Le Mort-vivant/Dead of Night: Sorti la même année que Black Christmas du même réal, Le Mort-vivant est un drame fantastique/horrifique solide comme les 70’s en proposaient régulièrement (au pif Dead Zone, Carrie,…). Anticipant la vague de films sur les traumas du Vietnam en faisant revenir à la vie un soldat, ce film s’avère être une jolie variation sur la thématique zombie, au final plus sociale que réellement horrifique. En quête perpétuelle de sang pour pallier à sa dégradation physique, Andy va se retrouver au coeur d’une enquête policière et fera au passage exploser les tensions familiales latentes. Richard Backus est parfait dans le rôle du revenant, marqué par la guerre jusque dans sa psyché profonde (certains y verront sans doute une revanche divine du soldat mort au combat envers une Amérique peu soucieuse du sort des ses enfants). Quelques ombres au tableau: un rythme globalement assez lent, Lynn Carlin dans un rôle irritant au possible (voire incompréhensible par moments) et une thématique post Vietnam malheureusement peu fouillée. Il s’agit aussi du premier film sur lequel a officié Tom Savini comme maquilleur (et on peut dire que c’est déjà très bon).
Teeth: Film que je voulais voir depuis longtemps (il faut dire que le concept de base envoie quand même du bois), ne sachant pas trop à quoi m’attendre, ce Teeth s’avère finalement être une correcte et intelligente comédie noire (et non pas un pur teen movie, ni du body horror grand public, comme on aurait pu le croire, ouf!), se permettant même un final doublement glauque. Avec un bon équilibre entre gore et fable adolescente (au féminisme subtil…aussi rare qu’appréciable en ces sombres jours), Teeth est aussi une allégorie sur l’hypocrisie de la société américaine et surtout une révélation: Jess Weixler, qui porte totalement le film sur ses épaules!
Tetsuo: Quel bonheur de prendre une si grosse claque esthétique et inventive quand on a le sentiment d’avoir tout vu ou presque dans le cinéma de genre! C’est que Tetsuo est un métrage (cyber)punk totalement possédé et déjanté (à un point qu’il devient énergivore à regarder), grâce à moultes expérimentations que je vais tenter de résumer brièvement ici: noir et blanc stylisé et granuleux, transformations physiques radicales comme métaphores de la déshumanisation progressive des sociétés industrialisées et technologiques, effets spéciaux faits à la main, sous-texte sexuel (Eros et Thanatos, n’est ce pas?), sentiment de paranoïa constante,… C’est bien simple, Tetsuo ne ressemble à aucune autre métrage à part peut être un certain Eraserhead et ses friches urbaines glauques! Même s’il est un poil trop long à mon goût, le second degré, la musique bruitiste (signée Chū Ishikawa), le montage hystérique et les effets spéciaux hallucinés (tout en stop motion) tiennent en haleine sans trop de mal. Je me suis même demandé dans quelle mesure il n’aurait pas inspiré un certain Edward aux mains d’argent (ou quand Burton ne passait pas des décennies entières à s’auto-parodier). Assurement impressionnant et avant gardiste au vu du petit budget de ce premier film de Shin’ya Tsukamoto. Un film qui divisera à coup sûr mais reste une expérience unique.
Les kaiju et l’univers sado-masochiste/fétichiste ont été deux influences visuelles majeures du réalisateur.
Le tournage a été éprouvant pour l’équipe technique qui se réduisait jour après jour. Certains acteurs ont dû parfois les remplacer afin de terminer le métrage.
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Vaudou/I Walked with a Zombie: Il m’aura fallu entamer ce cycle zombie pour voir enfin mon premier film de Jacques Tourneur. Car je dois bien vous avouer que le cinéma d’épouvante durant les deux décennies 1940-1950 ne m’ont jamais attiré. Et ce métrage n’a pas échappé à la règle: Vaudou est un film qui tient plus de la curiosité vintage que du classique incontournable, faute à un scénario banal (une jeune infirmière est envoyée sur une île proche d’Haïti soigner une femme atteinte d’un mal étrange…rajoutez à cela de grosses ficelles, comme l’amour impossible et la rivalité fraternelle qui tombent comme des cheveux sur la soupe), des personnages trop archétypaux, l’absence d’élements fantastiques/d’épouvante et même de tensions avant la révélation finale. Alors, oui, le visuel magnifique (noir et blanc sublime, décors, gros travail sur les lumières, mise en scène soignée) sauve un peu les meubles mais le mal est fait. Heureusement, le métrage est court et ne se transforme donc pas en supplice interminable. Il est aussi et surtout un des premiers films d’épouvante (aheum!) des années 1930/1940 à revenir aux sources du zombie: la culture vaudou haïtienne (ce que fera aussi plus tard Lucio Fulci avec sonZombi 2 ou Wes Craven avec L’Emprise des ténèbres par exemple) qui permettrait de redonner la vie à des personnes décédées afin de prendre le contrôle de leur esprit…ici traitée de manière fort inintéressante, tout comme l’histoire coloniale bien évacuée du récit (et qui aurait pu mettre un peu d’enjeu dans le merdier). La suggestion et la sobriété ont décidement leurs limites…
Le film est librement inspiré de Jane Eyre de Charlotte Brontë et d’un article de presse sur le vaudou de l’époque (intitulé « I Walked with a Zombie »). Les scénaristes ont toutefois poussé plus loin leurs recherches sur le sujet, sur la demande du producteur!
Le rôle de Betsy (interprètée par Frances Dee) était à l’origine écrit pour Anna Lee, qui l’a finalement refusée car elle était engagée sur un autre projet.
Le film a eu droit à son remake: Ritual, sorti en 2002.
La Jetée: Ce film est la preuve qu’avec trois bouts de ficelle, une bonne histoire et de la détermination, on peut arriver à quelque chose! Moyen métrage sous la forme d’un roman photo, mettant en scène un scénario de SF dystopique original et efficace, que j’imagine volontiers novateur pour l’époque, ce film est une sacrée claque esthétique! A noter que La Jetée est aussi connu pour avoir inspiré L’Armée des douze singes de Terry Gilliam et Les Frissons de l’angoisse de Dario Argento…la poésie en moins bien sûr. Classe, non?
Taxidermie: Film hongrois revenant pas mal chez les amateurs de genre, Taxidermie est une bonne surprise, OVNI à la fois par son esthétique (assez proche d’un Jeunet) et son côté cru/dérangeant (mais rien d’insoutenable non plus, à mon sens, les touches d’humour contrebalaçant pas mal). Seulement, je trouve personnellement qu’à part le dernier des trois segments, le métrage est un peu frileux à exploiter pleinement ses thématiques… Mais d’un autre côté, ça fait bien longtemps que le cinéma d’horreur a anesthésié chez moi tout ce qui se rapproche au malsain de près ou de loin, alors…
J’ai beaucoup aimé la première saison de la série Westworld, inspirée justement de ce Mondwest qui n’a franchement pas à pâlir devant sa descendance. En effet, ce film pousse la réflexion technologique et le réalisme si loin que je pense pouvoir affirmer qu’il s’agit d’un des meilleurs films de SF que j’ai vu dernièrement. A tel point que je me suis demandé si ce n’était pas une adaptation de roman. J’ai appris du même coup que le réal, Michael Crichton, était justement écrivain de formation (il signera plus tard le roman Jurassic Park dont les similitudes avec Mondwest ne manquent pas). Mondwest est justement son premier film!
Le postulat de la série de 2016 est déjà posé ici: un parc d’attractions propose trois époques révolues aux « touristes »: l’époque romaine, l’époque médiévale ou celle de la conquète de l’Ouest (le seul exploré par la série), dans lesquelles des robots à apparence humaine permettent de donner libre cours à toutes leurs envies, surtout les plus inavouables. Je vous le donne en mille, les vacances de nos protagonistes (ici James Brollin et Richard Benjamin) ne vont pas se passer comme prévues, avec une rébellion des robots à la clé, menée par un Yul Brynner impeccable (ces noms ne disent peut être rien aux plus jeunes d’entre vous mais si je vous dis Amityvilleet Les Sept Mercenaires, vous devriez remettre). Bien sûr la réflexion philosophique (rapports de force homme/machine, l’essence de l’humanité, la conscience des robots)…qui d’ailleurs s’avère être paradoxalement la faiblesse de la série (lui conférant un aspect verbeux excessif par moments) n’est pas développée ici mais les prémisses sont là, en germe. Mondwest s’oriente plus vers le thriller technologique lorgnant vers l’action/western (même si on verra quand même les deux autres « mondes »), au début bercé d’un second degré appréciable…mais qui basculera vite dans une noirceur inédite pour l’époque. On voit également toute la partie logistique du parc et encore une fois l’aspect réaliste est franchement poussé (jusqu’aux vues pixelisées du robot… Terminatoravant l’heure). Le tout étant bien rythmé, porté par de bons acteurs et doté d’un scénario solide! A noter qu’il existe une suite: Les Rescapés du futur (1976) dans lequel on retrouvera Brynner mais également une série: Beyond Westworld (1980).
Un film ambitieux, intelligent, avant gardiste, le tout avec un budget dérisoire (1,28 millions de dollars)… à voir d’urgence ou à redécouvrir…et qui inspirera une poignée de films majeurs (Terminator donc mais aussi Halloween, excusez du peu)!
Vu qu’on s’est déjà maté le Millénium de Fincher, il est temps de visionner la trilogie de films suédois signés Niels Arden Oplev/Daniel Alfredson, tournée dans la fouléeetsortie deux ans avant le remake de Fincher. On finira plus tard avec le premier, histoire de pouvoir comparer tout ça à tête reposée! A savoir que la mini série de 2010 compile justement ces trois films (version longue) en six « épisodes ». Ca va, on suit dans le fond?
Venons en déjà aux interprétations des deux protagonistes: Noomi Rapace est clairement celle qui s’en sort le mieux dans cette trilogie, plus badass et moins « freak » que la Lisbeth Salander jouée par Mara (qui jouait plus sur la complémentarité avec Blomkvist). Quand à Michael Nyqvist (vu ensuite dans John Wick, Europa Report et Mission Impossible 4) qui interprète Mikael Blomkvist, il est clairement moins charismatique que Craig mais gagne sans doute en humanité. Deux salles, deux ambiances, donc!
Millénium 2: La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette(2009): Adaptation du second tome de Stieg Larsson, ce second opus se recentre sur le personnage de Lisbeth et son passé (pour faire bref et sans trop spoiler Salander se retrouvera accusée de triple meurtre dans une machination mélangeant prostitution, corruption politique et vengeance personnelle), tout en s’inscrivant dans la continuité du premier film. Changement de réal pour celui ci puisque c’est Daniel Alfredson qui prend la caméra. Et autant vous le dire tout de suite, les plus gros défauts de ce film sont un montage peu inspiré et une intrigue nébuleuse mais aussi plus classique que sur le film précédent, qui je pense plaira surtout aux fans de la saga et aux plus curieux. Autres changements: la réalisation au format/grain typiquement téléfilm (contrairement au premier opus, les deux derniers volets sont véritablement des téléfilms) qui colle finalement bien avec l’ambiance générale… et un cadre d’action nettement plus urbain (mais toujours aussi glauque). Comme dans le premier film, chacun des deux protagonistes principaux mène son enquête de son côté, ce qui donne un rythme assez particulier au récit, dépassant cette fois encore les deux heures. Une fois de plus, c’est clairement le personnage de Lisbeth Salander qu’on retiendra, toujours incarnée par une Noomi Rapace investie et en grande forme! Et disons le clairement, si ce Millénium 2 se laisse regarder, c’est surtout pour sa performance et en apprendre plus sur son personnage, car il reste bien en deça de son aîné!
Millénium 3: La Reine dans le palais des courants d’air(2010): Dans ce film, suite directe du second et adaptation du troisième roman, c’est Blomkvist que l’on verra la plupart du temps (le temps d’apprécier les qualités du journaliste et de son équipe mais aussi une Salander plus « ordinaire »), Salander étant hospitalisée puis incarcérée le temps de son procès (accusée d’homicide, pour ceux qui ne suivent pas). On apprend au passage que Zalachenko est en vie, que Niedermann est en cavale et qu’un petit groupe secret est bien déterminé pour faire disparaître tous ces témoins gênants (Salander comprise), on assiste aussi au retour du Docteur Teleborian… de quoi nous faire tenir ces deux heures et demie finales, donc! Le côté téléfilm est beaucoup moins dérangeant ici car le rythme est totalement maîtrisé (malgré ses contraintes de lieux) et l’intrigue plus limpide (car amorcée avec le second opus), même si elle réserve son lot de twists, de noirceur, de machinations, de vengeances. C’est d’ailleurs toujours Alfredson à la caméra! Au registre des plaintes, un certain côté too much est à noter (le relooking de Salander pendant son procès, le procès puis le démantelement de la Section qui se déroulent sans accrocs majeurs) mais c’est vraiment pour pinailler! Annika Hallin, incarnant l’avocate de Salander, est clairement une plus value dans ce film, même si Lena Endre (Erika Berger) fait toujours admirablement le taf, faisant définitivement de Millénium, une saga de thrillers donnant une part belle aux rôles de femmes fortes (comme le voulait Larsson). Un bon ptit thriller/polar en somme!
Primer: Certains films vous laissent parfois avec un telle impression d’incompréhension que vous vous demandez s’il frise au final le génie…ou le foutage de gueule complet. Primer est de ceux là. L’histoire?Deux collègues de travail passent tout leur temps libre à travailler sur une machine à remonter le temps…et un jour, celle ci se met à fonctionner! Le sujet semble intéressant de prime abord…mais la mise en scène et les dialogues sont volontairement cryptiques pour que de multiples visionnages soient indispensables à la compréhension du métrage. Mouais… Le comble: les personnages ne sont pas fouillés, la phase de construction de la machine n’est pas particulièrement prenante, même les histoires de doubles ne provoquent pas de situations particulièrement bouleversantes pour nos héros (façon polie de dire qu’il ne se passe pas grand chose même quand le métrage est censé nous captiver). Résultat: on ne rentre jamais dans le récit. Non, en fait, ce qui sauve les meubles avec Primer est la sensation de regarder un véritable OVNI sur la relativité du temps que l’on voudrait à tout prix élucider (comme les protagonistes)…et sa photographie, sobre et belle à la fois. La hard SF et les films WTF, d’habitude je suis client mais il y a des limites! Le film durant à peine plus d’une heure, je vous conseillerais quand même de le visionner pour vous faire une idée.
A ne visionner qu’après avoir vu le film, bien entendu!
Society: Premier et rare film « potable » de la carrière de Brian Yuzna, Society est clairement un film en demie teinte, à savoir présentant des FX réussis (signés Screaming Mad George, qu’on retrouvera dans plusieurs films de genre par la suite), dans la droite lignée du body horror cronenbergien (même si l’inspiration serait de Dali) mais un scénario et une réalisation « téléfilm » qui ne semblent pas trop où aller, voire n’osent pas aller assez loin. Pourtant entre paranoïa latente (laisser planer le doute sur la moitié du film est décidemment une bonne idée) et pression sociale dans un environnement luxueux (Beverly Hills) comme métaphore de la lutte des classes et du passage à l’âge d’adulte, il y avait pourtant de quoi faire un bon film… Pour preuve, on pense souvent à Invasion Los Angeles, Twin Peaks, Blue Velvet, Cronenberg dans sa période faste (fatalement), voire même Rosemary’s baby mais telles des figures tutélaires indépassables, Society n’ose jamais de coup d’éclat lui permettant lui aussi de rester dans les mémoires. Alors on suit péniblement ce simili-teen movie, jusqu’à l’explosion finale, grotesque et répugnante orgie de chair (qui aurait eu tout intérêt à se montrer plus tôt) qui comblera les amateurs de bizarreries dont je suis… Quel gâchis!