L’Envers du Culte: La Revanche de Frankenstein (1958), Fenêtre sur Cour (1954)

La Revanche de Frankenstein: Suite directe de Frankenstein s’est échappé, ce second opus de la Hammer impose le respect. Question casting déjà! On retrouve ici Peter Cushing dans le rôle du cynique docteur, Francis Matthews dans celui de son associé et Michael Gwynn dans celui de la créature revenue d’entre les morts, tandis que Terence Fisher est toujours derrière la caméra. Et ça fonctionne diablement bien! Bien équilibré entre drame, romance, traits d’humour et épouvante, le métrage nous expose une créature bien plus touchante car foncièrement plus humaine que celle précédemment incarnée par Christopher Lee. Porté par des jolis décors (moins marquants que dans d’autres films de la franchise anglaise mais tout de même), entre deux expériences sur la transplantation de cerveau et quelques accès de folie meurtière, La Revanche revient à la base du roman (bien qu’éloigné de lui sur le papier): sonder notre (sombre) nature humaine à travers le jusqu’au boutisme d’un scientifique dérangé!

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt0050894/

Anecdotes:

  1. Le film utilise une partie des décors du Cauchemar de Dracula sorti la même année.
  2. Ce métrage sera un échec critique pour le public anglo-saxon et il faudra attendre six ans pour que la Hammer lance un autre opus de la saga (sans lien avec les deux premiers).
  3. On retrouve dans ce film Michael Ripper (dans un petit rôle) qui deviendra lui aussi un habitué des films de la Hammer.

Fenêtre sur Cour: Que dire d’original sur ce monument? Que son concept de huis clos ouvert/ »action par procuration » est ingénieux et déjà méta sur la thématique du voyeurisme (non seulement celui de Jefferies -accessoirement photographe- mais aussi du spectateur)? Que le couple archétypal et bien mal assorti joué par (la sublime) Grace Kelly et James Stewart a bien du mal à être crédible aujourd’hui (contrairement à un discours finalement très actuel sur ce qu’est devenue la sordide sphère de la séduction et des relations hommes-femmes) ? Qu’au contraire la photographie de Robert Burks et la mise en scène d’Hitchcock sont toujours aussi diablement efficaces? Que ce film a dû traumatiser Brian de Palma et son Body Double en tête) comme il faut (ne serait ce qu’au travers de ses thèmes principaux: paranoïa, comportement obsessionnel,…) ? Dans tous les cas, Fenêtre sur Cour reste à la fois un joli panorama sur la société américaine de l’époque en pleine Guerre Froide et un thriller prenant, où on doute jusqu’au dernier moment de ce dont le héros (et nous avec) est témoin!

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt0047396/

Anecdotes:

  1. La cour intérieure façon Greenwich Village a été créée de toutes pièces dans les studios de la Paramount. Certaines actrices ont même vécu dans les appartements le temps du tournage. Un système d’arrosage intégré permettait de simuler la pluie.
  2. Le couple Kelly-Stewart s’inspire de la romance entre Ingrid Bergman et Robert Capa tandis que le scénario est une adaptation de la nouvelle du même nom de Cornell Woolrich.
  3. Ce film remportera quatre oscars: réalisation, scénario, son et photographie. A propos de ce dernier, l’éclairage sur le studio était prérèglé de façon à couvrir une journée entière, nuit inclus!
  4. Tous les voisins montrés à l’écran ont un rapport avec le mariage et le couple. Un véritable miroir aux questionnements de Jefferies!

L’Envers du Culte: Scream (1996), Le Monstre (1955)

Scream: Porté par un joli casting féminin (Neve Campbell, Courteney Cox, Rose McGowan, Drew Barrymore) et une paranoïa constante de sa scène d’introduction perverse à souhait jusqu’à son twist final légendaire, Scream a lancé en 1996 la mode du slasher « méta » (vite rebaptisé « néo-slasher ») qui joue constamment avec ses propres codes (même si certains slashers des 80’s le faisait déjà en partie) et qui durera jusqu’aux années 2000 (avant l’invasion « zombie » finalement). Clins d’oeil à Halloween et aux Griffes de la Nuit, ainsi qu’à divers slashers de l’âge d’or, éléments clés indissociables du genre (final girl intelligente, chaste et débrouillarde qui devra lutter contre les traumas de son passé, faux coupables, policiers incompétents, soirée étudiante, scènes lycéennes,…), le film ravira sans mal tous les amateurs de psycho-killers blasés de ce sous-genre (présent!) qui a fait l’erreur de s’enfermer très vite dans ses propres gimmicks (le plus souvent par appât du gain). Il faut dire aussi que Freddy sort de la nuit avait quand même bien défriché le terrain deux ans avant, avec nettement moins de succès ceci dit! Autres points forts: la mise en scène au poil de Craven qui permet des scènes d’action efficaces, un scénario de Kevin Williamson (également responsable de celui de Souviens toi l’été dernier) qui ménage admirablement son suspense, des meurtres inventifs, des touches d’humour appréciables (même si un peu trop présentes à mon goût) et un (maladroit) boogeyman réaliste devenu culte! Avec en prime, une jolie crotte de nez jetée à la face des médias et leur rapport aux faits divers! Malgré tout, on sent un potentiel un peu bridé par son propre concept par moments, comme si Wes Craven, conscient de son talent et de l’impact que pourrait avoir son retour au cinéma de genre (modernisé), n’osait pas se lâcher totalement. De mémoire, les deux opus suivants étaient tout de même plus mémorables sur la gestion de la tension et généreux sur le gore mais ce volet originel a en tout cas l’avantage d’être réaliste et surprenant! Vive Scream!

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt0117571/

Anecdotes:

  1. Le titre originel du film était « Scary Movie »… De la même façon, la robe que portait Ghostface devait être entièrement blanche mais le rendu était trop proche de celui d’un fantôme.
  2. Le masque de Ghostface s’inspire (entre autres) du tableau Le Cri de Munch ainsi que de l’affiche de l’adaptation cinématographique de The Wall (concept album de Pink Floyd).
  3. Wes Craven n’accepta pas ce projet d’emblée, voulant s’éloigner du cinéma d’horreur.
  4. Roger Jackson, qui donne sa voix aux appels téléphoniques du tueur était totalement inconnu du reste du casting final, pour capter au mieux leurs émotions.
  5. Le script s’inspire du sordide fait divers de 1990, connu sous le nom de Gainesville Ripper. Williamson souhaitait d’emblée faire de Scary Movie une trilogie questionnant les liens entre la violence présente dans la fiction et celle réelle.

Le Monstre/The Quatermass Xperiment: Tout premier succès public de la Hammer Films (et premier volet de la trilogie des Quatermass) et il faut dire que pour un métrage de SF/épouvante des fifties, celui là est assez généreux et inventif! Pas impossible qu’il ait passablement influencé Danger planétaire et L’Invasion des profanateurs d’ailleurs! Doté de jolis effets spéciaux et d’un suspens admirablement géré, Le Monstre figure même parmi les précurseurs du body horror et certains passages vous évoqueront sans doute The Thing (ce film est d’ailleurs un des favoris de Carpenter himself)! Mais ce n’est pas tout, entre la mise en scène admirable et la prestation de Brian Donlevy en scientifique détestable/opportuniste et Richard Wordsworth (qui deviendra un habitué des films de la Hammer) en victime mutante partagé entre sa survie et ce qu’il reste de sa morale humaine, cette chasse à l’homme porteur d’une étrange maladie risque bien de vous tenir en haleine jusqu’au bout! Une jolie découverte quoi qu’il en soit!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt0049646/

Anecdotes:

  1. Avant cette adaptation cinéma, The Quatermass Experiment était une série TV à succès, produite par la Hammer et diffusée en 1953. Deux autres mini-séries suivront en 1955 et 1958.
  2. Pour le final, une pieuvre vivante a été utilisée, ainsi que des boyaux de vache.
  3. Le « X » du titre fait référence au fait que le film fut le premier métrage de SF a être classé X (interdit au moins de 16 ans) au Royaume-Uni. Ironie du sort, un enfant de 9 ans décèdera d’une maladie cardiaque pendant sa projection en 1956…

L’Envers du Culte (express): Frankenstein s’est échappé (1957), Le Chien des Baskerville (1959)

Une fois n’est pas coutume, on aborde brièvement ici deux métrages devenus des classiques des débuts de la Hammer Films, qui, ne nous le cachons pas, ont surtout un intérêt historique. Il faut bien l’avouer, ces films ont plutôt mal vieilli donc je n’ai pas grand chose à dire dessus…

Frankenstein s’est échappé/The Curse of Frankenstein: Bénéficiant de décors splendides et d’une interprétation tout à fait correcte (saluons d’ailleurs la performance de Robert Urquhart) comme c’est souvent le cas avec les films de la Hammer des débuts, ce film souffre hélas de deux défauts eux aussi communs à bon nombre de métrages de la firme: le peu de temps qu’à la créature à l’écran (interprétée par Christopher Lee, bien aidé par un maquillage morbide réussi) et une intrigue bien trop lente à se lancer. Il faut bien dire que malgré ses qualités de l’époque (modernisation du mythe au travers de son récit centré sur le scientifique – Peter Cushing – si jusqu’au boutiste qu’il en devient le réel monstre du film), The Curse n’est pas vraiment passionnant, voire prévisible, d’autant que la créature a un comportement plutôt incohérent par moments.

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0050280/

Anecdotes:

  1. C’est la première fois que Cushing et Lee jouent ensemble dans un film de la Hammer… Ils deviendront vite de grands amis. A vrai dire, c’est même leur premier film avec la firme pour chacun des deux! C’est également la première réalisation de Fisher pour la compagnie.
  2. Ne pouvant s’inspirer des films Frankenstein de la Universal (particulièrement le Frankenstein de 1931), Terence Fisher a dû rivaliser d’ingéniosité, notamment pour le maquillage de la créature, créé au dernier moment!
  3. Il s’agit du premier film en couleurs de la Hammer Films.

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Le Chien des Baskerville: Réunissant à nouveau le trio béni Fisher/Cushing/Lee, cette adaptation du roman d’Arthur Conan Doyle pêche surtout par son scénario, trop verbeux! Si les décors gothiques (on a droit à beaucoup de scènes d’extérieur) et l’ambiance vintage sont particulièrement réussis et magnifiés par le Technicolor, le peu d’éléments fantastiques (malgré une scène d’introduction mémorable) et le rythme de l’enquête bien trop mou ont bien du mal à contenir tout baillement intempestif, d’autant plus le suspense met beaucoup trop de temps à culminer! Ca reste globalement fidèle au livre et les acteurs sont bons (comme André Morell en Docteur Watson), mais ne vous attendez surtout pas à du fantastique/épouvante mais bel et bien à un film policier (façon whodunit)!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0052905/

Anecdotes:

  1. Grand fan des aventures de Sherlock Holmes, Peter Cushing a aidé Terrence Fisher à incorporer des éléments des romans dans ce film.
  2. La Hammer prévoyait initialement une nouvelle franchise autour du personnage de Sherlock Holmes mais la grande déception des spectateurs devant l’absence de monstres fera annuler le projet.
  3. Christopher Lee jouera par la suite dans cinq autres adaptations des romans de Doyle, dont Sherlock Holmes et le Collier de la mort (dirigé d’ailleurs par Terrence Fisher).

L’Envers du Culte: La Malédiction des pharaons (1959), Le Cauchemar de Dracula (1958)

Ca me titille depuis un moment mais il est grand temps pour votre serviteur d’ouvrir un cycle Hammer, parce que mes lacunes sont assez sérieuses concernant cette période faste de l’horreur gothique des 60’s-70’s! Au menu donc, des classiques comme certains opus des sagas cultes Dracula/Frankenstein mais aussi des bisseries qui sentent bon l’exploitation pure et dure!

La Malédiction des pharaons/The Mummy: Après Frankenstein s’est échappé et Le Cauchemar de Dracula, La Malédiction des pharaons est le troisième classique de la firme où l’on retrouve le trio mythique de la Hammer: Terrence Fisher à la caméra, Peter Cushing comme protagoniste principal et Christopher Lee comme antagoniste. La volonté de l’époque était alors de dépoussiérer les classiques de la Universal, avec cette fois ci l’accord de celle ci. Et il faut dire que le métrage y arrive bien, tant dans ses flashbacks égyptiens (les plus intéressants, il faut bien être honnête) que dans un cadre londonien « moderne », les décors sont magnifiques, comme souvent avec la Hammer. Seulement voilà, passé ce visuel aguichant, le film s’avère trop classique, prévisible et lent, bien trop lent à démarrer. On pourrait même déplorer un aspect horrifique timide une fois que le tout se met en route. Fatalement Lee, sous ses bandages, n’a cette fois ci que ses yeux et sa carrure pour suggérer la fatale malédiction qui va s’abattre sur les profanateurs du tombeau de la princesse Ananka. Un film qui de toute évidence a mal traversé les épreuves du temps!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0053085/

Anecdotes

  • 1- Christopher Lee s’étant blessé lors de la scène du marécage, la démarche particulière de la momie n’est pas totalement surjouée. Il se blessera d’ailleurs à de nombreuses reprises sur ce tournage.
  • 2- S’il se veut un remake de La Momie avec Boris Karloff (1932), le film s’inspire surtout de ses trois autres suites, La Main de de la momie, La Tombe de la momie et Le Fantôme de la momie.
  • 3- Certaines scènes (le châtiment de Kharis, quand Banning se défend avec un fusil de chasse) étaient plus graphiques à l’origine mais ont été censurées.
  • 4- Quand Kharis tente de rescuciter Ananka, on peut voir les paupières de cette dernière bouger… Erreur de tournage ou façon de dire aux spectateurs que le sortilège commençait à fonctionner?

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Le Cauchemar de Dracula/Horror of Dracula: Adaptation du roman de Bram Stocker, bien que prenant des libertés avec celui ci, Le Cauchemar de Dracula est surtout une révélation: celle de Christopher Lee dans un rôle qui lui va à merveille mais dont il ne pourra jamais se défaire par la suite, à son grand regret! Hypnotisante et terrifiante à la fois, cette magistrale interprétation vaut à elle seule le coup d’oeil. Il faut dire que le monsieur a un charisme certain…comme son collègue, Peter Cushing, qui lui donne la réplique ici dans le rôle dru Docteur Van Helsing le chasseur de vampire, comme ce sera le cas dans certains des opus suivants (dont on ne saurait trop vous recommander l’icônique Dracula, Prince des ténèbres). Pour la première fois, le sous-texte érotique (pourtant évident) du vampirisme apparaît à l’écran. Les décors et l’ambiance gothique sont excellents et participent énormément au charme du film. Que dire de plus? Terrence Fisher est derrière la caméra…donc autant dire que le travail est bien fait! Un classique efficace et bien rythmé (second succès conséquent pour la Hammer), qui n’a pas perdu de sa force au fil des décennies, contrairement au Dracula (1931) avec Bela Lugosi!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0051554/

Anecdotes

  1. Le Chien des Baskerville (1959), autre film majeur de la Hammer, réutilisera une partie des décors créés pour ce film. La firme ne tournant généralement qu’un film à la fois, le plus souvent avec la même équipe technique, cela se produira de nombreuses fois par la suite.
  2. Christopher Lee n’a que seize répliques dans ce film, ce qui renforce l’aura mystique et inquiétante du personnage qui apparaît d’ailleurs moins de huit minutes à l’écran.
  3. C’est aussi à Christopher Lee que l’on doit le caractère sexuel et tragique du personnage. Lee déclare s’être inspiré du roman originel quelques temps avant le début du tournage.
  4. Dracula n’a pas la capacité de se transformer (chauve-souris, loup et nappe de brouillard) dans ce film. Le scénariste Jimmy Sangster souhaitait un film d’épouvante aussi réaliste que possible!