Bisseries: The Green Knight (2021), Bone Tomahawk (2015)

The Green Knight: Adaptation du roman médiéval Sire Gauvain et le Chevalier Vert (Pearl Poet) produite par les incontournables A24, The Green Knight marque d’abord par sa mise à scène et sa photographie tout simplement splendides! Cette légende arthurienne est ainsi revisitée sous la forme d’un superbe voyage initiatique laissant une part importante aux éléments fantastiques, au symbolisme et aux paysages (aux décors d’une façon plus générale). Le rythme est lancinant et propice à la contemplation/mélancholie d’un Camelot sur le déclin, en opposition aux campagnes environnantes, certes cruelles envers les chevaliers mais infiniment plus belles sur le fond. On retrouve Dev Patel dans le rôle principal, au caractère bien éloigné des canons médiévaux. On pourra éventuellement regretter des personnages peu fouillés mais est ce si important dans cette forme de récit plutôt porté sur la morale et une poésie quasi sensorielle (saluons au passage les effets spéciaux réussis)? Merci à David Lowery pour ce joli moment!

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt9243804/

Bone Tomahawk: Place maintenant à ce western cruel, craspect et novateur, matiné d’horreur (plus précisement de survival)! Porté par un casting solide (Russell, Wilson, Fox,…), ce métrage crépusculaire est scindé en deux parties: une pour présenter le groupe de cowboys partis rechercher les membres de leur ville enlevés par une tribu d’indiens locale, l’autre consacrée à la confrontation finale… beaucoup plus terrifiante que prévue (façon La Colline a des yeux)! Entre les deux, la tension monte crescendo dans cette première réalisation de S. Craig Zahler (également scénariste ici). Mais cela ne s’arrête pas là, Bone Tomahawk sait aussi distiller quelques touches d’humour bien senties et saisir la beauté des paysages pour proposer un film suprenant et contrasté. Bref, un sacré potentiel d’écriture (des personnages entre autres!) et de mise en scène pour une traque dans laquelle personne ne sortira indemne (ou… vivant)! Cela fait longtemps qu’un western n’était pas autant remonté aux sources du genre: la survie pure dans des terres inhospitalières!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt2494362/

Bisseries: Cold in July (2014), Beaten to Death (2022)

Cold in July: Thriller vénéneux et lancinant généreusement teinté de polar, à placer quelque part entre A History of Violence, Drive et Twin Peaks, Cold In July a le mérite de nous emmener là où on ne l’attendait pas. Portée par le trio Hall, Shepard et Johnson, cette plongée dans les plus sombres recoins de l’âme humaine et d’une petite ville à priori sans histoire, même si elle n’est pas épargnée par quelques baisses de rythme et des ressorts parfois prévisibles, est une adaptation du roman éponyme de Joe R. Lansdale. Parsemé de touches d’humour et démontrant un sens évident de la mise en scène, le métrage de Jim Mickle est également un joli hommage aux vigilantes des années 1980.

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt1179031/

Beaten to Death: Survival australien bien craspect servi par un pitch simple et une jolie photographie (certains plans sont magnifiques, tranchant avec la violence et le nihilisme du récit), Beaten to Death marque plus par sa forme (flashbacks, récit déconstruit, unité de temps) que véritablement son fond, finalement prévisible (à l’image de son final) et déjà vu ailleurs. Dur, gore, intense et poisseux au possible (je dois bien vous avouer qu’en vieillissant les métrages gore/snuffs/torture porn me filent de plus en plus la gerbe), ce qui ne devait être qu’un détour pour mettre un peu de beurre dans les épinards se transforme finalement en cauchemar sans fin dans l’outback pour Jack et sa femme. Servi par des maquillages réussis et des dialogues réduits au strict minimum, cette spirale infernale de violence sans concession signée Sam Curtain laisse sans voix! Mais comme dit plus haut, si c’est le genre de sensation forte que je recherchais quand j’avais vingt ans, ce n’est plus le cas aujourd’hui, alors que j’approche des quarante… Quoiqu’aussi un peu longuet en y repensant, on saluera tout de même la belle prestation de Thomas Roach au passage!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt13852690/

Bisseries: Ennemi d’État (1998), The Strangers (2008)

Ennemi d’État: Thriller technologique et conspirationniste traitant d’un thème terriblement d’actualité (la surveillance du peuple à son insu aux travers des technologies modernes) mêlant mafia, monde de la justice, héros dépassé par les évènements, assassinats politiques, NSA et vieux briscard insaisissable, il faut avouer que ce métrage donne l’eau à la bouche! Et Tony Scott réussit à proposer un métrage clair, prenant et nerveux. La principale ombre au tableau est son côté poussif car… Will Smith ne peut pas s’empêcher de faire… du Will Smith (aka du comique lourdingue et franchement dispensable) et c’est extrêmement dommageable à la fois pour le rythme et la crédibilité de son personnage! C’est rageant car ce Ennemi d’État haletant avait pourtant tout pour marquer les esprits! Gene Hackman s’en sort bien mieux, même si son personnage n’est pas non plus dans du très subtil (à l’image de la résolution du récit)! Il faut aussi reconnaître que le métrage a vieilli (technologiquement forcément mais aussi au niveau du ton employé) et les attentes du public ont bien changé depuis! Ca se regarde bien malgré tout!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0120660/

The Strangers: Voilà un joli survival (bien que infusé de slasher, de drame et de fantastique) inspiré d’une histoire vraie! Scott Speedman et Liv Tyler (bien trop rare sur les écrans) y incarne un couple qui, de retour dans leur résidence secondaire, va se faire harceler toute une nuit par un trio d’agresseurs masqués (masques du plus bel effet, au passage) de plus en plus véhéments. Entre huis clos, couple en proie aux doutes, inversion des rôles (qui sont finalement les vrais intrus ici: le couple de citadins ou les rednecks locaux?), home invasion, The Strangers intrigue et maintient en haleine par sa subtilité (ici, pas de jumpscares car le moindre bruit constitue une menace), sa photographie et son sadisme froid qui n’est pas sans rappeler les films de Ti West! On pensera aussi plusieurs fois à You’re Next et Funny Games… La volonté de rendre les assaillants quasi muets est louable et renforce leur aura et leurs apparitions quasi surnaturelles (soit la vraie nature du slasher selon John Carpenter). Le plus gros défaut du métrage est qu’il se montre extrêmement avare en explications comme sur sa volonté d’étoffer ses personnages principaux… et finit donc par manquer cruellement de consistance! A l’image de sa fin aussi énigmatique qu’incompréhensible!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0482606/

Bisseries: Blood Rage (1987), Haute Tension (2003)

Blood Rage/Nightmare at Shadow Woods/Slasher: Voilà un sympathique slasher sorti à la fin des 80’s (mais tourné en 1983… ce qui peut expliquer son exploitation sous divers titres) quand l’engouement pour le genre commençait clairement à retomber. Ses points forts? Un scénario un minimum original, de généreux effets gore, du second degré décomplexé et quelques variantes déjà bien méta au sein de son propre genre. Par contre, on repassera pour le jeu de certains acteurs, ses personnages globalement peu attachants, le sous-texte assez pauvre (même si on notera un certaine omniprésence de femmes qui élèvent leurs enfants seules) et une photographie un peu à la ramasse. On saluera toutefois sa terrible scène finale et la performance de Louise Lasser et Mark Soper autant à l’aise dans le rôle du psychopathe schizophrène pervers (à l’aspect tout à fait banal, ce qui le rend d’autant plus dangereux) que de son jumeau traumatisé! Dommage tout de même pour le lotissement boisé où se passe le récit et qui, comme dans un certain Vendredi 13, n’est pas du tout exploité!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0085253/

Haute Tension: Cela faisait longtemps que ce survival rural me faisait de l’oeil… Brutal, original, gore (De Rossi, oui vous avez bien lu ce bon Giannetto des familles est aux effets pratiques), bien rythmé, il faut dire que le second (vrai) métrage d’Alexandre Aja avait tout pour plaire… sur le papier! On sent l’influence évidente de Massacre à la tronçonneuse (les champs de maïs, le cadre rural, la station service) bien sûr mais aussi des rape and revenge sur la structure du scénario. Le gros défaut de ce film est le jeu très moyen de Cécile de France, clairement pas à la hauteur de celui de Philippe Nahon, parfait dans son rôle de psychopathe local, froid, brutal et sadique. En même temps, j’ai toujours eu beaucoup de mal avec cette actrice… On notera également des comportements illogiques parfois énervants (mais n’est ce pas le propre des slashers/survivals?) et surtout un twist final qui tient plus de la paresse d’écriture (puisqu’en y réfléchissant deux secondes, il n’est pas cohérent avec le déroulé de l’histoire) que du génie, d’ailleurs ça serait mentir que prétendre qu’on ne l’envisage à aucun moment, vu la manière dont est sexualisé le personnage de Marie… Bref, ce n’est pas Haute Tension qui va me réconcilier avec le cinéma de genre français! Une curiosité à voir tout de même, ne serait ce que pour son cadre rural inquiétant réussi et son tueur!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0338095/

Bisseries: Calvaire (2004), Bleeder (1999)

Calvaire: Voilà un premier métrage belge qui n’est pas passé inaperçu lors de sa sortie grâce à son ambiance rurale et glauque dont Massacre à la tronçonneuse semble être une des principales influences (on aura même droit à un remake de la scène oh combien douloureuse du dîner). Même si de l’aveu de son réalisateur Fabrice Du Welz, il faut plutôt chercher celle ci du côté de La Traque (que je n’ai toujours pas vu au moment où j’écris ces lignes). Ici, nous suivons Marc, un chanteur itinérant qui se perd en forêt après un gala et va être recueilli par Bartel, un hôte pour le moins étrange… Survival porté par un Jackie Berroyer tout en nuances (alternant comique, malaise, pathétique, touchant, inquiétant,…) qui perce littéralement l’écran et un Philippe Nahon bourru comme à son habitude (je vous ai déjà dit que j’adorais Seul contre tous?), Calvaire possède un scénario relativement épuré mais efficace, alternant huis clos et scènes de traque dans un décor crépusculaire et dégénéré où le sens moral est aussi absent que les personnages féminins. Même si le jeu de certains acteurs frise l’approximatif (et c’est surtout le cas de Laurent Lucas campant le premier rôle…un comble pour un survival), le film se permet quelques petites notes d’humour (noir) bien senties et de petites variations surprenantes sur les archétypes du genre. Une certitude: Calvaire porte bien son nom et vous ne sortirez pas indemne de ce cauchemar poisseux…où demander de l’aide au voisin pourrait vous coûtez (très) cher!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0407621/

Bleeder: Rare pellicule de Refn que je n’avais pas encore vu à ce jour, Bleeder s’avère être un efficace drame/thriller comme l’a été sa trilogie Pusher tournée durant la même période (avec laquelle le film partage d’ailleurs son casting principal: Mikkelsen, Bodnia et Buric). Embrassant une nouvelle fois la thématique de la violence pulsionnelle et de la fatalité (thèmes devenus majeurs chez Refn), on y perçoit également une large part autobiographique au travers du personnage de Lenny (offrant ainsi un hommage à ses réalisateurs favoris) et bien sûr celle de la paternité, de l’amour, de la solitude. Disons le clairement, le plus gros défaut de ce film est son manque de budget, avec parfois des moments de flottement et des faiblesses d’écriture. Mais il offre tout de même de jolis moments de noirceur (façon descente aux enfers) et même de poésie (comme avec celui du timide couple naissant Lenny/Léa) au sein d’une banlieue populaire de Copenhague glauque comme jamais! On peut également noter un sens de la mise en scène déjà en place et il est assez marrant de constater que le personnage de Lenny, le weirdo de la bande, est finalement le personnage le plus normal de tous car imperméable à la violence (certainement car c’est le seul à poursuivre un but et avoir des passions). Entre Pusher et Drive, laissez une chance à ce Bleeder!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0161292/

A l’affiche: Méandre (2020), Conjuring 3: Sous l’emprise du Diable (2021)

Méandre: Au lieu d’aller voir Adieu les cons, ma curiosité m’a poussé à aller voir le film de Mathieu Duri qui fait pas mal parler de lui en ce moment. Il faut dire aussi que Méandre regorge de bonnes idées! Si le pitch minimaliste et le huit clos non consenti font immédiatement penser à Cube/Saw (le film sera finalement plus proche du premier), l’ambiance survival claustro (réussie) à The Descent, le métrage ne se repose pas sur la réputation de ses aînés mais offre de vraies performances. Celle de Gaia Weiss bien sûr, d’une mise en scène/rythme/univers réussis (malgré des moyens limités) et surtout un sous-texte psychologique bienvenue et pas si commun dans le cinéma de genre (le dépassement comme métaphore du deuil). Quelques clins d’oeil aux films de genre sont évidemment de la partie (Alien, Phantasm). Une jolie suprise!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt5752192/

Conjuring 3: Sous l’emprise du diable: Alors autant le second opus m’avait mis une mandale magistrale (dans sa gestion de la tension surtout), autant celui ci est le moins mémorable de la série (hors spin-off, on est pas maso non plus), la faute surtout à un montage aux fraises et une direction plus « thriller » pas forcément pertinente. Résultat: la tension est aux abonnés absente et les insupportables jumpscares secondés par des musiques au volume max n’y feront rien, bien au contraire. J’ai même clairement mis du temps à rentrer dans le film. Il faut dire que Wan n’est plus derrière la caméra ce coup ci et ça sent! Autrement le visuel et le jeu d’acteur (Wilson et Farmiga surtout) se tiennent mais voilà, le mal est déjà fait!

Note: Dispensable

https://www.imdb.com/title/tt7069210/