A l’affiche: Running Man (2025), Bugonia (2025)

Running Man: Mettons d’emblée les choses au clair: le cinéma d’Edgar Wright m’intéresse bien plus pour sa mise en scène et son montage que pour son propos. Si le gars s’est fait connaître par une trilogie de comédies (genre dont je ne suis pas particulièrement friand, au passage) devenues cultes depuis… il faut bien dire que Last Night In Soho m’avait bien réconcilié avec le bonhomme! Hélas, si ce Running Man version 2025 démontre une bien belle maîtrise technique (mise en scène, montage, visuel), le film peine bien à cacher les lacunes et incohérences de son (maigre) scénario sur la longueur! Que dire de plus? C’est plutôt bien rythmé, avec de bons retournements de situation et un sympathique caméo de Michael Cerra (sans doute le meilleur personnage du film) mais on a bien du mal à ressentir de la peur pour le personnage principal, vu les grosses ficelles du scénario et les touches d’humour omniprésentes… Et justement, mettre Glen Powell en acteur principal, c’est un choix très discutable! En tout cas si on souhaite que le public s’attache au personnage… Même (le grand) Josh Brolin en mode pilote automatique arrive à être plus convaincant… c’est dire! Question message/thématiques, le ton semble tellement cynique et désabusé (très actuel finalement, au moins autant que ce que le métrage est censé dénoncer) qu’on ne sait pas vraiment si Wright croit réellement au populisme porté par son héros. Au moins, on évite le manichéisme à deux balles, souvent omniprésent dans les films dystopiques… Quand à la comparaison avec l’adaptation de 1987 ou le livre de Stephen King, ne les connaissant pas, cette chronique s’arrêtera ici. Un bon film de divertissement mais pour le reste, cette satire manque cruellement de finesse…

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt14107334/

Bugonia: Mélange de comédie noire, de thriller et de SF (un tout petit peu), ce métrage laisse une impression… pour le moins étrange. Si on peut saluer les prestations solides d’Emma Stone et de (l’excellent) Jesse Plemons qui portent totalement le film sur leurs épaules… Bugonia tient quand même de la (belle) coquille vide! C’est loin d’être mal filmé (ou même mal joué) mais l’histoire n’est franchement pas passionnante et on s’ennuie même ferme par moments (la folie du final se fait salement attendre dirons nous) ! On passera sur le tir sur l’ambulance que constitue tout l’effet comique des deux personnages conspirationnistes (puisqu’aucun complot n’a jamais existé dans l’Histoire et les médias traditionnels, qui n’ont d’ailleurs aucun collusion avec les politiques, donnent une version toujours parfaitement objective des faits, c’est bien connu… il s’agirait de grandir à un moment, les fragiles). Bien que peu connaisseur de la filmographie et l’univers de Lánthimos, je suis un grand fan d’humour absurde/noir et je ne peux que déplorer une prise de risques ici proche de zéro… Pour un remake d’un film parlant d’écologie et de capitalisme (pourtant deux enjeux majeurs actuels), c’est franchement raté et on frise souvent le ridicule d’un Mickey 17… A croire que la bien-pensance bobo-gauchiste actuelle (en fin de course, ouf!) a une vision du monde (enfin de tous ceux qui ne pensent pas comme eux surtout… ce qui fait un paquet de monde) tellement caricaturale qu’elle est incapable de produire une seule bonne satire ces derniers temps… A réserver à ceux qui adorent les archétypes et le manque cruel de subtilité/courage, finalement! Les autres, passez votre chemin!

Note: Dispensable

https://www.imdb.com/fr/title/tt12300742/

A l’affiche: Furiosa (2024), Mickey 17 (2025)

Furiosa: Dernier opus de la saga Mad Max, on peut dire que Furiosa n’a pas la tâche facile… passer après Fury Road, soit un des meilleurs films de la dernière décennie en terme de rythme, de montage et d’univers (et pour l’avoir revu récemment, qui constituait une alternative et modernisation du -déjà costaud- second opus, avec plus de moyens et de technique), le risque de décevoir est grand. Et effectivement, si ce cinquième opus consitue un bon divertissement/film d’action, ses apports à la saga sont bien maigres… A tel point que George Miller se sent obligé de multiplier les clins d’oeil lourdauds aux autres opus pour tenter de mieux faire avaler la pilulle… Le film est de toute trop long pour ce qu’il a à dire (une énième histoire de vengeance), les soucis de rythme/répétitions (le choix de diviser le métrage en actes n’était clairement pas une bonne idée) et d’effets spéciaux sont nombreux. Le casting n’est pas toujours au niveau, Chris Hemsworth en tête… dans un rôle clairement mal écrit (ce qui resterait anecdotique s’il n’incarnait pas l’antagoniste principla). Reste une Anya Taylor-Joy qui s’en sort globalement bien dans un personnage finalement peu fouillé et un univers post-apocalyptique réussi mais qui fait salement redite après un Fury Road aux petits oignons. D’ailleurs, celui ci apparaît bien moins hostile dans cette préquelle!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt12037194/

Mickey 17: Et alors qu’en est il de ce film de Bong Joon Ho, dernier film vu en salles pour ma part? Hé bien si la bande-annonce semblait annoncer une comédie noire de science-fiction… Mickey 17 tire malheureusement vers la satire SF qui part dans tous les sens (SF, comédie, thriller, action et j’en passe). Etant plus adepte des films noirs, posés et premier degré du réalisateur, je ne peux pas dire que je suis sorti satisfait du visionnage. Visuellement, c’est splendide et le film se tient plutôt bien sur les deux tiers (notamment grace à la prestation de Pattinson) avant de sombrer dans le vrai n’importe quoi, se perdant dans des intrigues multiples (et pas vraiment essentielles), désamorçant du coup tout intérêt du spectateur pour le récit. Et ce n’est pas un problème de rythme mais bien d’écriture/montage. Alors oui, on saisit bien la critique de la culture/politique américaine actuelle: ses médias (coucou Verhoeven!), son impérialisme, son messianisme et son populisme (sur ce point on a vu plus courageux mais pourquoi pas) au travers du couple incarné par Ruffalo et (l’excellente) Colette mais question subtilité, on est vraiment au ras du sol. Comme une impression de subir un mauvais film de Terry Gilliam… Histoire bien nous achever, le métrage nous pond un moralisme niais dans son dernier tiers… pour ceux qui n’étaient pas encore lassés de ce grossier spectacle. Bref, une dystopie à fort potentiel de par ses thématiques mais qui pêche par ses excès et dans lequel j’ai même eu du mal à retrouver le Joon Ho que j’aime. On repassera!

Note: Dispensable

https://www.imdb.com/fr/title/tt12299608/

A l’Affiche: Mars Express (2023), Juré n°2 (2024)

Mars Express: C’est tellement rare qu’un animé français (de science-fiction qui plus est) fasse date aux yeux du public! Il était donc grand temps de rattraper ce Mars Express! Cette oeuvre est la première réalisation de Jérémie Périn, le créateur de la série animée Lastman, aidé ici par Laurent Sarfati au scénario. Thriller futuriste et néo-noir passablement influencé par Blade Runner, Métal Hurlant, Ghost in the Shell et Terminator 2 (oui, oui, rien que ça), servi par un dessin épuré mais efficace, le métrage accroche le spectateur autant par la vision plutôt dystopique… mais hélas crédible qu’il propose (une société où l’homme a colonisé Mars et dans laquelle androïdes et robots sont omniprésents) que son histoire (un duo d’enquêteurs chargés de retrouver une étudiante en cybernétique qui pourrait changer l’avenir). Ce n’est certes pas le premier film à aborder la thématique de la révolte/prise de conscience des IA/robots sur fond de société hyper-technologique, urbaine et décadente mais ce Mars Express le fait admirablement bien, entre poussées de violence, corruption des institutions et final poétique à souhait. Il semblerait qu’il ait même très bien digéré ses influences! Un animé riche et bien rythmé, qui, en définitive, parle autant de nos maux modernes que de notre potentiel futur!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt26915336/

Juré n°2: On le sait, les thématiques américano-centrées, humanistes et morales parsèment la carrière du réalisateur Clint Eastwood. C’est encore ici le cas avec ce père de famille qui, ironie du sort, se retrouve jury lors d’une affaire judiciaire dans laquelle il découvre qu’il est personnellement impliqué. Thriller dramatique porté par d’excellents acteurs (Tony Colette surclassant Nicholas Hoult, à mon sens), un sens du rythme et de la mise en scène (classique mais efficace, comme d’habitude) mais également une jolie photographie, ce film est clairement une des plus belles surprises de 2024. Evidemment, avec un tel synopsis, le spectateur peut facilement se mettre dans la peau du personnage principal et son dilemme moral de taille. Si Eastwood a eu l’intelligence de parsemer ce huis clos mental de quelques scènes d’extérieur, Juré n°2 évite aussi les lourdeurs et le pathos inutile en dosant les flashbacks et les moments consacrés à la famille du héros (saluons donc Jonathan A. Abrams au scénario. Le principal reproche que j’aurais à faire est de ne pas avoir poussé l’ambigüité de cette « surprise » jusqu’à la fin du métrage, ce qui aurait conduit à un twist final d’autant plus puissant. Quoiqu’il en soit, un bon film sur une institution malade! Mais contrairement au Cas Richard Jewell (qui lui aussi parlait de justice), le métrage ne laisse pas sur sa faim! Vu les naufrages récents des réalisateurs d’un certain âge, on ne va certainement pas bouder notre plaisir pour cet ultime film du grand Blondin!

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt27403986/