et traumas en prime) avec celles de son géniteur? Le rythme, bien trop lent par moments? Le scénario un peu flou qui perd le spectateur plus que de raison? Le propos faiblard et timoré du métrage alors que Papounet et ses réflexions avant gardistes sur l’humain et la modernité rendaient n’importe quelle histoire (même la plus naze) un minimum fascinante à explorer? Le tout reste quand même intéressant, grâce à une mise en scène, un montage et des effets spéciaux plus que corrects, avec un surplus de violence qui manque cruellement à Cronenberg senior sur ses derniers films. Possessor est avant tout une expérience sensorielle (c’est ce qu’on souhaite quand on prononce le nom Cronenberg, non?), à mi chemin entre SF, thriller et horreur mais manque quand même fatalement de personnalité!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt5918982/?ref_=nv_sr_srsg_0

Dune: Après nous avoir fait mariner pendant près d’un an, Dune se révèle t il un bon blockbuster? Villeneuve a t il réussi à s’approprier un pan mythique de la SF comme il l’avait fait avec Blade Runner 2049? Oui, mille fois oui! Visuellement la claque est magistrale (en même temps c’est Denis Villeneuve), magnifiée par la BO d’Hans Zimmer (quoi que criarde par moments). Dépaysant, prenant, bien rythmé, si tous les blockbusters pouvaient en faire autant, on verrait sans doute d’un autre oeil la standardisation du cinéma actuel à la sauce MCU/Star Wars! Le tout avec un choix audacieux d’acteurs relativement peu (Chalamet, Zendaya) ou moyennement connus (Ferguson, Isaac) tandis que les « stars » sont relayés aux seconds rôles (Momoa, Bardem, Skarsgard, Brolin, Rampling,…). Alors, oui, on pourra toujours pinailler que même si Villeneuve est un adepte du roman originel et que cela se ressent par moments, le film manque un poil de personnalité: un désert finalement peu hostile aux protagonistes (qui auraient mérité un peu plus d’approfondissement), un manichéisme prononcé et une dimension spirituelle et politique peu présente (délaissée au profit d’une future romance et d’un propos pas très fin sur le destin) mais ne boudons pas notre plaisir, vu l’exercice casse-gueule que c’était! N’ayant vu que l’incroyable Jodorowsky’s Dune et ne connaissant pas plus que ça le bouquin de Herbert, je n’irai pas plus loin dans l’analyse!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt1160419/?ref_=nm_flmg_dr_5

Bisseries: Le Blob (1988), Vendredi 13, Chapitre Final (1984)

Le Blob: Remake très énervé du déjà solide Danger Planétaire (avec Steve McQueen), Le Blob est un petit joyau de comédie SF/horreur des années 80. Les effets spéciaux et maquillages sont excellents (même si les incrustations commencent à vieillir, forcément), dignes du body horror le plus assumé (façon The Thing, La Mouche, Society) avec un soupçon de Body Snatchers (premier du nom). L’humour fait mouche sans être too much ni verser dans les clichés absolus (on est encore loin du teenage horror). Par exemple, Chuck Russell (Les Griffes de la Nuit 3, The Mask, Le Roi Scorpion) n’hésite pas à faire mourir des personnages importants et totalement innocents dès le début du film, c’est dire si le métrage possède quand même sa patte propre. La créature, à l’instar des boogeymen des slashers isolent les protagonistes (dont se soucient bien peu leurs parents) en s’en prenant en priorité aux figures d’autorité. Inventif, efficace, cela fait longtemps que ce film me faisait de l’oeil mais je n’avais jamais pensé qu’il versait à ce point là dans le jusqu’au boutisme tout en jouant avec les codes du genre (que Russell a parfaitement digéré). Le casting est porté par Kevin Dillon (The Doors) et Shawnee Smith (saga Saw), rempli de rôles secondaires que vous avez sûrement déjà vu quelque part (Jeffrey DeMunn, Candy Clark, Jack Nance,…). Oh et c’est Darabond au scénario (plusieurs passages rappellent d’ailleurs The Mist), ceci expliquant sans doute cela! Un film bien rythmé qui crie son amour et sa nostalgie des films bis des années 50/60, putain ça fait du bien!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0094761/

Vendredi 13, Chapitre Final: Comme il ne faut pas abandonner, j’ai décidé de regarder ce qui semble être… le meilleur film de la première quadrilogie (avec un second degré modéré donc). Et on ne m’y reprendra plus, ce Chapitre Final condense hélas… toujours autant le pire des clichés de l’horreur 80’s à mon goût: meurtres répétitifs et express sans montée de tension préalable, personnages incohérents, insupportables et obsédés par le sexe (autant dire que celui de Tommy Jarvis -qui reviendra dans les deux opus suivants- sort forcément du lot), scénario prévisible comme pas deux,… Quand Carpenter débarrassait son premier Halloween de toute logique humaine pour suggérer que The Shape était une pure incarnation du mal (logique fantastique), toute la saga Vendredi 13 semble s’en servir pour pallier à la maigre qualité de ses synopsis (pourquoi Jason attend d’être dans un caisson mortuaire pour revenir à la vie, nous ne le saurons jamais)… Vraiment navrant! On voit d’ailleurs bien peu Jason dans cet opus (plus brutal certes mais toujours aussi inintéressant quand on cherche un film qui va au delà du simple divertissement) malgré une introduction pleine de flashbacks des épisodes précédents et un départ sur les chapeaux de roues qui laissaient supposer un slasher honnête. Il n’en sera rien. On sauvera quand même de justesse cet opus pour la mise en scène de Joseph Zito (The Prowler, rappelez vous), la superbe photo de João Fernandes et les décors splendides de Shelton H. Bishop. Cette saga mérite décidement sa réputation: bas du front et fière de l’être… A noter aussi que Tom Savini est revenu aux maquillages!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0087298/