L’Envers du Culte: La Nuit du Loup-Garou (1961), Prometheus (2012)

La Nuit du Loup-Garou: Seul film de la Hammer sur la thématique des lycanthropes, La Nuit du Loup-Garou s’avère être une jolie fresque moyenâgeuse et originale sur le sujet, sublimée par de jolis décors et un suspense progressif (on ne voit la créature qu’à la fin du métrage). On retrouve ici Oliver Reed dans un de ses premiers grands rôles… et il faut bien reconnaître le bougre s’en sort très bien dans ce rôle tourmenté! Si le film a subi les outrages du temps (on est plus proche ici de The Wolf Man que du Loup-Garou de Londres… pour le dire élégamment), on appréciera la métaphore sociale de cette tragédie et la volonté de mettre au premier plan/humaniser la victime de cette malédiction (une « cause » de lycanthropies bien plus ancienne que les morsures de loup) qui ici est pleinement consciente de ses méfaits. On déplorera par contre une romance peu crédible… Ceci dit ce film de Fisher figure facilement parmi les chefs d’oeuvre de la Hammer alors ne boudons pas notre plaisir…

Note: Solide

https://www.imdb.com/fr/title/tt0054777/

Anecdotes:

  1. Le film sera un échec lors de sa sortie, ce qui explique l’absence de saga consacrée à ce monstre sacré du cinéma d’épouvante dans le catalogue de la Hammer!
  2. Ce métrage réutilise des décors du Cauchemar de Dracula et d’un autre métrage avorté de la Hammer: « The Rape of Sabena » (sur le thème de… l’Inquisition espagnole). Ces anglais ne perdent décidemment jamais le nord!
  3. Ce film est également adapté de la nouvelle Le Loup-Garou de Paris de Guy Endore.

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Prometheus: Impossible de comprendre pourquoi ce cinquième film de la franchise (septième si on inclue les deux films Alien vs Predator) divise autant sans se pencher sur sa génèse et le retour derrière la caméra du réalisateur Ridley Scott, responsable de l’indépassable premier opus! En effet, depuis Alien3, celui ci souhaitait faire un film sur l’origine des xénomorphes. En 2009, la Fox envisage sérieusement une préquelle à Alien et son choix se porte vite vers le réalisateur brittanique. En 2011, ce dernier annonce un métrage épique qui se pencherait sur l’histoire des Ingénieurs (le space jockey aperçu dans le premier Alien), leurs liens avec les créatures et l’espèce humaine mais à la fois très différent des films Alien. Alors a t il tenu ses promesses?

Et bien mmh… pas vraiment mais on y reviendra! Bien plus SF qu’horreur, il faut bien avouer que Prometheus est splendide, de ses décors à ses effets spéciaux (au hasard, les Ingénieurs). Malheureusement, ce n’est pas le cas du scénario qui semble avoir grandement souffert des réécritures successives ou du complexe de grandeur de son réalisateur… Peut être aussi que ses propres enjeux étaient trop lourds à porter pour un seul métrage! Une des grandes faiblesses du film, au delà des incohérences absolues suscitées par les incubations (aléatoires) des créatures et des temporalités qui s’entrechoquent mal (la technologie du Prometheus plus avancée que celle du Nostromo alors que le film se passe 30 ans avant en est un superbe exemple), est qu’il ne clarifie jamais vraiment son rôle entre préquelle mal branlée, remake déguisé et spin-off mal assumé (au delà des déclarations de Scott et des scénaristes). Il aurait pourtant tout à gagner à être totalement indépendant de l’univers Alien, malgré la présence des ingénieurs et d’autres créatures gigeriennes dont le rôle et l’origine sont évoquées mais de façon toujours très floue (comment a été créée l’huile noire? pourquoi les Ingénieurs veulent détruire la Terre? pourquoi ont ils créé l’espèce humaine et pourquoi nous ont ils laissé un moyen de rentrer en contact avec eux? Beaucoup de questions, aucune réponse). Cela donne l’impression que Scott ne peut pas s’empêcher d’alterner mépris pour les autres opus et fan service obligatoire… Les autres défauts majeurs sont le manque de personnages intéressants/forts (j’aime bien Rapace mais elle n’est clairement à la hauteur pour succéder à Weaver) et son rythme inconstant. Disons le clairement, seul le personnage de l’androïde David (excellent Michael Fassbender, tout en ambiguités) mérite un certain intérêt ici (ce qui sera bien problématique dans sa suite, Covenant) malgré le casting conséquent (Elba, Theron, Pierce). Dommage pour un équipage de choc censé trouver la réponse sur l’origine de l’homme… Le suspense est néanmoins correctement maintenu jusqu’à une fin haletante et grâce à un univers crédible où de nouvelles références/thématiques religieuses/métaphysiques apparaissant en filigrane. On ne peut pas reprocher au métrage de ne pas essayer d’enrichir la mythologie (comme le personnage de Peter Weyland et sa recherche de vie éternelle, par exemple). Mais le mal est fait…

Bien que la majorité des fans de la saga attendaient autre chose au moment de sa sortie (et moi avec), Prometheus « réussit » le pari fou de proposer une préquelle alternative et fascinante, qui certes rajoute plus de questions qu’elle n’en résout mais qui s’impose sans mal sur le podium des plus jolis films de la franchise (c’est dire s’il y a peu à se mettre sous la dent)… malgré un côté salement foutraque (par exemple, j’ai dû revoir les vidéos de ce bon vieux Durendal pour en comprendre les multiples clins d’oeil râtés aux autres opus) !

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/fr/title/tt1446714/

Anecdotes:

  1. Le choix du nom du film (et du vaisseau) est évidemment un clin d’oeil au mythe de Prométhée, qui présente une thématique très proche.
  2. Les scènes extérieures ont été filmées en Islande (Hekla Valley, Dettifos Falls) et en Ecosse (The Storr, Fort William).
  3. Il s’agit d’un des derniers travaux du regretté H. R. Giger (il réalisera quelques parties de décors et son influence artistique sur le film sera visiblement supérieure à celle dans Alien) qui décèdera deux après la sortie du métrage.
  4. Le scénario serait inspiré des travaux de Erich von Däniken sur la théorie des anciens astronautes.
  5. Si Meredith Vickers (Charlize Theron) semble particulièrement froide et distante tout au long du film, c’est parce que son personnage était un androïde dans les anciens scripts.

L’Envers du Culte: Carnival of souls (1962), La Baie sanglante (1971)

Carnival of Souls/Le Carnaval des Âmes: Mon premier rapport avec Carnival était un vieux docu sur le cinéma de genre diffusé à la TV pour Halloween dans les années 1990 (ok millenial!) suivi du film de Herk Harvey (qui joue le « revenant » principal dans ce film). Mais trop jeune pour ce genre de film tout en ambiances subtiles, je n’ai jamais réussi à passer le cap. Jusqu’à aujourd’hui! Et ma foi, c’est plutôt une bonne surprise, à classer dans les films à petit budget, bien rythmé, qui propose de vrais moments de bravoure, à l’instar de Messiah Of Evil (qu’il serait grand temps que je retente). Unique rescapée d’un accident de la route, la protagoniste (incarnée par Candace Hilligoss, qui porte totalement le film sur ses épaules et est d’ailleurs la seule actrice professionnelle de la distribution) se met à avoir des visions impliquant un homme à l’aspect livide et un grand bâtiment abandonné, près d’un lac. Le noir & blanc est superbe, certains plans très inspirés et le propos est assez avant gardiste (rôle de femme forte, flou entre réalité et visions, malédiction dont on ne peut se défaire, motifs récurrents,…). Même si son final est prévisible aujourd’hui, le traitement des « revenants », à la lisière entre spectres et zombies de Romero est original et donne du sens au scénario. En le regardant, on pense tour à tour à Shining, Eraserhead, L’Au Delà ou encore La Nuit des morts vivants, tous sortis ultérieurement, c’est dire le potentiel de la chose! Hélas ni Hilligoss ni Harvey (dont c’est le seul long métrage) ne feront une grande carrière par la suite, le film faisant un bide lors de sa sortie, comme (hélas) beaucoup trop de films qui sont réévalués une ou plusieurs décennies trop tard. Un film qui sait proposer de vrais instants de poésie et de jolies trouvailles visuelles sans jamais cesser d’être inquiétant (on fleurte d’ailleurs avec le thriller psychologique ici), quoi qu’il en soit!

Pour aller plus loin (eng)!

Note: Solide

https://www.imdb.com/title/tt0055830/

Anecdotes:

  1. Candace Hilligross tentera de mettre en route une suite dans les années 1980 mais le projet lui échappera et elle sera même écartée du film. Un remake verra finalement le jour mais sans réel lien avec le métrage originel.
  2. Le film a été tourné en trois semaines. L’idée de départ est venue au réalisateur pendant la visite du lieu-clé du métrage: le parc de loisirs Saltair (près de Salt Lake City). Le film est en partie inspiré du moyen métrage La Rivière du Hibou mais aussi un épisode de The Twilight Zone/La Quatrième Dimension (The Hitch-Hiker).
  3. Herk Harvey confesse avoir été influencé par Bergman et Cocteau.
  4. Une partie du budget du film (33 000 dollars) a été financée par des particuliers et plusieurs scènes ont été possibles en payant directement les propriétaires des lieux une fois sur place.
  5. Détail technique, certaines scènes sont colorisées à la manière des films muets et au fur et à mesure du récit (et des hallucinations de son héroïne), d’autres ont une image et un son légèrement distordus!

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La Baie sanglante: Oui, La Baie sanglante est fidèle à sa réputation: inventif, sanglant, brutal, il est en ce sens un digne précurseur des slashers qui lui succèderont quelques années après (particulièrement la franchise des Vendredi 13, dont les deux premiers volets plagient sans vergogne certaines scènes: lac, victimes à peine majeures, multiples meurtres à l’arme blanche,… je ne vous fais pas un dessin) mais n’oublie jamais d’être un giallo: travail évident sur l’esthétisme (lumières bleues et rouges omniprésentes, éclairages) et la mise en scène (zooms, gros plans, plans séquences, jeu sur les profondeurs de champs), tout y est sauf l’enquête policière! Le petit plus de ce métrage (tardif dans la carrière d’un Mario Bava endetté et miné par un budget au rabais) est son traitement de ses personnages: vils, arrivistes, influençables, sans grandeur d’âme… il aurait très bien pu être tourné par Lucio Fulci tant le nihilisme et le pessimisme vis à vis du genre humain illustrent ce métrage! La Baie, objet de convoitises pour la majorité des personnages, génère ainsi un immense jeu de massacres où tout le monde sera au minimum acteur, témoin ou complice, la folie meurtrière se propageant comme une maladie virale! On compte parmi le casting une bonne poignée d’habitués des gialli: Claudine Auger (une des plus mémorables James Bond Girl), Luigi Pistilli (que tout le monde a déjà vu chez Leone), Laura Betti et j’en passe. Le vrai point noir est à chercher du scénario tiré par les cheveux et pas très finaud qui semble uniquement là pour appuyer le propos (Dardano Sacchetti, encore lui) ! A l’image de cette fin aussi sordide qu’incongrue!

Note: Curiosité

https://www.imdb.com/title/tt0067656/

Anecdotes:

  1. A l’origine, les scènes de meurtre ont été écrites de manière indépendante. Il a donc fallu imaginer un récit pour les intégrer de façon cohérente.
  2. Tourné en partie dans la propriété d’un des scénaristes, Bava a dû faire preuve d’ingéniosité pour donner l’illusion que le lac est bordé par une forêt… avec seulement une poignée d’arbres à disposition. Le film a d’ailleurs été analysé comme étant un métrage furieusement écologique. Un de ses titres d’exploitation est d’ailleurs Ecologia del delitto (« écologie du crime »).
  3. Il s’agit d’ailleurs d’un des films qui possèdent le plus de titres alternatifs.
  4. Il faut attendre plus de huit minutes avant que la première réplique soit lancée.