A l’affiche: Possessor (2020), Dune (2021)

Possessor: Je ne sais pas ce qui m’a le plus dérangé dans ce second film de Brandon Cronenberg (fils de David, oui). L’ambiance froide et une trop grande proximité thématique (à savoir ici un concept liant nouvelles technologies et corps humains, parasites et hôtes, à mi chemin entre Inception, Existenz et Black Mirror, paranoïa et traumas en prime) avec celles de son géniteur? Le rythme, bien trop lent par moments? Le scénario un peu flou qui perd le spectateur plus que de raison? Le propos faiblard et timoré du métrage alors que Papounet et ses réflexions avant gardistes sur l’humain et la modernité rendaient n’importe quelle histoire (même la plus naze) un minimum fascinante à explorer? Le tout reste quand même intéressant, grâce à une mise en scène, un montage et des effets spéciaux plus que corrects, avec un surplus de violence qui manque cruellement à Cronenberg senior sur ses derniers films. Possessor est avant tout une expérience sensorielle (c’est ce qu’on souhaite quand on prononce le nom Cronenberg, non?), à mi chemin entre SF, thriller et horreur mais manque quand même fatalement de personnalité!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt5918982/?ref_=nv_sr_srsg_0

Dune: Après nous avoir fait mariner pendant près d’un an, Dune se révèle t il un bon blockbuster? Villeneuve a t il réussi à s’approprier un pan mythique de la SF comme il l’avait fait avec Blade Runner 2049? Oui, mille fois oui! Visuellement la claque est magistrale (en même temps c’est Denis Villeneuve), magnifiée par la BO d’Hans Zimmer (quoi que criarde par moments). Dépaysant, prenant, bien rythmé, si tous les blockbusters pouvaient en faire autant, on verrait sans doute d’un autre oeil la standardisation du cinéma actuel à la sauce MCU/Star Wars! Le tout avec un choix audacieux d’acteurs relativement peu (Chalamet, Zendaya) ou moyennement connus (Ferguson, Isaac) tandis que les « stars » sont relayés aux seconds rôles (Momoa, Bardem, Skarsgard, Brolin, Rampling,…). Alors, oui, on pourra toujours pinailler que même si Villeneuve est un adepte du roman originel et que cela se ressent par moments, le film manque un poil de personnalité: un désert finalement peu hostile aux protagonistes (qui auraient mérité un peu plus d’approfondissement), un manichéisme prononcé et une dimension spirituelle et politique peu présente (délaissée au profit d’une future romance et d’un propos pas très fin sur le destin) mais ne boudons pas notre plaisir, vu l’exercice casse-gueule que c’était! N’ayant vu que l’incroyable Jodorowsky’s Dune et ne connaissant pas plus que ça le bouquin de Herbert, je n’irai pas plus loin dans l’analyse!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt1160419/?ref_=nm_flmg_dr_5

Bisseries: Le Blob (1988), Vendredi 13, Chapitre Final (1984)

Le Blob: Remake très énervé du déjà solide Danger Planétaire (avec Steve McQueen), Le Blob est un petit joyau de comédie SF/horreur des années 80. Les effets spéciaux et maquillages sont excellents (même si les incrustations commencent à vieillir, forcément), dignes du body horror le plus assumé (façon The Thing, La Mouche, Society) avec un soupçon de Body Snatchers (premier du nom). L’humour fait mouche sans être too much ni verser dans les clichés absolus (on est encore loin du teenage horror). Par exemple, Chuck Russell (Les Griffes de la Nuit 3, The Mask, Le Roi Scorpion) n’hésite pas à faire mourir des personnages importants et totalement innocents dès le début du film, c’est dire si le métrage possède quand même sa patte propre. La créature, à l’instar des boogeymen des slashers isolent les protagonistes (dont se soucient bien peu leurs parents) en s’en prenant en priorité aux figures d’autorité. Inventif, efficace, cela fait longtemps que ce film me faisait de l’oeil mais je n’avais jamais pensé qu’il versait à ce point là dans le jusqu’au boutisme tout en jouant avec les codes du genre (que Russell a parfaitement digéré). Le casting est porté par Kevin Dillon (The Doors) et Shawnee Smith (saga Saw), rempli de rôles secondaires que vous avez sûrement déjà vu quelque part (Jeffrey DeMunn, Candy Clark, Jack Nance,…). Oh et c’est Darabond au scénario (plusieurs passages rappellent d’ailleurs The Mist), ceci expliquant sans doute cela! Un film bien rythmé qui crie son amour et sa nostalgie des films bis des années 50/60, putain ça fait du bien!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0094761/

Vendredi 13, Chapitre Final: Comme il ne faut pas abandonner, j’ai décidé de regarder ce qui semble être… le meilleur film de la première quadrilogie (avec un second degré modéré donc). Et on ne m’y reprendra plus, ce Chapitre Final condense hélas… toujours autant le pire des clichés de l’horreur 80’s à mon goût: meurtres répétitifs et express sans montée de tension préalable, personnages incohérents, insupportables et obsédés par le sexe (autant dire que celui de Tommy Jarvis -qui reviendra dans les deux opus suivants- sort forcément du lot), scénario prévisible comme pas deux,… Quand Carpenter débarrassait son premier Halloween de toute logique humaine pour suggérer que The Shape était une pure incarnation du mal (logique fantastique), toute la saga Vendredi 13 semble s’en servir pour pallier à la maigre qualité de ses synopsis (pourquoi Jason attend d’être dans un caisson mortuaire pour revenir à la vie, nous ne le saurons jamais)… Vraiment navrant! On voit d’ailleurs bien peu Jason dans cet opus (plus brutal certes mais toujours aussi inintéressant quand on cherche un film qui va au delà du simple divertissement) malgré une introduction pleine de flashbacks des épisodes précédents et un départ sur les chapeaux de roues qui laissaient supposer un slasher honnête. Il n’en sera rien. On sauvera quand même de justesse cet opus pour la mise en scène de Joseph Zito (The Prowler, rappelez vous), la superbe photo de João Fernandes et les décors splendides de Shelton H. Bishop. Cette saga mérite décidement sa réputation: bas du front et fière de l’être… A noter aussi que Tom Savini est revenu aux maquillages!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0087298/

A l’affiche: Méandre (2020), Conjuring 3: Sous l’emprise du Diable (2021)

Méandre: Au lieu d’aller voir Adieu les cons, ma curiosité m’a poussé à aller voir le film de Mathieu Duri qui fait pas mal parler de lui en ce moment. Il faut dire aussi que Méandre regorge de bonnes idées! Si le pitch minimaliste et le huit clos non consenti font immédiatement penser à Cube/Saw (le film sera finalement plus proche du premier), l’ambiance survival claustro (réussie) à The Descent, le métrage ne se repose pas sur la réputation de ses aînés mais offre de vraies performances. Celle de Gaia Weiss bien sûr, d’une mise en scène/rythme/univers réussis (malgré des moyens limités) et surtout un sous-texte psychologique bienvenue et pas si commun dans le cinéma de genre (le dépassement comme métaphore du deuil). Quelques clins d’oeil aux films de genre sont évidemment de la partie (Alien, Phantasm). Une jolie suprise!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt5752192/

Conjuring 3: Sous l’emprise du diable: Alors autant le second opus m’avait mis une mandale magistrale (dans sa gestion de la tension surtout), autant celui ci est le moins mémorable de la série (hors spin-off, on est pas maso non plus), la faute surtout à un montage aux fraises et une direction plus « thriller » pas forcément pertinente. Résultat: la tension est aux abonnés absente et les insupportables jumpscares secondés par des musiques au volume max n’y feront rien, bien au contraire. J’ai même clairement mis du temps à rentrer dans le film. Il faut dire que Wan n’est plus derrière la caméra ce coup ci et ça sent! Autrement le visuel et le jeu d’acteur (Wilson et Farmiga surtout) se tiennent mais voilà, le mal est déjà fait!

Note: Dispensable

https://www.imdb.com/title/tt7069210/

Bisseries: Torso (1973), Abattoir 5 (1972)

Torso: Si Black Christmas est historiquement le premier slasher, alors Torso est effectivement un de ses plus beaux précurseurs (avec entre autres La Baie Sanglante d’un certain Mario Bava). Tueur cagoulé, gros plans sur l’arme du crime (et sur le gant du tueur, giallo oblige), filles réfugiés dans un endroit isolé, flashback sur le trauma du tueur, personnages les plus sexués qui meurent en premier, grosse louche d’érotisme et de voyeurisme, vue subjective, meurtres gores, « final girl », le contrat est ici parfaitement rempli! Avec en prime une superbe mise en scène, des décors somptueux et un twist final pas daubé du tout (façon torture psychologique)! Merci Sergio Martino et Ernesto Gastaldi (scénario)!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0069920/

Abattoir 5: Adapté du roman de Kurt Vonnegut (lui même rescapé de Dresde), Abattoir 5 est un film dont la narration déconstruite raconte la vie de Billy Pilgrim, soldat américain rescapé de la Seconde Guerre Mondiale (plus particulièrement des bombardements de Dresde) dont la particularité… est de pouvoir de voyager dans le temps (dans le passé comme dans l’avenir). Gros point noir, le (trop) bon fond du personnage principal et l’aspect comique de certaines scènes sont un sérieux frein à la crédibilité de ce film, finalement assez vide et dont le seul intérêt est de développer sur un aspect méconnu de la dernière guerre… Dommage!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0069280/

Bisseries (express): La Jetée (1962), Taxidermie (2006)

La Jetée: Ce film est la preuve qu’avec trois bouts de ficelle, une bonne histoire et de la détermination, on peut arriver à quelque chose! Moyen métrage sous la forme d’un roman photo, mettant en scène un scénario de SF dystopique original et efficace, que j’imagine volontiers novateur pour l’époque, ce film est une sacrée claque esthétique! A noter que La Jetée est aussi connu pour avoir inspiré L’Armée des douze singes de Terry Gilliam et Les Frissons de l’angoisse de Dario Argento…la poésie en moins bien sûr. Classe, non?

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0056119/

Taxidermie: Film hongrois revenant pas mal chez les amateurs de genre, Taxidermie est une bonne surprise, OVNI à la fois par son esthétique (assez proche d’un Jeunet) et son côté cru/dérangeant (mais rien d’insoutenable non plus, à mon sens, les touches d’humour contrebalaçant pas mal). Seulement, je trouve personnellement qu’à part le dernier des trois segments, le métrage est un peu frileux à exploiter pleinement ses thématiques… Mais d’un autre côté, ça fait bien longtemps que le cinéma d’horreur a anesthésié chez moi tout ce qui se rapproche au malsain de près ou de loin, alors…

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0410730/

A l’affiche: Blood Machines (2020), Tenet (2020)

Blood Machines: Etant fan de synthwave et à plus forte raison de darksynth, ce moyen métrage était forcément un passage obligé pour moi. Mais aussi relativement casse gueule pour la team Ickerman vu son ambition de départ… Et pourtant… Véritable point fort du métrage, le visuel cyberpunk est spectaculaire sans être kitsch (à la croisée entre un Jodorowski et Metal Hurlant, si je dois me lancer dans des comparaisons hasardeuses), d’autant plus quand on comprend dans le making of qu’il est le résultat de divers effets/techniques et que les décors de base doivent beaucoup à l’ingéniosité des réal qui ont fait avec les moyens du bord! Question scénar, on reste dans la lignée de « Turbo Killer » (les vaisseaux remplaçant ici les voitures) avec des figures féminines mises en avant (j’ai vu que certains commentateurs parlaient de film féministe…ou à l’inverse de « beauferies » prétextes à reluquer des corps dénudés, ce n’est clairement pas mon ressenti), des archétypes typiquement bis (pour répondre justement à la polémique juste avant), de la violence, des vaisseaux qui passent le mur du son, du surnaturel, des lumières fluo dans le pur cliché rétrowave, un brin de symbolisme,… Le film a d’ailleurs été annoncé comme un « cosmic opera ». Tout à fait le genre d’univers auquel on peut s’attendre quand on connaît un peu Carpenter Brut, au final. Ca reste parfois flou, mais honnêtement, je ne trouve pas ça si gênant. Blood Machines est à mon sens plus une expérience sensorielle qu’un pur récit délivrant un message social ou politique (même si, à mon sens, Blood Machines en délivre un, plus subtil). Personnellement, j’en ai un peu ma claque de lire systématiquement des réactions de pisse-froids hystériques…pour une fois que des réal essayent d’expérimenter hors du champ politique et pas de se plier au « cahier des charges » (trop souvent) politiquement correct pour faire plaisir aux crétins du dessus et autres communautés toxiques (qui n’ont visiblement pas bien compris l’intérêt subversif du cinéma de genre ni la finalité liberticide du jeu auquel ils s’adonnent)… Si la crainte de voir un « long » clip de Carpenter Brut pointe le nez au début, qui ne servirait qu’une musique, elle s’efface très vite. Et à vrai dire, j’ai été assez peu attentif à la BO de Carpenter Brut tout au long de ses 50 minutes, tant le reste du film est accrocheur… Qu’on se comprenne bien, dans ma bouche, ça veut dire qu’elle colle parfaitement avec son sujet! Pour ma part totalement inconnus, je trouve que les acteurs s’en sortent plutôt bien…j’ai découvert d’ailleurs à l’occasion de cet article que la plupart avait déjà une petite expérience dans le domaine…

Le making-of est clairement un plus à regarder. On y perçoit mieux les idées de départ, l’état d’esprit de l’équipe, l’ambition et la volonté de fer qu’il faut pour se lancer dans ce genre de projets, les grandes thématiques, etc.

Pour moi, Blood Machines est clairement un défi réussi, si jamais ce n’était pas assez clair! Sans être un chef d’oeuvre, c’est un moyen métrage frais (pour peu qu’on ne soit pas saturé par les multiples réf’ aux 80’s qui pullulent ces derniers temps), osé et enthousiasmant!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt6197070/

Tenet: Si vous relisez ces lignes, nous sommes en septembre 2023…et je dois me retaper la toute première critique écrite ici en 2020…oui, ça commence mal. Mais bon, c’est pas comme si ce film m’avait laissé un souvenir impérissable non plus, puisqu’il s’agit d’un des pires métrages de Nolan! Partant d’un concept fort (comme souvent avec Nolan) qu’est la manipulation temporelle, Tenet (le titre lui même est un palindrome) tombe dans tous les travers actuels du réalisateur: récit volontairement destructuré et ampoulé (souvent pour masquer les faiblesses et incohérences du synopsis) à l’image de la thématique choisie, entrecoupé de surexplications insupportables pour être sûr de ne larguer aucun spectateur (comme ci celui ci était incapable de revisionner le film de son propre gré…ou d’accepter la moindre zone d’ombre), OST entendue mille fois (Ludwig Göransson et ses tocs tout zimmeriens), trop de personnages et de dialogues inutiles, rythme et longueur excessifs et j’en passe. Reste quelques scènes d’action spectaculaires façon James Bond/Mission Impossible, une mise en scène léchée (mais qui ne trompera hélas personne) et quelques bons acteurs (Pattinson en tête) et une ambiance semi-cauchemardesque qui rappellera forcément Inception. Mais le mal est fait et le foutoir est en marche! Le pire, c’est de se dire que Tenet à du potentiel mais Nolan, à force d’en faire trop (on pourrait aussi revenir sur sa manie de poser des règles mais de ne les respecter que quand ça l’arrange), loupe le coche! Alors, on sort de la salle en ayant l’étrange impression d’avoir vu un blockbuster grand public alors que son concept même relevait du cinéma de niche. L’intention est louable c’est sûr mais cette fois ci cela ne fonctionne pas, le dosage est à revoir. Bref, il semblerait temps que le frangin Jonathan revienne filer un coup de main, on dirait! Les détracteurs du Monsieur, qui avaient perçu ses limites depuis déjà plusieurs films, se régaleront de cette purge en tout cas…

Note: Dispensable

https://www.imdb.com/title/tt6723592/