Bisseries: Blood Rage (1987), Haute Tension (2003)

Blood Rage/Nightmare at Shadow Woods/Slasher: Voilà un sympathique slasher sorti à la fin des 80’s (mais tourné en 1983… ce qui peut expliquer son exploitation sous divers titres) quand l’engouement pour le genre commençait clairement à retomber. Ses points forts? Un scénario un minimum original, de généreux effets gore, du second degré décomplexé et quelques variantes déjà bien méta au sein de son propre genre. Par contre, on repassera pour le jeu de certains acteurs, ses personnages globalement peu attachants, le sous-texte assez pauvre (même si on notera un certaine omniprésence de femmes qui élèvent leurs enfants seules) et une photographie un peu à la ramasse. On saluera toutefois sa terrible scène finale et la performance de Louise Lasser et Mark Soper autant à l’aise dans le rôle du psychopathe schizophrène pervers (à l’aspect tout à fait banal, ce qui le rend d’autant plus dangereux) que de son jumeau traumatisé! Dommage tout de même pour le lotissement boisé où se passe le récit et qui, comme dans un certain Vendredi 13, n’est pas du tout exploité!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0085253/

Haute Tension: Cela faisait longtemps que ce survival rural me faisait de l’oeil… Brutal, original, gore (De Rossi, oui vous avez bien lu ce bon Giannetto des familles est aux effets pratiques), bien rythmé, il faut dire que le second (vrai) métrage d’Alexandre Aja avait tout pour plaire… sur le papier! On sent l’influence évidente de Massacre à la tronçonneuse (les champs de maïs, le cadre rural, la station service) bien sûr mais aussi des rape and revenge sur la structure du scénario. Le gros défaut de ce film est le jeu très moyen de Cécile de France, clairement pas à la hauteur de celui de Philippe Nahon, parfait dans son rôle de psychopathe local, froid, brutal et sadique. En même temps, j’ai toujours eu beaucoup de mal avec cette actrice… On notera également des comportements illogiques parfois énervants (mais n’est ce pas le propre des slashers/survivals?) et surtout un twist final qui tient plus de la paresse d’écriture (puisqu’en y réfléchissant deux secondes, il n’est pas cohérent avec le déroulé de l’histoire) que du génie, d’ailleurs ça serait mentir que prétendre qu’on ne l’envisage à aucun moment, vu la manière dont est sexualisé le personnage de Marie… Bref, ce n’est pas Haute Tension qui va me réconcilier avec le cinéma de genre français! Une curiosité à voir tout de même, ne serait ce que pour son cadre rural inquiétant réussi et son tueur!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0338095/

Quelques nouvelles! (MAJ)

Vous avez pu le constater, depuis quelques mois, ce blog est reparti sur les chapeaux de roue! Et on compte bien continuer!

Aussi, pour les mois de décembre janvier et février, nous allons nous concentrer principalement sur les cinq cycles thématiques en cours (à savoir les films de zombies, la hard SF, les conspiracy thrillers, les slashers et les films de la Hammer)… même si certains sont bien entamés… pour pouvoir pleinement nous consacrer en 2025 à l’exploration d’autres sous-genres de l’horreur, science-fiction et thriller! Je peux déjà vous annoncer les trois suivants (horreur lovecraftienne, dystopies, thrillers craspects) qui seront relativement courts car ce sont des thématiques que je maîtrise déjà bien. Ces deux mois vont aussi être l’occasion de se pencher sur les dernières refontes de vieux articles (dont vous pourrez suivre l’actualisation via l’index des films chroniqués)! On finira bien sûr notre saga Alien et je vous réserve un joli article pour les quatre ans du blog!

A bientôt les ami(e)s, en vous souhaitant mes meilleurs voeux pour cette année qui débute! Une année dans laquelle on va continuer d’explorer sans relâche l’épouvante/horreur, la science-fiction et les thrillers!

A l’affiche: Terrifier 3 (2024), The Substance (2024)

Alors qu’on est en bonne passe de terminer une nouvelle année décidement bien pauvre en sorties mémorables, qu’en est il des dernières sorties en salles ?

Terrifier 3: Vu le tournant que prenait Terrifier 2, autant vous dire que je n’avais aucune attente concernant ce troisième volet! Suite directe du métrage précédent, nous retrouvons ici les personnages de Sienna Shaw, son frère Jonathan ainsi que Victoria Heyes, la rescapée du premier film (toujours interprétés par les mêmes acteurs). Même si bien sûr, la vraie star du film, c’est évidemment Art le Clown (toujours aussi génialement interprété)! Moins de personnages donc et un métrage plus court avec un rythme bien mieux géré, ce qui est déjà une très bonne chose en soi! L’autre gros point fort de cette suite est de renouer avec le côté vicelard et malsain du premier film, aspect qu’avait un peu perdu de vue Terrifier 2 pour se concentrer sur une pseudo mythologie qui n’apportait pas une grosse plus value. Question gore et inventivité, le métrage est tellement généreux que plusieurs personnes ont quitté la salle malgré une rarissime interdiction -18 qui n’aura échappé à personne (clairement méritée d’ailleurs). Le (mémorable) climax final synthétisant parfaitement ces deux points. Question clins d’oeil, on pensera tour à tour à Shining, The House on Sorority Row, Evil Dead 2. Tom Savini himself fait même un caméo! Et ça tombe bien car, encore une fois, les FX à l’ancienne sont à tomber! Placer le récit au moment de Noël crée un contraste intéressant avec les scènes de meurtre et focaliser sur le trauma des survivants leur donne un peu de profondeur. Il semblerait que Damien Leone a retenu la leçon d’un Terrifier 2 assez tiédasse. On relèvera par contre quelques incohérences mais rien de vraiment gênant. Mais même si ce Terrifier 3 s’impose comme une suite très honnête, je ne suis pas certain qu’il faille en passer par un Terrifier 4 voire 5 (comme Leone le souhaiterait) pour clore cette saga de slasher/splatter en beauté…

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt27911000/

The Substance: En tant qu’amateur de body horror, voilà un film sur lequel il y a beaucoup de choses à dire! Et plutôt en bien! A commencer par la mise en scène au poil (même si certains pourront la trouver un peu trop clinique) et des prises de vue inspirées. Question clins d’oeil ou influences (parfois putassières), on pensera tour à tour à Elephant Man, Carrie, Requiem for a Dream, Existenz, The Thing, Shining, Society, Basket Case, La Mouche, The Neon Demon,… bref, pas mal de classiques du body horror dans le lot! Il faut dire qu’ici les effets spéciaux à l’ancienne sont efficaces! Si la plastique de Margaret Qualley fait mouche, c’est surtout Demi Moore qui crève l’écran avec sa prestation totalement habitée! Le film, qui sous-exploite déjà ses propres personnages, manque aussi cruellement de véritables personnages secondaires (l’absence totale de famille ou de proches de l’héroïne ressemble plus à une grosse facilité scénaristique qu’une dénonciation de la solitude des femmes qui se lancent à corps perdu dans l’industrie du spectacle) et la BO est franchement moyenne. Alors évidemment, impossible d’aborder le film sans parler de son aspect coquille vide, tellement son discours féministe bas du front (devenu hélas habituel… même dans le cinéma de genre) et la pauvreté de son sous-texte (les deux étant forcément liés quand on connaît la subtilité d’analyse et l’hystérie de ses représentants) l’empêchent de dépasser son statut de simple défouloir visuel. Il est même tellement caricatural qu’il en devient un énorme contre son camp (à moins qu’il dénonce ses travers, ce dont je doute fort au vu du CV de Coralie Fargeat): on a rarement vu autant de nus gratuits dans un film censé condamner la sexualisation à outrance des femmes dans le monde actuel/du spectacle (à se demander si c’est réellement une réalisatrice aux commandes) et les personnages féminins présentés n’ont pas l’air d’être particulièrement décidés à le combattre mais bon, on est plus à un paradoxe près… On se retrouve donc avec un film féministe au message aussi absurde que le combat qu’il est censé soutenir! Ceci dit rassurez vous, on reste malgré tout à des kilomètres de l’infecte propagande woke de Titane! Heureusement les notes d’humour gomment un peu ce gros point noir. Le métrage se montre un poil longuet également (surtout pour ce qu’il a à raconter) malgré son final jouissif (qui a perdu pas mal de monde dans la salle… enfin ceux qui ont résisté à la vision des aiguilles, dents et ongles arrachés ah ah). Développer l’intrigue en essayant de remonter aux créateurs de la substance ou étoffer le discours sur les travers des réseaux sociaux aurait été bien plus pertinente par exemple! En résumé, The Substance est une expérience fascinante et délicieusement éprouvante mais qui manque cruellement de subtilité (y compris dans son symbolisme)! N’est pas Cronenberg qui veut, après tout!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt17526714/

Bisseries: Alien, la Résurrection (1997), Late Night with the Devil (2023)

Alien, la Résurrection: Il est vrai qu’entre le suicide d’Ellen Replay dans Alien3 et Jean Pierre Jeunet qui hérite du projet alors qu’il est le quatrième choix de la Fox (on parlerait même de David Cronenberg)… ce métrage a tout du film de trop sur le papier! Heureusement, ce n’est pas tout à fait le cas! Bien rythmé, reprenant le concept du premier volet d’un équipage traqué dans un vaisseau par une espèce inconnue… ainsi que des aliens utilisés comme armes biologiques par la Weyland, ce surprenant « Alien 4 » se laisse agréablement regarder, même si on sent que beaucoup de choses ont déjà été dites avec les trois premiers opus! Si certains effets spéciaux (créés par des collaborateurs réguliers de Jeunet) sont salement datés, on retrouve aisément la patte du réalisateur: le filtre jaune-vert, l’humour noir ainsi que certaines trognes qui ont déjà tourné pour lui: Dominique Pinon et Ron Perlman. Et étrangement, ça fonctionne plutôt bien avec cet univers! Weaver quand à elle achève sa collaboration avec cette saga qui l’a révélé en incarnant un clone de Ripley plus charismatique que jamais, boostée par de nouvelles capacités (suite à son hybridation avec l’ADN alien): force, réflexes, sang acide, intuition,… Winona Ryder campe l’androïde Call, un personnage secondaire qui se révèle finalement comme un des plus intéressants du film. Alors évidemment, ça serait mentir que de dire que ce film innove énormement et enrichit la saga car il a grosso modo les mêmes défauts qu’Aliens à peu de choses près… mais ne serait ce que pour le plaisir de revoir le personnage de Ripley dans un film agrémenté de quelques bonnes idées (son ton pessimiste -et que dire de la fin de l’édition spéciale?-, son approche résolument SF, les clones ratés de Ripley, la relation ambigüe entre Call et cette dernière, une variante de reine alien, le perturbant New Born de fin) et bien lié à la mythologie (sans trop la salir comme le feront les opus suivants), il serait dommage de s’en priver!

Pour votre serviteur, sur les sept films que compte actuellement la saga, cet opus (injustement) mal aimé se situe justement pile après le trio de tête! C’est pas si mal!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0118583/

Late Night with the Devil: Found footage/mockumentaire ayant eu son petit succès au moment de sa sortie, Late Night with the Devil montre les évènements paranormaux qui se sont succédés sur le plateau TV d’un talk show nocturne des 70’s jusqu’à ce qu’une séance de spiritisme avec une survivante d’une secte fasse définitivement basculer l’émission en bain de sang. On peut saluer le joli casting (à commencer par la solide prestation de David Dastmalchian) et les effets spéciaux/maquillages réussis (apparemment en partie générés par des IA), deux éléments qui portent le film sur leurs épaules. Le côté rétro est très bien mis en scène et le suspense admirablement entretenu, notamment grâce aux scènes sur les coulisses de l’émission. Dénonçant autant le sensationnalisme des médias (et le jusqu’au boutisme de leurs détenteurs) que les charlatans du paranormal, Late Night offre de jolis moments de terreur (on pensera forcément à L’Exorciste ou d’autres films fondateurs du genre) entrecoupés d’humour so 70’s, sans en perdre en efficacité. Le seul véritable défaut est plutôt à chercher du côté de son scénario, plutôt classique et donc prévisible. Malgré tout plus qu’un bête film d’épouvante, le métrage prend le temps d’installer une ambiance et approfondir ses personnages. S’il vous semble que le diable tarde à pointer leur nez, restez patient car le final halluciné risque bien de vous rester en tête!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt14966898/

Bisseries: Pearl (2022), Tusk (2014)

Pearl: On a déjà abordé le cas de X et de Maxxxine ici, il est donc temps de refermer la boucle! Préquelle à X, Pearl est clairement le métrage le plus original de la trilogie, du moins celui qui s’écarte le plus des codes des films d’horreur et de leurs décennies phares (70’s et 80’s donc). Encore une fois porté par une Mia Goth en grande forme, le film revient sur la jeunesse de cette Pearl légèrement bipolaire, ce qui permet de mieux appréhender ses tendances meurtrières dans X. Avec un superbe visuel renvoyant aux films en technicolor trichrome (alors que le film est censé se dérouler vingt ans plus tôt) et un aspect conte macabre quelque part entre les premiers Tim Burton (ses meilleurs… au passage) et les comédies musicales comme Le Magicien d’Oz (la scène de l’épouvantail n’est pas là par hasard), nous suivons donc le personnage, ses envies de gloire et d’ailleurs, coincé dans un Texas rural dans l’attente de nouvelles de son mari, parti servir les USA pendant la Première Guerre Mondiale. Entre une mère rigoriste entièrement dédiée à son mari gravement infirme, une sévère tendance à ne plus canaliser ses frustrations et à se réfugier dans son imaginaire pour mieux supporter le réel, les tueries ne vont pas tarder à s’enchaîner. Oui… le plus gros défaut du film est de pas avoir su éviter certains clichés (même si on a vu pire concernant les maladies mentales), ce qui a mon sens nuit à la crédibilité du personnage mais renforce du même coup le surréalisme morbide qui émane de la pellicule (à l’image de son dernier plan), entre images léchées et le drame qui précède les massacres en règle. En somme, un film audacieux sur des pans encore peu explorés par le genre (comme dans X finalement) mais dont les influences ne me parlent pas spécialement… Dommage!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt18925334/

Tusk: « Viens voir chérie, The Human Centipede nous a enfin fait des petits! » Voilà quelle a été ma réaction en lisant le pitch absurde (idée issue d’un des podcasts du réal) de cette comédie horrifique laissant la part belle au body horror! Et ma foi, ce délire foufou ne fonctionne pas trop mal grâce à un joli casting (où l’on retrouve Haley Joel Osment) et un réalisateur qui a déjà fait ses preuves: Kevin Smith. Nous avons aussi droit à Johnny Depp dans un rôle succulent qui semble taillé sur mesure pour l’animal! Les changements de tons comédie-drame et l’enchaînement calvaire-enquête sont plutôt bien amenés. Mon seul regret est la vitesse avec laquelle les odieuses expérimentations de Howe (bluffant Michael Parks) avancent, on a du mal à ressentir autre chose qu’un juste retour du karma pour l’odieux personnage interprété par Justin Long. Le ton comique général et l’envie de ne pas se retrouver avec une interdiction pour les moins de 16 ans, j’imagine, même si les plans dérangeants sont réussis! Les effets spéciaux sont réussis et je trouve que certains plans ne sont pas dénués d’une certaine poésie morbide (mais je crains que mon cerveau malade ne soit plus vraiment objectif sur le sujet ah ah), le tout formant un regard plutôt pessimiste sur l’humanité! On salue dans tous les cas la prise de risque punk que constitue ce film!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt3099498/

Bisseries: Les Trois Jours du Condor (1975), RoboCop 2 (1990)

Les Trois Jours du Condor: Il serait de temps de nous remettre à notre cycle « conspiracy thrillers », non? Peu convaincu par La Firme du même réalisateur, j’ai donc lancé cet excellent thriller 70’s, porté par Robert Redford et Faye Dunaway (dont on pourra reprocher au personnage ambigu d’être sous-exploité) sans trop savoir à quoi m’attendre! Un film haletant narrant l’histoire d’un brillant cryptographe de la CIA traqué par sa propre organisation après l’assassinat commandité de toute son équipe. Bien rythmé mais parfois un peu osbcur dans ses explications, l’enquête sur les responsables du massacre s’accompagne d’un suspens qui va crescendo et d’une atmosphère paranoïaque particulièrement réussie. La romance « forcée » (passage obligé pour alléger le récit, on se doute bien), elle, l’est bien moins! Adapté du roman de James Grady et sans doute inspiré par les affaires du Watergate survenues trois ans plus tôt, le métrage dénonce la toute puissance et les dérives (en premier lieu leur corruption) des organisations politiques et de renseignements, thématiques soulignées par une fin nihiliste/cynique à souhait et le glaçant personnage incarné par Max Von Sydow. Servi par une remarquable jeu d’acteurs et un cadre urbain aussi terne que l’est devenu (depuis bien longtemps) le pays de l’Oncle Sam, ce film de Sydney Pollack est clairement un incontournable du genre!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0073802/

RoboCop 2: Suite méconnue et mal aîmée mais néanmoins sympathique que ce Robocop 2! Il faut dire que le film avait pourtant tout pour plaire: les acteurs principaux du premier opus (Peter Weller, Nancy Allen, Dan O’Herlihy), un réalisateur loin d’être manchot (Irvin Kershner, responsable de L’Empire contre-attaque), le même univers urbain sordide et les mêmes thématiques désabusées. Alors oui, évidemment le film n’a ni la puissance ni la subtilité du sous-texte de celui de Verhoeven (pour sa défense, ce métrage a connu une production chaotique, entre faillite imminente d’Orion Pictures -c’est justement pour l’éviter que cette suite verra le jour-, grève des scénaristes) mais il nous donne tout de même ce qu’on attend de lui: encore plus d’action, de violence, de divertissement, des saillies satiriques. Le pitch pourra d’ailleurs rappeller celui de Terminator 2 sorti un an plus tard! Alors ne boudons pas notre plaisir, si toutes les suites de films cultes étaient de cet acabit! A noter que Frank Miller est au scénario, Phil Tippet et Rob Bottin aux effets spéciaux!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0100502/

A l’affiche: Megalopolis (2024), Alien: Romulus (2024)

Megalopolis: Perplexe je suis, perplexe je reste! Rarement un film m’aura fait une telle impression en sortant de salles. Impression qui n’est d’ailleurs toujours pas partie depuis… Mi nanard intellectuel, mi curiosité visuelle, on ne peut pas reprocher à Megalopolis de ne pas être ambitieux… sauf quand on comprend que derrière la fable satirique, le réalisateur se prend vraiment au sérieux et nous délivre un message politique (daté) sur l’avenir… si prétentieux, manichéen, naïf et creux qu’il en devient risible (et que l’on résumera à un « ok, boomer! » des familles). La SF n’est qu’un prétexte ici pour aborder les questions de pouvoir, d’idéal sociétal, de décadence civilisationnelle, du temps qui passe, de l’amour, de l’espoir,… Thématiques abordées sous l’angle du politiquement correct et sans grand lien avec la réalité actuelle (bref, la gôche dans toute sa splendeur), donc sans intérêt. On évacuera donc directement cet aspect là pour se concentrer sur le plus important: le sens de la mise en scène de son réalisateur!

Projet vieux de quatre décennies ou plus, on ne va pas se mentir, même en ignorant qu’il s’agit d’un film testament, ça se ressent sur tous les points: Megalopolis donne la désagréable sensation de partir dans tous les sens puisque son réalisateur veut en mettre plein la vue et aborder plein de sujets. Résultat: le spectateur a à peine le temps de respirer et l’indigestion se fait clairement plusieurs fois sentir… Megalopolis, film excessif et éprouvant donc. Ajoutez à cela une longueur excessive et un montage qui n’aide pas à comprendre un scénario fouillis. Le casting luxueux s’en sort plutôt bien malgré la logique incompréhensible de certains personnages. Le trop plein de références à la République romaine n’était franchement pas nécessaire et rajoute aux lourdeurs et au kitsch général du métrage. J’y ai personnellement trouvé pas mal de points communs avec l’oeuvre de Shakespeare et je pense que les inspirations d’un tel métrage sont multiples. Même chose concernant les effets spéciaux: on alterne entre la stupéfaction et l’incompréhension. Sous un joli emballage, il n’y a hélas pas grand chose à sauver de cet ovni à part des passages hallucinés ou grandiloquents (souvent plein de symbolisme) très réussis… Raccourci d’une bonne demie heure, il aurait certainement gagné en puissance. Un peu comme Beau is Afraid, le dernier Aster, tiens!

Film auto-financé, on sent que ce bon vieux Francis a a pu jouir d’une liberté artistique totale sur ce film. Certainement trop. Cette mégalomanie constitue à la fois son intérêt mais aussi ses nombreuses lacunes. Quoiqu’il en soit, sortie de scène râté pour Mr Coppola!

Note: Dispensable

https://www.imdb.com/title/tt10128846/

Alien: Romulus: Alors que Ridley Scott avait laissé la saga Alien en bien piteux état avec Covenant, qu’en est il de ce nouveau opus, bifurquant vers l’arc narratif des quatre premiers films? Hé bien, s’il est loin d’être la catastrophe annoncée par sa bande annonce façon slasher de l’espace (et puis, disons que j’ai encore en mémoire le nullissime/inutile remake d’Evil Dead de son réalisateur) porté par de jeunes acteurs inconnus et même si j’en attendais strictement rien, c’est très loin d’être correct!

Ici, le plus gros défaut de ce film est de ne rien inventer et surtout de penser qu’il suffit d’injecter une bonne dose putassière de fan service pour contenter tout le monde. C’est simple, ce film est une compilation de clins d’oeil voire carrément de remake de scènes cultes de la franchise… L’intention de lier le métrage au reste de la mythologie (y compris Prometheus et Covenant) est louable mais elle rend juste ce Romulus encore plus factice et indigeste. On sauvera tout juste les deux interprètes principaux (Cailee Spaeni et surtout David Jonsson, LE seul personnage intéressant du film) au milieu d’un casting bof bof (on ne va pas se mentir les deux films précédants souffraient déjà de l’absence d’héros porté par des comédien(ne)s de talent comme Weaver. A la place, on a eu un antagoniste mémorable et surprenant joué par Fassbender mais on attendait toujours un contrepoids… mais je m’égare!), un visuel plus qu’honnête (inspiré du jeu Alien: Isolation) avec des effets spéciaux réussis, une introduction sur une planète terraformée (que l’on aurait bien aimé plus longue) et l’idée du cocon dont se sert le chestbuster pour évoluer sous sa forme finale (mais c’est pas comme si chaque phase prenait cinq minutes montre en main depuis Covenant, hein). C’est peu, trop peu!

Le reste est un tissu d’incohérences (le passage avec les facehuggers, put*in, mais j’en ris encore!), de ressucées et de fan service lourdingue au service d’un film qui se déroule tranquillement (alors qu’avec un seul xénomorphe, on avait les bases saines du premier film), entre deux scènes chocs et un compte à rebours, manière de gonfler artificiellement la tension (contrairement à notre patience). Quelques exemples? Le coup de l’hybride moche (oh comme dans Alien Resurrection!) qui devient adulte en l’espace de quelques plans pour donner lieu à un affrontement final qui rappellera la majorité des fins des opus de la saga (d’ailleurs, c’est peut être un running gag ces histoires de dépressurisation, allez savoir!), il fallait oser! Et si t’es un inconditionnel du premier opus comme moi, rassure toi, t’auras droit à un retour d’une autre version d’Ash, l’androïde originel (oui, parce qu’apparement le film prend place entre les deux premiers métrages) parce que pfff pourquoi pas? Et même si Ian Holm est décédé il y a quatre ans bah c’est pas grave, on a la technologie pour faire des face swap mal branlés… Au moins, aucun opus ne sera épargné par la purge, j’aime cette vision moderne de la démocratie! Et si je vous disais qu’ils ont même replacés mot pour mot des punchlines des anciens films? Ah ça rigole moins dans le fond, hein? Pire que le manque d’originalité, cet opus ne prend aucun risque (à l’image de l’happy end). Même s’il était boiteux et incohérent, Covenant proposait quelque chose de nouveau… Et que dire d’Aliens qui passe pour un chef d’oeuvre incontournable à côté de ce… truc! Alors, certes, il ne déforme pas ni la mythologie ni les anciens films mais du coup, quelle est son utilité réelle?

Reste à savoir quelle est la part de responsabilité d’Álvarez ou de Disney dans ce naufrage… Visiblement tout a déjà été dit sur le sujet mais on ne refuse pas quelques billets faciles surtout si on peut toucher les nouvelles générations! On a du mal à ressentir l’amour du réalisateur pour la saga dans ce best of/spin off (malgré ses intentions) tiédasse en tout cas! A noter qu’une série sur le même univers (mais se déroulant sur Terre, comme son nom l’indique), Alien: Earth, est déjà prévue pour 2025…

Note: Dispensable

https://www.imdb.com/title/tt18412256/

L’Envers du Culte (express): Frankenstein s’est échappé (1957), Le Chien des Baskerville (1959)

Une fois n’est pas coutume, on aborde brièvement ici deux métrages devenus des classiques des débuts de la Hammer Films, qui, ne nous le cachons pas, ont surtout un intérêt historique. Il faut bien l’avouer, ces films ont plutôt mal vieilli donc je n’ai pas grand chose à dire dessus…

Frankenstein s’est échappé/The Curse of Frankenstein: Bénéficiant de décors splendides et d’une interprétation tout à fait correcte (saluons d’ailleurs la performance de Robert Urquhart) comme c’est souvent le cas avec les films de la Hammer des débuts, ce film souffre hélas de deux défauts eux aussi communs à bon nombre de métrages de la firme: le peu de temps qu’à la créature à l’écran (interprétée par Christopher Lee, bien aidé par un maquillage morbide réussi) et une intrigue bien trop lente à se lancer. Il faut bien dire que malgré ses qualités de l’époque (modernisation du mythe au travers de son récit centré sur le scientifique – Peter Cushing – si jusqu’au boutiste qu’il en devient le réel monstre du film), The Curse n’est pas vraiment passionnant, voire prévisible, d’autant que la créature a un comportement plutôt incohérent par moments.

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0050280/

Anecdotes:

  1. C’est la première fois que Cushing et Lee jouent ensemble dans un film de la Hammer… Ils deviendront vite de grands amis. A vrai dire, c’est même leur premier film avec la firme pour chacun des deux! C’est également la première réalisation de Fisher pour la compagnie.
  2. Ne pouvant s’inspirer des films Frankenstein de la Universal (particulièrement le Frankenstein de 1931), Terence Fisher a dû rivaliser d’ingéniosité, notamment pour le maquillage de la créature, créé au dernier moment!
  3. Il s’agit du premier film en couleurs de la Hammer Films.

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Le Chien des Baskerville: Réunissant à nouveau le trio béni Fisher/Cushing/Lee, cette adaptation du roman d’Arthur Conan Doyle pêche surtout par son scénario, trop verbeux! Si les décors gothiques (on a droit à beaucoup de scènes d’extérieur) et l’ambiance vintage sont particulièrement réussis et magnifiés par le Technicolor, le peu d’éléments fantastiques (malgré une scène d’introduction mémorable) et le rythme de l’enquête bien trop mou ont bien du mal à contenir tout baillement intempestif, d’autant plus le suspense met beaucoup trop de temps à culminer! Ca reste globalement fidèle au livre et les acteurs sont bons (comme André Morell en Docteur Watson), mais ne vous attendez surtout pas à du fantastique/épouvante mais bel et bien à un film policier (façon whodunit)!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0052905/

Anecdotes:

  1. Grand fan des aventures de Sherlock Holmes, Peter Cushing a aidé Terrence Fisher à incorporer des éléments des romans dans ce film.
  2. La Hammer prévoyait initialement une nouvelle franchise autour du personnage de Sherlock Holmes mais la grande déception des spectateurs devant l’absence de monstres fera annuler le projet.
  3. Christopher Lee jouera par la suite dans cinq autres adaptations des romans de Doyle, dont Sherlock Holmes et le Collier de la mort (dirigé d’ailleurs par Terrence Fisher).

Bisseries: The Witch (2015), Dagon (2001)

The Witch: Bon, on ne va pas y aller par quatre chemins: en plus d’avoir révélé la jeune Anya Taylor-Joy et le réalisateur Robert Eggers, son premier long métrage est un véritable petit bijou esthétique de folk horror vintage…à condition d’être dans le bon mood pour l’apprécier! Thriller/drame psychologique (plus que véritable film d’épouvante) se déroulant dans un famille de colons en Nouvelle-Angleterre au XVIIe siècle, The Witch va prendre un malin plaisir à brouiller les pistes pour mieux perdre le spectateur: récit déconstruit et austère, flashbacks multiples, rythme lent, ambiance poisseuse, suffocante et contemplative (j’ai pensé plusieurs fois à Antichrist),… Si bien qu’à la fin, nous n’avons plus de certitudes, juste des suppositions sur qui (ou quoi) s’acharne sur cette famille de paysans bannis à la lisière de bois maudits! Explorant les thématiques des liens familliaux, du bouc émissaire, du deuil, de la paranoïa, de la religion, de la possession, de la place de la femme, de la peur et des fantasmes (oui, rien que ça), ce film montre déjà une bien belle maîtrise de la réalisation, de sa direction d’acteurs, de l’esthétisme (ici, les peintres néerlandais du XVIIe siècle et leur fameux clair-obscur) et même du symbolisme indispensables à tout bon conte de folk horror!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt4263482/

Dagon: Voilà un film de Stuart Gordon qui, malgré son petit budget, s’attache à rendre hommage à l’oeuvre originelle de H.P. Lovecraft (certainement une des ses meilleures nouvelles, au passage), son ambiance poisseuse et dégénérée! Un métrage qui, comme souvent avec ce réalisateur (passablement traumatisé par les écrits du Maître de Providence, tout comme son compère Brian Yuzna) a autant de qualités que de défauts mais qui se montre toujours généreux, comme avec ses scènes les plus explicites! Puisque, oui, on ne va pas se mentir, le (sur)jeu d’acteurs (Ezra Godden n’était clairement pas le meilleur choix pour le héros principal) et les effets spéciaux au rabais piquent bien les yeux par moments… mais on est en plein cinéma bis (pour ne pas dire plus) en même temps! On pourrait aussi lui reprocher un rythme un peu trop lancinant (même si pour le coup, c’est un choix complètement lovecraftien). Quoi qu’il en soit, ce Dagon transpire tellement le respect et la passion de son matériel originel qu’il reste à conseiller à tous les passionnés d’indicible! Et puis, disons le clairement, les bonnes adaptations de Lovecraft (cela fera d’ailleurs certainement l’objet d’un futur cycle thématique) se comptent tellement sur les doigts de la main qu’on ne va pas se faire prier! A noter que le titre n’a rien à voir avec la nouvelle de Lovecraft (parue d’ailleurs bien avant son cycle sur le Mythe de Cthulhu mais qui peut y être attachée au vu de sa thématique).

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0264508/

Bisseries: Flagellations (1974), X (2022)

Flagellations/House of whipcord: Sorti la même année que le célèbre Frightmare du même réalisateur, Flagellations est une petite pépite malsaine typiquement 70’s, empreinte de sadisme (même si on est plus proche ici de l’Inquisition que du Marquis de Sade) tout en évitant tout de même les nus gratuits (un exploit, vu qu’il se place dans la niche « women in prison » plutôt réputé pour ça) qu’il délaisse pour explorer la part psychologique de ses personnages. Evidemment, il n’évite pas totalement les défauts du genre: jeu d’acteurs aléatoire, personnages archétypaux,… mais le scénario mêlant habilement flashback et enquête rend le tout plus digeste. Le film cache aussi sous son postulat sulfureux (d’anciens membres de la magistrature britannique -qu’ils jugent inefficace- kidnappent et séquestrent des jeunes filles « déviantes » afin de les rééduquer… même si elles doivent y laisser la vie) des thématiques plutôt modernes, typique de la contre-culture qu’a été l’exploitation des décennies 70-80’s (il est d’ailleurs marrant de voir comment le wokisme tend à détruire cette fonction, y compris dans cette niche cinématographique réellement libertaire) : confrontation entre les nouvelles générations post-hippie et celles conservatrices (sans que l’on sache vraiment où le réalisateur se situe), critique des extrémismes religieux,… On saluera aussi une mise en scène exemplaire mettant en relief l’austérité de ses décors anglais. L’absence de happy end enfoncera, elle, le clou de ce film sombre et radical qui devrait vous rester en mémoire!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0071628/

X: On a déjà parlé ici de Ti West pour son sympathique The House of The Devil où le monsieur démontrait déjà son sens de la mise en scène (aussi splendide qu’efficace) mais je dois bien avouer que ce X là m’a cueilli au vol alors que j’en attendais franchement rien! Partant sur des bases de pur slasher 70’s rural sous fond de tournage porno où plane l’ombre de Massacre à la tronçonneuse (fatalement), il propose, en plus d’un visuel vintage franchement au poil, de sympathiques variations: personnages intéressants (du jeune cinéaste méta à l’actrice porno aux dents longues en passant par la vieille femme torturée et libidineuse), tension qui va crescendo, thématiques rarement abordées autant dans le cinéma de genre qu’en société (vieillesse et désirs sexuels) et qui méritent d’ailleurs une second visionnage après avoir vu Pearl, meurtres brutaux (là où le slasher s’enfonce traditionnellement dans des codes vus et revus qui annihilent tout suspense),… En un mot, X se montre généreux dans son amour du genre tout en proposant une belle originalité! Alors que l’essentiel du casting s’en sort honorablement (on notera les débuts de Jenna Ortega), c’est l’incontournable Mia Goth (désormais habituée des films de genre) qui crève l’écran dans un double rôle tout en nuances. S’ensuit du coup une réflexion toute personnelle: l’actuel cinéma d’horreur/épouvante est il devenu tellement insipide pour qu’une péloche comme X, jouant habilement avec les codes du genre pour mieux surprendre le spectateur, s’impose naturellement comme un des meilleurs films d’horreur de cette nouvelle décennie? Mille fois oui car il faut croire que les réal qui en sont capables ne courent pas les rues! Et puis la BO est signée Chelsea Wolfe, une autre bonne raison de se jeter sur ce film!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt13560574/