Bisseries: Le Locataire (1976), Invisible Man (2020)

Le Locataire: Adaptation du roman « Le Locataire chimérique » de Roland Topor (dont on retrouve ici le ton cynique et kafkaïen) clotûrant la trilogie des appartements maudits (après Répulsion et Rosemary’s Baby donc), Le Locataire est encore une fois un exemple de la maîtrise du polonais (ici réalisateur et personnage principal) dans ses thématiques de prédilection: ambiance malsaine et cauchemardesque, pression sociale, complots, maladies psychiques diverses (notamment la paranoïa et la schizophrénie… autant dire que Lynch et Cronenberg ne sont pas très loin). L’appartement du protagoniste, reflet de sa psyché, jouant encore une fois le rôle de catalyseur avant l’explosion finale, à savoir ici: le dédoublement. Ce huis clos total rondement mené par un beau casting (Adjani mais surtout une ribambelle de trognes que n’aurait pas renié un Jeunet période Delicatessen) est toutefois non exempt d’humour (les plus observateurs auront repéré la présence de trois figures du Splendid dans les seconds rôles). Grâce à un scénario bien ficelé (sujet à de multiples interprétations, allant bien au delà du rapport à l’autre), une bande son et une mise en scène au poil (absolument géniale dans les moments de panique du héros), le métrage offre un bon potentiel de revisionnage et a dû être un sacré OVNI au moment de sa sortie!

Pour justement aller plus loin: https://www.youtube.com/watch?v=N7T-0IRLaZU

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0074811/

Invisible Man: Dans le registre des thrillers moyens aux idées originales, je demande Invisible Man! Leigh Whannell (connu pour ses scénarios dans les différentes sagas de James Wan) signe là un thriller psychologique (plus que véritablement horrifique) prenant, plutôt contemplatif avec de bons rebondissements (même si parfois un peu too much, j’en conviens) et dont le pitch de départ (une femme se retrouve harcelé par son ex-mari toxique, prétendument mort, qui a trouvé le moyen de devenir invisible) offre de belles occasions de renouveller et de jouer avec les codes du genre! L’ambiance paranoïaque est véritablement réussie (l’invisibilité comme métaphore un poil grossière des conséquences de violences physiques/psychiques, chantage et harcèlement), portée par une Elisabeth Moss inspirée et une mise en scène/visuel solide fincherien à souhait (à l’instar de l’appartement carcéral du « couple », prouesse d’architecture minimaliste). Et surtout, le concept de départ est respecté tout au long du métrage, ne perd pas de sa force sur la longueur et n’est pas un simple prétexte pour nous offrir un énième film à suspense interchangeable. A noter que le nom du mari « Adrian Griffin » est évidemment un clin d’oeil au personnage de l’Homme invisible écrit par H.G. Wells (dont ce film est une adaptation originale).

PS: Je vois que beaucoup de critiques ont vu dans cette oeuvre une énième charge contre le patriarcat blanc (une névrose très actuelle et fort pratique pour généraliser et éviter de balayer devant sa porte… pensez à aller consulter quand même), même si ça reste en filigrane, c’est plutôt mesuré ici. En tout cas rien qui n’empêche de voir le film jusqu’au bout.

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt1051906/

A l’affiche: Malignant (2021)

Mais alors qu’en est il du dernier James Wan? Hé bien, disons le d’emblée, c’est une demie bonne surprise, présentant quand même de belles idées (comme l’était Conjuring 2 en terme de mécaniques horrifiques). Loin d’un slasher de bas étage (ce thriller horrifique se permet même une montée en puissance au fil des twists) mais souffrant tout de même de défauts propres au genre (le moment de la cellule féminine restant un summum du malaise en termes de stéréotypes, montage et OST parfois à la ramasse). La meilleure trouvaille reste évidemment son concept de départ (un brin poussif puisque totalement bisseux dans l’esprit), que n’aurait pas renié un certain canadien! Les effets spéciaux de la créature sont en revanche bien moches…ce qui dénote avec le visuel général, joliment léché (on pensera plusieurs fois au giallo). La mise en scène, point fort de Wan, est toujours aussi efficace, dans les moments de terreur comme les scènes d’action. Quand aux acteurs, loin des têtes d’affiche habituelles, ils s’en sortent correctement, Annabelle Wallis en tête (vue, entre autres, dans l’infâme Annabelle). Bref, comme toujours, on s’emmerde rarement avec Wan (enfin… sauf pour la franchise Insidious), qui se permet (comme souvent) de saupoudrer son métrage de quelques traits d’humour! Et pour le coup, Malignant est vraiment le reflet de l’expérience du bonhomme qui, au travers de ce métrage et ses multiples influences/références, propose quelque chose d’un peu original! Et ça, on apprécie, même si ça ne fait pas toujours mouche!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt3811906/?ref_=fn_al_tt_1

Bisseries: Maps to the stars (2014), Le Commando des morts-vivants (1977)

Maps to the stars: Cosmopolis (dont ce métrage n’est pas très éloigné thématiquement) étant sans l’ombre d’un doute ma pire expérience en salles (vous savez ce genre de films où vous vous demandez ce qui vous retient de partir en plein milieu), j’ai bien traîné pour découvrir le dernier Cronenberg en date! Et…ma foi, celui ci est assez intéressant! Bien sûr, c’est à des années lumières du Cronenberg d’antan et de sa body horror frontale mais Maps poursuit finalement l’évolution logique de son cinéma depuis M.Butterfly/Crash. L’ « horreur » cérébrale c’est bien aussi, de temps en temps!

Ce film c’est évidemment une satire du microcosme hollywoodien et de ceux qui le font vivre, enfants comme adultes, avec le lot de saloperies qui vont avec: névroses, traumas, excès, mesquineries, relations d’intérêt,… Son jumeau Cosmopolis proposait, à sa…façon, un regard acéré sur nos sociétés modernes, dont l’humanité semble de plus en plus absente quand elle n’est pas purement broyée. Ici c’est le cocon familial qui trinque sévère! A ce petit jeu là, le casting s’en sort bien (Moore et Wasikowska en tête). Le centre du récit, lui, est constitué de deux histoires qui s’entrecroisent au travers d’un truculent personnage jusqu’à la tragédie finale où on arrivera à y voir un peu plus clair. Et c’est particulièrement sur cet aspect que le canadien se montre le plus intéressant: dans le jeu de pistes, les sous-entendus, les répercussions temporelles, le symbolisme,… Le tout teinté de fantastique et d’humour absurde comme dans un bon Lynch (période Mulholland Drive, forcément) ou même un métrage des frères Cohen. Mieux rythmé, moins verbeux que son prédécesseur, Maps peut dérouter mais il ne laisse pas le spectateur en chemin. Si la mise en scène est devenue propre, c’est n’est qu’en apparence et c’est pour mieux mettre à nu les monstres du quotidien. Point d’individu qui mute et menace la société (encore que) mais une société en mutation qui finit par créer ses propres freaks, qui par manque d’alternative, finissent fatalement par se vampiriser entre eux. Je sais que le métrage a rebuté pas mal de monde lors de sa sortie (pour les raisons citées plus haut mais aussi pour un manque certain de subtilité et des FX déjà datés) mais ça se regarde largement, même si on a bien évidemment conscience qu’on aura pas droit à grand chose de novateur!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt2172584/

Le Commando des morts-vivants/Shock Waves: Horreur marine en plein jour, surfant sur le mythe de l’ésotérisme SS mais également variation sur la thématique zombie (ici les créatures peuvent survivre sous l’eau), l’île maudite et le vaisseau fantôme, ce Shock Waves déborde d’idées originales mais mal exploitées à mon goût! La faute certainement au budget de 150 000 dollars (même si les effets spéciaux sont réussis) et aux conditions de tournage visiblement exécrables. Le rythme général et les acteurs (Caradine senior, Brooke Adams et Peter Cushing pour les plus connus) contrebalancent largement le problème. Loin d’être un nanar comme j’ai pu le lire à maintes reprises, le métrage se permet même de détourner les codes de l’horreur avec un hôte finalement bien plus accueillant qu’il en a l’air! Il est clair que niveau ambiance, on est plus proche du film d’aventure que de l’épouvante pure (ne vous attendez pas à du gore), sorte de Zombi 2 sans l’aspect craspect! Etonnant!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0076704/

L’Envers du Culte: Total Recall (1990), Au dela du réel (1980)

Total Recall: Une éternité que je n’avais pas vu celui ci! Adaptation d’une nouvelle de l’incontournable Philippe K.Dick, Total Recall, au delà de présenter les thématiques habituelles du hollandais (violence, ambiguité, exagération) est surtout marquant de par ses FX/décors réussis (qui ont plutôt bien vieillis) et sa thématique sur l’identité qui fait craindre un twist à chaque instant. Même si je n’aurai pas forcément choisir Schwarzy (initiateur principal du projet après que Dino De Laurentiis ait abandonné) pour le rôle principal (Michael Ironside et Sharon Stone régalent suffisement pour compenser), la seule véritable ombre au tableau est son côté prévisible. Le scénario de ce côté là est par moments aussi original qu’un film d’action de série B. Dommage! Un film au propos social qui a eu son important dans l’univers SF futuriste/cyberpunk dans tous les cas (pas si fréquent au cinéma l’air de rien).

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0100802/

Anecdotes:

  1. Cette adapation est un vieux projet datant des années 1970… une de ses versions donnera finalement… le script d’Alien! Cronenberg travaillera sur une autre version au milieu des années 1980 avant d’abandonner pour tourner La Mouche. Le scénario connaîtra ainsi plus de 40 moutures!
  2. Le tournage s’est déroulé à Mexico et dans le Nevada.
  3. Certains éléments sont inspirés de The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy de Douglas Adams.

Au Delà du Réel/Altered States: Comme il ne faut pas rester sur une mauvaise impression, je me suis lancé dans cet autre métrage culte de Ken Russell qui me faisait envie depuis longtemps! Et le réalisateur a réussi à me toucher beaucoup plus dans celui ci (comment ça, ce n’est pas difficile?), malgré un univers particulier bien à lui (cet amour du kitsch et d’un certain mauvais goût qui peut en décourager certains… on ne pourra d’ailleurs que constater que le film a d’ailleurs passablement vieilli)! Mais… avec des passages hallucinés du plus bel effet, rappellant le meilleur de Jodorowsky mais aussi les mutations corporelles de l’ami Cronenberg, Au Delà du Réel possède deux grandes forces: un scénario alléchant, à la fois fort et original (une quête du savoir originel adaptée de la nouvelle de Paddy Chayefsky qui n’est pas sans rappeller un certain Dr Jekyll & Mr Hyde) et les solides interprétations du duo William Hurt/Blair Brown qui portent le film. Autrement, ça part un peu dans tous les sens: SF, drame, fantastique, métaphysique, épouvante, surréalisme,… mais ça reste suffisamment intrigant pour se regarder jusqu’au bout! Le gros problème est finalement le rythme: c’est long, lent et par moments… carrément verbeux (voire culcul comme pour la fin)! On ne pourra pas reprocher à son réalisateur d’être resté en terrain connu en tout cas! Une véritable expérience cinématographique!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0080360/

Anecdotes:

  1. La direction du film a été proposée à beaucoup de beau monde: on parle de Spielberg, Kubrick, Pollack, Wise, Welles (la flemme de mettre les liens, débrouillez vous!)… mais c’est finalement Arthur Penn qui sera choisi… dans un premier temps!
  2. La collaboration entre Russell (régulièrement ivre sur le plateau) et Chayefsky (qui mourra peu de temps après la sortie du film) a été tellement conflictuelle pendant le tournage que ce dernier n’apparaît que sous pseudonyme pendant le générique (« Sidney Aaron »). Russell deviendra d’ailleurs peu après persona non grata à Hollywood (Altered States est son premier film américain) et devra revenir en Angleterre quelques années plus tard.
  3. Ce film marque les débuts au cinéma de William Hurt et Drew Barrymore. C’est également un des premiers métrages à utiliser des effets spéciaux numériques.
  4. Le film s’inspire des expériences scientifiques de John C. Lilly, l’inventeur du caisson d’isolaton (entre autres).
  5. John Dykstra, spécialiste des effets spéciaux, quitta le tournage peu après Arthur Penn et c’est Bran Ferren qui prendra sa suite… avec un budget amoindri!

A l’affiche: Méandre (2020), Conjuring 3: Sous l’emprise du Diable (2021)

Méandre: Au lieu d’aller voir Adieu les cons, ma curiosité m’a poussé à aller voir le film de Mathieu Duri qui fait pas mal parler de lui en ce moment. Il faut dire aussi que Méandre regorge de bonnes idées! Si le pitch minimaliste et le huit clos non consenti font immédiatement penser à Cube/Saw (le film sera finalement plus proche du premier), l’ambiance survival claustro (réussie) à The Descent, le métrage ne se repose pas sur la réputation de ses aînés mais offre de vraies performances. Celle de Gaia Weiss bien sûr, d’une mise en scène/rythme/univers réussis (malgré des moyens limités) et surtout un sous-texte psychologique bienvenue et pas si commun dans le cinéma de genre (le dépassement comme métaphore du deuil). Quelques clins d’oeil aux films de genre sont évidemment de la partie (Alien, Phantasm). Une jolie suprise!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt5752192/

Conjuring 3: Sous l’emprise du diable: Alors autant le second opus m’avait mis une mandale magistrale (dans sa gestion de la tension surtout), autant celui ci est le moins mémorable de la série (hors spin-off, on est pas maso non plus), la faute surtout à un montage aux fraises et une direction plus « thriller » pas forcément pertinente. Résultat: la tension est aux abonnés absente et les insupportables jumpscares secondés par des musiques au volume max n’y feront rien, bien au contraire. J’ai même clairement mis du temps à rentrer dans le film. Il faut dire que Wan n’est plus derrière la caméra ce coup ci et ça sent! Autrement le visuel et le jeu d’acteur (Wilson et Farmiga surtout) se tiennent mais voilà, le mal est déjà fait!

Note: Dispensable

https://www.imdb.com/title/tt7069210/

L’Envers du Culte: Les Diables (1971), L’Heure du Loup (1968)

Les Diables: Film culte (inspiré d’un récit historique réel que relatera Aldous Huxley dans Les Diables de Loudun) qui s’avère être une énorme farce au vu du (sur)jeu d’acteurs, de son scénario, de son montage et même de sa BO tellement excessifs ou à la ramasse (mais jamais dans l’entre-deux et c’est bien tout le problème) qu’ils semblent pondus sous acide, façon Jodorowsky ou Gilliam mais sans leur génie. On connaît le goût habituel de Ken Russell pour le mauvais goût, le surréalisme et la provocation mais là, les potards du grotesque ne sont pas loin d’exploser… Même Oliver Reed, souvent génial dans des rôles flamboyants, fait office de petit joueur… Alors oui, on saisit bien le propos à charge contre le rigorisme/fanatisme religieux, la frustration sexuelle, la noblesse et les abus de pouvoir en général mais honnêtement, n’était il pas possible de proposer quelque chose de plus fin, sans se vautrer dans des clichés provocateurs ridicules au point de décrédibiliser totalement ses personnages et son récit? C’est pas comme si Ken Russell était un manchot total non plus… Le métrage a au moins eu le mérite de m’arracher des rires nerveux devant le n’importe quoi ambiant et constant… J’imagine que c’est déjà énorme! Ceci dit, tout n’est pas à jeter, à commencer par quelques séquences inspirées (cf photo du dessous), les décors et les costumes foutrement réussis! Historiquement, ce film fait partie des débuts de la nunsploitation mais franchement, quelle corvée les amis!

Note: Dispensable

https://www.imdb.com/title/tt0066993/

Anecdotes:

  1. Le film s’inspire également de la pièce de théâtre du même nom de John Whiting et de La possession de Loudun de Michel de Certeau.
  2. Certains éléments modernes (et donc anachroniques) ont été volontairement intégrés au récit par Russell.
  3. Ce film a fait grand bruit au moment de sa sortie de par son caractère violent et sexuel, malgré le montage final éliminant les scènes les plus sulfureuses. Il faudra attendre 30 ans pour qu’une version director’s cut soit disponible, la Warner faisant volontairement opposition à cela.
  4. Les films Metropolis et La Passion de Jeanne d’Arc ont eu une grande influence sur les décors et les costumes.

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L’Heure du Loup: Depuis le temps, il fallait quand même bien découvrir Ingmar Bergman! Surtout qu’au vu de son univers, ça avait beaucoup de chances de me parler! Et effectivement, ce fut une très belle découverte. Déjà, le noir et blanc est magnifique ici, l’ambiance oppressante à mi chemin entre drame et fantastique que ne renieraient pas des Lars Von Trier (Antichrist surtout) ou (et c’est bien plus évident) des Lynch. Les acteurs principaux Max Von Sydow et Liv Ullmann (qui collaboreront plusieurs fois avec le réalisateur) sont totalement habités par leur rôle. Enfin, c’est surtout un film qui laisse court à l’interprétation du spectateur, ce qui est toujours appréciable. L’Heure du Loup est il un film sur l’angoisse de la paternité, les mensonges au sein d’un couple, les fantasmes et la tentation adultère, les troubles identitaires, la dévotion extrême d’une femme menant à l’isolement social? Les occupants du château sont ils seulement réels ou purement dans l’imagination/souvenirs du peintre torturé? D’ailleurs ce peintre… et si c’était l’alter-ego de Bergman lui même (qui sortait alors d’une liaison avec Ullman)? Libre à vous d’y adhérer ou pas. Ce qui est sûr, c’est qu’on replongera avec grand plaisir dans cet univers réaliste et minimaliste (très peu de musique dans celui ci… le Dogme 95 n’a finalement rien inventé) qui, grâce à de fascinantes étrangetés avant-gardistes… fait beaucoup avec peu!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0063759/

Anecdotes:

  1. Le film s’inspire aussi bien des propres cauchemars du réalisateur, que de La Flûte Enchantée ou encore des récits gothiques de Ernst Theodor Wilhelm Hoffmann (particulièrement sa nouvelle « The Golden Pot »).
  2. Le premier jet de ce film se nommait « Les Cannibales » mais fut temporairement abandonné pour réaliser Persona (avec lequel L’Heure du Loup partage des thématiques communes).
  3. Ce métrage est un des films favoris d’Andrei Tarkovsky.

L’Envers du Culte: Le Voyeur (1960), Vendredi 13 (1980)

Peeping Tom/Le Voyeur: Film matriciel s’il en est, offrant entre autres des vues subjectives du plus bel effet, on comprend aisément pourquoi et comment Peeping Tom a inspiré des films de psycho-killers tous plus malsains les uns que les autres: gialli, slashers, snuff movies! Souvent comparé à son jumeau Psychose (qui aura l’avantage d’une meilleure mise en scène -encore que- mais surtout d’un réalisateur plus renommé… chez qui Powell a plusieurs fois opéré d’ailleurs), le film de Michael Powell va pourtant plus loin dans ses thématiques, notamment en rentrant totalement dans la psyché de son antihéros et en l’humanisant via sa relation impossible avec sa voisine Helen Stephens (Anna Massey que l’on retrouvera dans Frenzy), ce qui donne un côté drame shakespearien bienvenue. Obsédé (voire totalement dépendant) par le « pouvoir » des caméras (d’où un côté « méta » sur le cinéma, qu’on retrouvera plus tard chez Antonioni, De Palma ou encore Haneke), s’adonnant à des délires de grandeur, miné par des traumas enfantins, les tueries de Mark Lewis (magnifique Karlheinz Böhm) ne peuvent que mal finir mais le métrage réussit à nous tenir en haleine tout du long, jusqu’au puissant climax final. Mieux, Lewis nous entraîne avec lui! Le film, original, brillant, dense et qui mérite amplement d’être (re)découvert, fera couler beaucoup d’encre à sa sortie, sera sévèrement charcuté au montage et sera distribué quasi clandestinement les premiers temps, précipitant la fin de carrière de son réalisateur (pourtant riche de plus d’une vingtaine de métrages). Profondément injuste quand on mesure son influence sur le cinéma d’aujourd’hui!

https://www.imdb.com/title/tt0054167/

Anecdotes:

  1. C’est Powell lui même, sa femme et son propre fils qui jouent les rôles du père, la mère du tueur et le tueur enfant.
  2. Il s’agit du tout premier film anglais montrant frontalement du nu féminin à l’écran.
  3. Pamela Green (Milly) était justement un modèle spécialisé dans la nu au moment du film.
  4. Le scénariste Leo Marks s’inspirera de plusieurs souvenirs de son enfance lors de l’écriture du script.
  5. Le Voyeur est un des films favoris de Martin Scorsese himself. Brian De Palma aidera lui aussi grandement à ce qu’il soit redécouvert dans les années 1970-1980.

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Vendredi 13: Il se trouve que votre serviteur n’avait jamais vu un seul film de la saga Vendredi 13 il y a peu, le côté slasher au rabais de la chose m’en a toujours tenu éloigné. Et… j’aurais dû patienter encore quelques années, voire quelques décennies, tellement j’ai détesté ce que j’ai vu. Quand on pense au Halloween originel, on se rappelle immédiatement de la géniale mise en scène de John Carpenter et sa vision d’auteur inattaquable du cinéma horrifique/fantastique. Quand on pense au premier volet des Griffes de la Nuit, on pense au superbe concept de départ (le boogeyman qui tue en modèlant les rêves de ses victimes pour se venger de leurs parents) directement inspirée par des souvenirs d’enfance de Wes Craven. Rien de tout ça ici, simplement un enchaînement de morts sans aucune tension et un lore quasi inexistant en prime (mention spéciale à la daronne Voorhees qui crache sa valda en moins d’une minute)… Rajoutez à ça une production clairement fauchée qui a subi les outrages du temps, des acteurs mauvais campant de toute façon des personnages débiles (on notera une des premières apparitions de Kevin Bacon), une longueur excessive… et surtout une accumulation de clichés et de défauts déjà dignes d’une parodie d’horreur voire du nanar (se contentant de cocher toutes les cases du slasher) avant l’heure, ça fait vraiment très mal. Le cadre forestier est très mal exploité en prime. Seul le (faux) twist final, ses scènes gores et le mystère autour de l’identité du tueur méritent le coup d’oeil, c’est dire! Et on s’étonnera que le fan moyen de films de genre ait mauvaise réputation avec tout ce que les eighties ont pondu comme métrages bas du front que préfigure ce Vendredi 13… Les suites seront d’ailleurs tout aussi navrantes et même le second dégré mis en avant dès le sixième opus n’arrivera pas à sauver les meubles… Un métrage qui doit beaucoup à son année de sortie, avant le raz de marée slashers des 80’s mais qui a vraiment tout d’un slasher anecdotique dans les faits…

Note: Dispensable

https://www.imdb.com/fr/title/tt0080761/

« C’est vrai que même vivants, on a l’air sacrément cons, les amis! »

Anecdotes:

  1. Outre Halloween, le film est fortement inspiré par La Baie Sanglante de Mario Bava ainsi que la comédie Meatballs.
  2. Vendredi 13 va inspirer toute une série de slashers se déroulant dans des camps de vacances, parmi lesquels Carnage, Massacre au camp d’été ou encore Madman! Si la production de ce film a tout d’un film bassement commercial (à commencer par capitaliser sur le succès d’Halloween), aucune suite n’était initialement prévu.
  3. Les effets spéciaux sont signés Tom Savini, qui venait de faire ceux de Dawn of the dead de George Romero.
  4. Betsy Palmer a accepté le rôle de la mère de Jason pour se payer une nouvelle voiture.
  5. Adrienne King, l’interprète d’Alice, sera longuement harcelée par un fan après le succès du film. Elle acceptera d’apparaître dans sa suite seulement pour un temps très court et se retira des écrans pendant plus de vingt ans.

L’Envers du Culte: Carnival of souls (1962), La Baie sanglante (1971)

Carnival of Souls/Le Carnaval des Âmes: Mon premier rapport avec Carnival était un vieux docu sur le cinéma de genre diffusé à la TV pour Halloween dans les années 1990 (ok millenial!) suivi du film de Herk Harvey (qui joue le « revenant » principal dans ce film). Mais trop jeune pour ce genre de film tout en ambiances subtiles, je n’ai jamais réussi à passer le cap. Jusqu’à aujourd’hui! Et ma foi, c’est plutôt une bonne surprise, à classer dans les films à petit budget, bien rythmé, qui propose de vrais moments de bravoure, à l’instar de Messiah Of Evil (qu’il serait grand temps que je retente). Unique rescapée d’un accident de la route, la protagoniste (incarnée par Candace Hilligoss, qui porte totalement le film sur ses épaules et est d’ailleurs la seule actrice professionnelle de la distribution) se met à avoir des visions impliquant un homme à l’aspect livide et un grand bâtiment abandonné, près d’un lac. Le noir & blanc est superbe, certains plans très inspirés et le propos est assez avant gardiste (rôle de femme forte, flou entre réalité et visions, malédiction dont on ne peut se défaire, motifs récurrents,…). Même si son final est prévisible aujourd’hui, le traitement des « revenants », à la lisière entre spectres et zombies de Romero est original et donne du sens au scénario. En le regardant, on pense tour à tour à Shining, Eraserhead, L’Au Delà ou encore La Nuit des morts vivants, tous sortis ultérieurement, c’est dire le potentiel de la chose! Hélas ni Hilligoss ni Harvey (dont c’est le seul long métrage) ne feront une grande carrière par la suite, le film faisant un bide lors de sa sortie, comme (hélas) beaucoup trop de films qui sont réévalués une ou plusieurs décennies trop tard. Un film qui sait proposer de vrais instants de poésie et de jolies trouvailles visuelles sans jamais cesser d’être inquiétant (on fleurte d’ailleurs avec le thriller psychologique ici), quoi qu’il en soit!

Pour aller plus loin (eng)!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0055830/

Anecdotes:

  1. Candace Hilligross tentera de mettre en route une suite dans les années 1980 mais le projet lui échappera et elle sera même écartée du film. Un remake verra finalement le jour mais sans réel lien avec le métrage originel.
  2. Le film a été tourné en trois semaines. L’idée de départ est venue au réalisateur pendant la visite du lieu-clé du métrage: le parc de loisirs Saltair (près de Salt Lake City). Le film est en partie inspiré du moyen métrage La Rivière du Hibou mais aussi un épisode de The Twilight Zone/La Quatrième Dimension (The Hitch-Hiker).
  3. Herk Harvey confesse avoir été influencé par Bergman et Cocteau.
  4. Une partie du budget du film (33 000 dollars) a été financée par des particuliers et plusieurs scènes ont été possibles en payant directement les propriétaires des lieux une fois sur place.
  5. Détail technique, certaines scènes sont colorisées à la manière des films muets et au fur et à mesure du récit (et des hallucinations de son héroïne), d’autres ont une image et un son légèrement distordus!

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La Baie sanglante: Oui, La Baie sanglante est fidèle à sa réputation: inventif, sanglant, brutal, il est en ce sens un digne précurseur des slashers qui lui succèderont quelques années après (particulièrement la franchise des Vendredi 13, dont les deux premiers volets plagient sans vergogne certaines scènes: lac, victimes à peine majeures, multiples meurtres à l’arme blanche,… je ne vous fais pas un dessin) mais n’oublie jamais d’être un giallo: travail évident sur l’esthétisme (lumières bleues et rouges omniprésentes, éclairages) et la mise en scène (zooms, gros plans, plans séquences, jeu sur les profondeurs de champs), tout y est sauf l’enquête policière! Le petit plus de ce métrage (tardif dans la carrière d’un Mario Bava endetté et miné par un budget au rabais) est son traitement de ses personnages: vils, arrivistes, influençables, sans grandeur d’âme… il aurait très bien pu être tourné par Lucio Fulci tant le nihilisme et le pessimisme vis à vis du genre humain illustrent ce métrage! La Baie, objet de convoitises pour la majorité des personnages, génère ainsi un immense jeu de massacres où tout le monde sera au minimum acteur, témoin ou complice, la folie meurtrière se propageant comme une maladie virale! On compte parmi le casting une bonne poignée d’habitués des gialli: Claudine Auger (une des plus mémorables James Bond Girl), Luigi Pistilli (que tout le monde a déjà vu chez Leone), Laura Betti et j’en passe. Le vrai point noir est à chercher du scénario tiré par les cheveux et pas très finaud qui semble uniquement là pour appuyer le propos (Dardano Sacchetti, encore lui) ! A l’image de cette fin aussi sordide qu’incongrue!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0067656/

Anecdotes:

  1. A l’origine, les scènes de meurtre ont été écrites de manière indépendante. Il a donc fallu imaginer un récit pour les intégrer de façon cohérente.
  2. Tourné en partie dans la propriété d’un des scénaristes, Bava a dû faire preuve d’ingéniosité pour donner l’illusion que le lac est bordé par une forêt… avec seulement une poignée d’arbres à disposition. Le film a d’ailleurs été analysé comme étant un métrage furieusement écologique. Un de ses titres d’exploitation est d’ailleurs Ecologia del delitto (« écologie du crime »).
  3. Il s’agit d’ailleurs d’un des films qui possèdent le plus de titres alternatifs.
  4. Il faut attendre plus de huit minutes avant que la première réplique soit lancée.

Bisseries: Beatrice Cenci (1969), Horribilis (2006)

Beatrice Cenci (connu aussi en France sous le nom Liens d’amour et de sang): Je dois dire qu’au delà que trouver perturbant de voir Fulci diriger un drame historique réel (le film de Fulci est le cinquième métrage traitant du sujet), il est assez marrant de constater que l’italien dirigeait de bons acteurs dans les années 1960 et 1970…car autant prévenir les non initiés, sa quadrilogie des zombies (1979-1981) ne brille pas vraiment de ce côté là (ni par la qualité de ses scénarios d’ailleurs, l’arrêt de sa collaboration avec Roberto Gianviti au profit de Dardano Sacchetti n’y est clairement pas étrangère). Adrienne La Russa (qu’on retrouvera dans plusieurs séries par la suite) et Georges Wilson (à la longue carrière) crèvent littéralement l’écran dans ce mélodrame sadique prenant place durant la Renaissance. On retrouvera également Tomás Milián (ici dans le rôle d’Olimpo), un habitué des westerns spaghetti et des poliziotteschi, dans deux films suivants du réalisateur: La Longue Nuit de l’exorcisme (1972) et Les Quatre de l’Apocalypse (1975). Les ambiances sont plutôt réussies, le rythme est bien dosé et encore une fois les thématiques et les plans nerveux caractéristiques du réal sont bien présents. En même temps, quoi de mieux qu’une histoire de paricide, dans le contexte de l’Inquisition (qui, petit point culture, n’a été abolie qu’au début du XIXe siècle), mettant en scène un patriarche détestable et une martyre sublime pour mettre en lumière l’hypocrisie de la bourgeoisie de l’époque et l’ambivalence de la religion? Même si l’italien se montre ici un peu avare en hémoglobine, une fois n’est pas coutume! Encore une bonne surprise en tout cas!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0064073/

Horribilis: Enième variation sur le body horror et la « possession » extraterrestre, à mi chemin entre Society, From Beyond (autre chef d’oeuvre de Stuart Gordon que je vous recommande vivement) et Frissons, avec une distribution pas dégueu d’acteurs habituellement cantonnés aux rôles secondaires (Nathan Fillion, Elizabeth Banks, Michael Rooker, Gregg Henry, Jenna Fischer et j’en passe), Horribilis ne s’en tire pas si mal en proposant un honnête film bis bien rythmé, inventif, aux effets spéciaux réussis, au second degré qui se joue des clichés du genre mais aussi aux clins d’oeil appréciables (The Toxic Avenger, Les Griffes de la Nuit,…). Il faut dire aussi que James Gunn (dont c’est ici la première réalisation) est un enfant de la Troma (il a commencé dans Tromeo & Juliet) et a signé (entre autres) le scénario d’un des rares remakes d’horreur surpassant son modèle (en l’occurrence, Dawn of the Dead) …donc ça paraît finalement assez logique! Quoi qu’il en soit, visionnez ce Horribilis, vous passerez un bon moment!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0439815/

Bisseries: Le Venin de la peur (1971), Chromosome 3 (1979)

Le Venin de la peur: Formant le quintet des giallis les plus connus du réalisateur avec Perversion Story (1969), La Longue nuit de l’exorcisme (1972), L’Emmurée vivante (1977) et L’Eventreur de New York (1982), Le Venin de la peur brille plus par quelques séquences (les hallucinations oniriques de Carol, sa poursuite avec le hippie) que par son rythme, relativement en retrait (les scènes d’enquête proprement dites plombant sérieusement le métrage). L’ambiance est à mi chemin entre Polanski, Hitchcock et De Palma, soit une bonne dose de paranoïa, d’érotisme, de doubles vies et de gore (Fulci échappera d’ailleurs de peu à la prison pour sa scène de vivisection jugée trop réaliste)! Les thématiques macabres et nihilistes sont bien présentes (on est en 1971 et la génération hippie en prend déjà pour son grade…la bourgeoisie aussi) et le jeu d’acteurs est solide. La mise en scène est excellente (on a encore droit à ces fameux zooms et ces gros plans sur les regards, typiques de l’italien) et son twist de fin vaut amplement le détour (et mériterait bien un second visionnage, du coup). Dans tous les cas, ce second giallo a le mérite de s’éloigner des canons du genre avec classe. A noter que c’est le légendaire Morricone à la musique.

Pour aller plus loin, autre superbe chronique de Psychovision: https://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/805-venin-de-la-peur-le

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0067361/

Chromosome 3/The Brood: Rare vieux classique du canadien que je n’avais pas encore vu, The Brood s’avère un bon Cronenberg, drame horrifique teinté d’un fond social très intéressant quasi cathartique (le réalisateur venait alors de divorcer de sa première épouse, alors membre d’une secte refusant la psychiatrie et s’est vu contrait de lui arracher leur fille) et continue la piste de sa fascination pour l’horreur corporelle déjà bien entamé avec Rage deux ans avant. L’ambiance glauque (quasi cauchemardesque) caractéristique de ses premiers films est bien présente malgré le budget (1,5 millions), certains plans font déjà mouche et le fond se prête déjà à beaucoup d’interprétations: le « créateur » dépassé par les pouvoirs de sa « créature », les familles séparées se livrant des guerres ouvertes via l’influence/le discours qu’ils infligent à leurs enfants, les liens entre psyché et corps, la mémoire génétique, etc. Seules véritables ombres au tableau: certains seconds rôles assez moyens (Cindy Hinds en tête) et un script un peu répétitif à la longue. Métrage qui signe aussi le début d’une période faste pour Cronenberg, qui nous régalera pendant presque vingt ans (Existenz) avec son body horror des familles. Commencera alors une seconde période pour le réalisateur, plus verbeuse et analytique mais hélas assurément moins passionnante!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0078908/